CHAPITRE XI

 

D’assurance – voire d’orgueil – il n’en avait jamais manqué mais ce matin-là, c’était différent. Le claviériste avait l’air encore plus supérieur que d’habitude. Ce matin-là, le monde semblait lui appartenir. Le monde et plus précisément Hiroshi Nakano.

 

« Oh non ! » s’épouvanta Shuichi qui n’avait pas quitté Fujisaki de l’œil depuis son arrivée.

 

Des images plus dégoûtantes les unes que les autres défilèrent dans sa tête. Ils avaient fait l’amour. Ils avaient fait l’amour. Ils…

 

« … ont fait l’amour ! » s’exclama-t-il en se mettant la main sur la bouche comme si ces mots lui avaient brûlé les lèvres.

 

Il savait que rien n’avait été consommé parce que Sobi l’avait supposé et que le gérant de sex-shop devinait souvent la vérité sur ce genre de chose. Mais là, c’était évident qu’ils l’avaient fait. Une soudaine nausée s’empara de lui et il sortit en courant de la salle de répétitions sous le regard médusé des deux autres musiciens et de leur manager.

 

Écoeuré, il se passait de l’eau froide sur le visage quand il se rappela une scène qui avait eu lieu ici même. Le claviériste lui avait affirmé que son petit ami était à lui et l’avait menacé s’il s’interposait entre eux. Il frissonna en se rappelant le regard terrifiant de Fujisaki à ce moment-là. Peut-être devait-il en parler à quelqu’un. Mais à qui ? Le chanteur se retourna lentement car il sentait une présence dans son dos.

 

« Tout le monde vous attend, monsieur Shindo. »

 

Tête basse, Shuichi passa devant l’autre garçon.

 

« Et n’oubliez pas. N’envisagez pas un seul instant de vous mettre entre Hiroshi et moi », dit Suguru en l’attrapant par l’avant-bras puis en le relâchant avec un rictus.

 

Les deux musiciens retournèrent en salle de répétitions et firent comme si cette discussion n’avait pas eu lieu. Qui le croirait de toutes façons ?

 

OoOoOoOoOoO

 

Ils l’avaient fait et refait encore. Tout était venu naturellement. Un désir contenu depuis trop longtemps sans raison : les deux n’en avaient-ils pas eu envie ? Sans un mot, Hiroshi avait enlevé la chemise de nuit de son petit ami et avait semé mille et un baisers sur le corps offert. Il s’était déshabillé à son tour et s’était uni à celui qu’il aimait. Les nuits suivantes aussi.

 

Alors qu’il se réveillait, le petit corps frêle était encore lové contre lui. Il se défit précautionneusement de l’étreinte et sortit du lit.

 

Une série de cauchemars avait débuté dès lors qu’ils étaient devenus amants. Cette nuit n’avait pas échappé à la règle. Au réveil, Hiroshi éprouvait un malaise inexpliqué comme si la peau de Suguru le brûlait. Les rêves restaient vagues. Il avait les réminiscences d’une dispute dont l’issue était fatale. Il voyait son corps inanimé contre le mur de la chambre. Son visage baissé contre sa poitrine était caché par sa longue chevelure. Un rire presque dément le réveillait. Ce rire, il l’entendait encore les yeux ouverts. Il résonnait dans sa tête puis finissait par s’estomper.

 

Il se passa de l’eau sur le visage et recula de surprise en croyant voir dans le miroir son visage sans vie. Cela ne dura pas et tout revint à la normale.

 

« J’aurais dû écouter Yuji quand il me disait qu’un jour tous les films d’horreur que j’ai vus se retourneraient contre moi… » marmonna-t-il dans sa barbe.

 

Comme la petite pendule de la cuisine indiquait 6h17, il décida de ne pas se recoucher. C’était le samedi et peut-être pouvait-il faire deux ou trois menus travaux afin de ne pas déranger Suguru.

 

Quand ce dernier le rejoignit, quelques heures plus tard, la sensation de malaise avait disparu et la journée se passa dans de bonnes conditions. En fin d’après-midi, Hiroshi téléphona au journaliste qui était venu les voir : il avait cherché sur Internet mais n’avait trouvé aucune photo des anciens propriétaires, peut-être lui en avait-il et comme Toshihiko Dejima n’avait pas répondu, il l’invita à le rappeler dès qu’il aurait le message. Une espèce de curiosité le poussait à voir à quoi ressemblait le couple.

 

OoOoOoOoOoO

 

La pause fut la bienvenue. Même s’ils avaient beaucoup travaillé tous les trois, K ne leur laissa le temps de souffler que parce que Tohma l’appelait. Hiroshi sortit immédiatement son paquet de cigarettes et son téléphone qui s’était mis à biper : un mail du journaliste. Il l’ouvrit et fut frappé par les visages qui se téléchargeaient sur son écran. Dejima lui envoyait la photo du couple.

 

« Hé, Suguru, viens voir ! » appela-t-il, oubliant momentanément sa cigarette.

 

Le claviériste s’approcha et regarda l’écran :

 

« Ce sont les anciens propriétaires, expliqua Nakano. Oui, j’ai contacté ce journaliste, j’avoue que ça m’intriguait. »

 

Les deux semblaient hypnotisés par le couple. L’homme avait une allure sévère contrairement à la femme debout derrière lui. Elle apparaissait coquette et rayonnante.

 

Le guitariste referma son appareil et reprit sa cigarette. Il laissa son petit ami pour onduler vers un technicien de la salle qui fumait. L’autre garçon fondit aussitôt sur eux. Finalement, leur manager les rappela et ils furent bien obligés de revenir mais de toute évidence, ils étaient ailleurs.

 

« Qu’est-ce qui se passe les garçons ? Ça ne va pas du tout ! Maintenant, vous jouez correctement ou je vous troue la peau ! les menaça l’Américain avec son revolver braqué sur eux.

 

- Que Nakano arrête de faire sa petite garce alors ! persifla Suguru. À moins qu’il n’ait besoin d’argent de poche. »

 

Shuichi regarda le claviériste d’un drôle d’air. Pour sûr Hiroshi agissait bizarrement mais de là à le traiter de garce !

 

« Je lui ai juste demandé du feu, s’expliqua Hiroshi.

 

- Non. Vous avez demandé « qu’il vous allume. »

 

Le guitariste laissa échapper un rire clair :

 

« Que tu es jaloux. C’est pathétique. Tu complexes face à un vrai mec ? Au moins te rends-tu comptes que vous n’avez pas la même carrure.

 

- Je ne sais pas ce qu’il se passe entre vous et je m’en moque mais les scènes de ménage ou quel que soit le nom que vous y mettez dessus c’est en dehors des heures de boulot. On a l’air de marioles là, alors isolez-vous cinq minutes si vous en avez besoin mais réglez ça vite, trancha K, excédé.

 

- Pas besoin, il n’admettra jamais que c’est une lopette et qu’il n’y a rien à faire.

 

- Espèce de traînée », grinça Fujisaki entre ses dents.

 

Il quitta son clavier et empoigna son petit ami par sa chevelure, lui arrachant un cri de douleur.

 

« Humiliez-moi encore en public et nous verrons qui est une lopette. »

 

La violence du geste surprit Shuichi et K, et le chanteur se précipita pour séparer les deux garçons :

 

« T’es complètement cinglé ! hurla-t-il à Fujisaki.

 

- Ça va, dit Hiroshi en nouant ses cheveux. Ça va. J’ai besoin d’une cigarette et on reprend. »

 

Sans que personne n’intervienne, le guitariste s’éloigna. Shuichi, lui, profita de la pause pour appeler Sobi, il se passait quelque chose d’étrange, leur ami changeait de façon plutôt anormale.

 

Presque aussitôt, Hiroshi, qui avait oublié d’éteindre son téléphone, reçut un autre message.

 

« Ce midi 13 heures. Toraji à Shibuya. Viens seul, je voudrais te parler d’un truc perso. Ah… tu régales. »

 

Yuji était incroyable.

 

Cette fois, il éteignit son téléphone et rejoignit les deux autres en se massant le cuir chevelu car il avait étonnement mal. Il leur expliqua qu’il déjeunerait sans eux aujourd’hui. Les répétitions reprirent sérieusement cette fois-ci et ils accueillirent la pause pour manger avec plaisir !

 

Au restaurant coréen, ce n’était pas Yuji mais Sobi qui l’attendait. Hiroshi fut tenté de faire demi-tour mais on y mangeait bien, après tout.

 

Sans mâcher ses mots, Sobi lui révéla les apartés menaçants de Fujisaki et leur comportement bizarre à tous deux depuis quelques temps. Le musicien l’écouta poliment mais répliqua que Shuichi était jaloux et qu’il n’avait jamais aimé le claviériste.

 

« Quant à toi… Si tu cessais de minauder avec tout le monde, peut-être que Suguru ne serait pas jaloux. Tu as de la chance que Junichi soit aussi patient.

 

- C’est un jeu ! On fait ça depuis toujours !

 

- Et bien peut-être que maintenant que nous sommes des hommes, nous pourrions arrêter et avoir des relations d’adulte.

 

- Tu veux une relation d’adulte avec moi ? » ronronna Sobi en lui caressant le dos de la main.

 

Hiroshi ne put contenir un sourire. Il ne changerait pas son ancien amant. Mais l’heure tournait et les deux amis se séparèrent.

 

OoOoOoOoOoO

 

Yuki s’étira longuement et éteignit son ordinateur. Chapitre bouclé, bonne chose de faite et il méritait bien une petite cigarette pour se détendre. Il devait être tard, le ciel était noir à travers les vitres, mais alors qu’il sortait de son bureau, il eut la surprise de trouver Shuichi assis dans le salon, sur le canapé. La télévision était éteinte et son amant paraissait plongé dans la contemplation de la table basse devant lui.

 

« Qu’est-ce qui ne va pas ? » s’enquit le romancier qui, depuis quelques jours, avait bien remarqué que quelque chose préoccupait Shuichi. Tiré de ses pensées, celui-ci tressaillit et leva la tête.

 

« Ah ! Heu… Non, tout va bien… »

 

En temps normal, Yuki se serait contenté de hausser les épaules et de poursuivre sa route mais il avait achevé son chapitre, qui lui avait donné plus de fil à retordre que ce qu’il l’avait escompté, et il était suffisamment détendu pour accorder une oreille complaisante, à défaut d’attentive, au jeune chanteur.

 

« Tu sais parfaitement que ça ne prend pas avec moi, dit-il en allant s’asseoir auprès de lui. Qu’est-ce qu’il y a ? Un problème avec Seguchi ? »

 

Shuichi secoua la tête, l’air malheureux.

 

« Non, c’est Hiro. Il… Il est vraiment bizarre depuis quelques temps. »

 

Ça, tu ne crois pas si bien dire, songea Yuki en se remémorant la visite du guitariste et les avances qu’il lui avait faites. Il n’en avait rien dit à son amant, bien sûr, mais il n’appréciait déjà que modérément Nakano et cette dernière action n’avait pas fait remonter sa cote. « Comment ça, bizarre ?

 

- Il… D’abord, il couche avec Fujisaki ! » lâcha Shuichi comme s’il s’agissait là de la révélation du siècle. Yuki sentit une irrépressible envie de se lever et de partir monter en lui ; s’il y avait bien une chose qui l’insupportait, c’étaient les potins mondains mais avant qu’il ait pu faire un geste le chanteur l’avait saisi aux épaules et se raccrochait à lui comme un homme en train de se noyer.

 

« Tu te rends compte ! Avec ce sale gamin prétentieux ! Mais c’est pas ça le pire ! Il laisse ce nabot le traiter comme un moins que rien ! Avant-hier, il lui a même tiré les cheveux en le traitant de « traînée » !

 

- Ils sont peut-être dans une relation SM et c’est lui qui fait le dominé ? suggéra le romancier.

 

- Je rigole pas, Yuki ! Fujisaki aussi, il… il est encore pire que d’habitude ! J’ai l’impression qu’il est devenu fou, il… il me fait peur, avoua son petit ami.

 

- Eh, les Seguchi ne sont pas réputés pour être des tendres, fit Yuki en tirant longuement sur sa cigarette. Ma foi, si tes deux potes y trouvent leur compte, pourquoi t’en faire ?

 

- Mais je… je supporte pas de voir Hiro courber la tête devant ce petit morveux ! On dirait qu’il est… envoûté ! C’est certainement ça, Fujisaki a dû lui lancer un sortilège pour pouvoir le mettre dans son lit ! Si ça se trouve c’est lui qui a poussé Ayaka à rompre, comme ça il récupérait Hiro et la maison ! »

 

Yuki, pour sa part, voyait dans ces paroles une grande part de délire mais Shuichi commençait à s’échauffer et il avait dans l’idée de consacrer cette énergie à une toute autre forme d’activité.

 

« Tu devrais en parler à Tatsuha, c’est lui le spécialiste de ce genre de choses, dit-il en passant un bras autour de la taille du chanteur pour l’attirer contre lui.

 

Yuki, je suis sérieux… » Un baiser possessif et prédateur mit un terme à ce début de protestations.

 

« Tant que tout va bien pour Bad Luck je ne vois pas pourquoi tu te fais du souci », déclara son amant en glissant ses mains sous son tee-shirt. Laisse-les régler leurs problèmes, ils sont assez grands pour savoir ce qu’ils ont à faire. Et moi, j’ai envie de… »

 

Il acheva sa phrase au creux de l’oreille du garçon qui vira au cramoisi mais céda de la meilleure des grâces à la demande de son petit ami.

 

OoOoOoOoOoO

 

« Tout va bien, monsieur le producteur ? »

 

Sakano sursauta violement en sentant quelqu’un lui taper sur l’épaule ; il se retourna vivement et aperçut Noriko, revêtue d’une tenue de scène noire et violette semée de paillettes extrêmement échancrée.

 

« Ah, mademoiselle Ukai ! Vous m’avez fait peur !

 

- Toujours aussi stressé, à ce que je vois. Relax, Sakano, les Bad Luck n’en sont plus à leur premier concert, ils sont rôdés maintenant ! Même si, bien sûr, ils sont encore bien loin d’être à notre niveau ! fanfaronna la jeune femme avec un petit rire. Leur première partie s’est bien passée, non ? »

 

Le Tokyo Bay Music Fest battait son plein. Événement musical majeur de la saison estivale, ce gigantesque concert en plein air affichait complet pour la quatrième année consécutive et Tohma Seguchi, initiateur et principal sponsor du festival, pouvait se frotter les mains. Chaque nouvelle édition voyait sa programmation s’internationaliser de plus en plus et, pour la première fois, des artistes Européens de renom étaient de la partie. Inutile de dire que, dans ce contexte, il fallait être excellent, rien de moins.

 

« Oui, tout s’est très bien passé », concéda Sakano en reportant le regard sur la scène gigantesque brillamment éclairée devant laquelle des milliers de fans s’amassaient. De puissants spots projetaient dans le ciel noir des faisceaux lumineux mouvants pour former comme un halo multicolore tout autour de l’immense plateau sur lequel un groupe de visual rock était en train de se produire.

 

« Et alors ? Ils vont assurer pour leurs second passage, ils ont l’habitude, affirma la claviériste en suivant le regard du producteur.

 

- Je sais bien mais… L’ambiance dans le groupe est assez bizarre en ce moment. J’ai l’impression que… qu’il se passe quelque chose d’anormal mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Bien sûr, cela n’a jamais affecté Bad Luck jusqu’à maintenant mais… » Sakano soupira et haussa les épaules. Il avait toujours été d’un naturel anxieux et depuis qu’il travaillait avec les Bad Luck, il passait de crises d’angoisses en crises de panique. Les frasques de Shindo et ses petits camarades avaient-elles fini par mettre à ce point à mal ses compétences professionnelles ?

 

« Le concert de ce soir est une échéance un peu spéciale, c’est vrai, mais avec le génial Tohma aux commandes, pas la peine de s’en faire ! Bon j’y retourne, ça va être à nous dans pas longtemps. Bonne fin de soirée, Sakano ! 

 

- Merci, mademoiselle Ukai, à vous aussi. »

 

Cependant, le sentiment d’une catastrophe imminente ne le déserta pas pour autant.

 

OoOoOoOoOoO

 

Point de désastre sur scène pour les Bad Luck, cependant. Le jeune groupe assura sa partie avec sa fougue coutumière et déchaîna l’enthousiasme de ses fans – et des autres. La soirée se clôtura dans une apothéose de lumière et d’effets pyrotechniques par une chanson inédite des Nittle Grasper et, l’espace d’un instant, les petites tensions et prises de bec qui avaient émaillé les dernières répétitions du trio de garçons furent oubliées.

 

« Hiro-chou !! »

 

Le susnommé se retourna vers la seule personne au monde qui l’appelait de cette manière et, avant qu’il ait le temps d’esquisser le moindre geste, Yukari Honda, bassiste des Bloody Jezabel et participante elle aussi au festival, se jeta dans ses bras.

 

« C’était génial cette soirée ! piailla-t-elle en écrasant son opulente poitrine, corsetée de satin noir et de dentelle bleue, contre le torse du guitariste. Si on se faisait un petit after, maintenant ?

 

- C’est que je suis un peu casé », protesta gentiment le jeune homme, qui sentait sans le voir le regard furibond de son petit ami lui brûler le dos. Yukari gloussa.

 

« Et après on dit que c’est moi qui ne pense qu’à la chose… Je voulais parler d’une petite soirée entre amis. Bad Luck et les Bloody Jez, on ne rentrera pas tard, c’est juste pour fêter ce concert dément ! 

 

- C’est vrai que c’était votre première participation, intervint Shuichi. Qu’est-ce que tu en dis, Hiro ? On y va ? »

 

Fumie et Mao les avaient rejoints, tout aussi excitées que leurs camarades. Hiroshi se retourna vers son petit ami afin d’avoir son avis mais celui-ci s’était aussi avancé et, d’un geste possessif, lui prit le bras.

 

« Il est déjà tard, Hiroshi, nous devrions plutôt rentrer », dit-il d’un ton impérieux. Un peu étonné, le guitariste ouvrit la bouche pour répondre mais un élan de pure colère traversa Shuichi. Il n’avait rien dit les fois précédentes mais cette fois la coupe était pleine et il n’avait pas l’intention de rester les bras croisés pendant que ce petit morveux de Fujisaki jouait les marioles avec son meilleur ami. Sans laisser à ce dernier le temps de rien dire, il se jeta sur Suguru.

 

« Dis donc, espèce de nain, tu vas nous foutre la paix maintenant ? Si t’as envie d’aller te coucher, libre à toi mais Hiro tu le lâches, c’est compris ? » aboya-t-il en poussant brutalement le claviériste en arrière. Le jeune garçon recula de trois pas, surpris et secoué, mais une fureur sans bornes tordit soudain son visage et il bondit sur le chanteur, tout aussi désireux que lui d’en découdre. Les deux antagonistes s’empoignèrent furieusement sous le regard effaré d’Hiroshi, stupéfait par un pareil éclat de violence et qui ne savait plus qui il devait essayer d’arrêter. K et Sakano se précipitèrent dans la mêlée et, secondés par un technicien, séparèrent les belligérants aveuglés par la rage. Hiroshi ceintura aussitôt Suguru puis l’entraîna un peu à l’écart pour tenter de le calmer alors que le jeune garçon se débattait comme un forcené, tout comme Shuichi. Les Bloody Jezabel, muettes, s’étaient repliées à l’autre bout du couloir et Nana, pour une fois, ne disait rien.

 

« Arrête ! Calme-toi maintenant, ça va pas de te mettre dans un état pareil ! » exhorta Hiroshi en empoignant son petit ami par les épaules. Le regard noir, brûlant de haine, que lui renvoya le garçon le décontenança mais il ne relâcha pas sa prise.

 

« J’avais dit à ce minable de Shindo de se mêler de ses affaires ! siffla le claviériste d’une voix rauque. Puisqu’il ne comprend rien je…

 

- Suguru, arrête, plaida Hiroshi. Je… je parlerai à Shuichi. Mais pour le moment calme-toi, je t’en prie… Je ne te reconnais plus. »

 

Le jeune garçon renifla et battit vivement des paupières. Le regard qu’il posa sur son petit ami était radicalement différent et il hocha lentement la tête.

 

« Vous, heu… Oui, vous avez raison… » murmura-t-il en portant une main à sa joue gauche, endolorie et marbrée d’une plaque rouge qui commençait à gonfler.

 

L’incident était clos, mais des sanctions étaient à prévoir, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute.

 

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