CHAPITRE VII

 

« Une main coupééée !!! Je veux mourir ! râla Sakano.

 

- Calm down ! C’est juste un doigt ! Ils seront prêts pour leur concert.

 

- Hiro a certainement dû se défendre contre le monstre de Kyoto. La prochaine fois, Hiro-chan, vise le cœur ! siffla Shuichi. Le coeur !

 

- Guys, mettez vos travaux en suspens jusqu'au concert.

 

- Tu ne veux pas venir nous aider plutôt, K ? plaisanta Hiroshi.

 

- On verra, en attendant, voilà le planning de la semaine prochaine. »

 

Et la journée s’écoula normalement sans que personne ne se doute de la nouvelle relation entre les deux musiciens. Ces derniers avaient souhaité rester discrets quelques temps. Ce n’était que chez eux qu’ils exprimaient  leurs sentiments.

 

« Je me sens prêt pour tapisser votre chambre, murmura Suguru entre deux baisers.

 

- Tant que ça ne finit pas aussi mal que samedi…

 

- Je m’appliquerai.

 

- Et moi, je resterai calme. »

 

Deux caresses plus tard, ils avaient revêtu des vêtements usagés et appliquaient la tapisserie, sans embrouille cette fois.

 

« Tout est tapissé. Nous avons bien avancé ! sourit Suguru. Ça fait plaisir de voir les progrès. Ça motive. »

 

Son petit ami l'approuva en prenant une photo avec son appareil.

 

« Tiens, c'est quoi cette tache ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.

 

- Quelle tache ?

 

- Regarde mon téléphone et regarde le mur. »

 

Sur la photo apparaissait une tache foncée dans un coin du mur alors qu'en réalité la paroi était propre.

 

« Ça doit venir de votre téléphone. »

 

Mais un grondement caractéristique annonça le dîner et au vu de l'heure tardive, cela ne leur ferait pas de mal.

 

OoOoOoOoOoO

 

« Tu as pensé à ton maillot de bain ?

 

- Vous pensez vraiment que nous aurons le temps ?

 

- Aller à Yaizu sans se baigner, ce serait dommage. Ce serait comme… un gâteau au chocolat… sans chocolat.

 

- Notre programme est serré : répétition le matin, signature d'autographes l'après-midi, concert le soir. Comment comptez-vous caser ça ?

 

- Il suffit de faire le mur, le soir. Tu ne l'as jamais fait ?

 

- Parce que vous, si ?

 

- Nooon. Je ne fais rien en dehors du programme, roucoula Hiroshi en battant des cils.

 

- Laissez-moi encore deux minutes et je serai prêt.

 

- Il vaut mieux, sinon on va avoir tous les embouteillages, nous serons en retard et Sakano va encore essayer de se suicider. »

 

Suguru remonta dans sa chambre en courant et se concentra quelques secondes : parmi tous ces cartons non déballés, ou se trouvait donc son maillot de bain ? Les minutes défilaient, tant pis, il achèterait sur place. Il dévala l'escalier et, en enfilant sa veste, il réalisa qu'il n'avait pas pris son téléphone. Il remonta dans sa chambre et ne le trouva pas là où il l'avait posé la veille.

 

« Fujisaki, tu devrais te dépêcher. »

 

Une brusque colère embrasa le claviériste qui redescendit avec une lenteur diabolique.

 

« Où est mon téléphone ?

 

- Je… je n'en sais rien », répondit Hiroshi, étonné du soudain changement.

 

Il regarda son petit ami prendre le téléphone fixe et composer un numéro. Une faible mélodie se fit entendre, provenant… du sac du guitariste. Suguru le fouilla furieusement et en sortit son appareil :

 

« Vous êtes minable et puéril, monsieur Nakano. Quand grandirez-vous un peu ? Quand vous arrêterez vos… « pétards » ? Je comprends que mademoiselle Ayaka ait refusé votre demande. Vous n'êtes qu'un drogué sans ambition. »

 

Hiroshi resta pétrifié.

 

« Je pars sans toi, finit-il par dire en rangeant les affaires jetées au sol par son petit ami. Avec un peu de chance tu auras un train et arriveras avant moi. »

 

Sans rien ajouter, il sortit de la maison et démarra.

 

Il roula aussi vite qu'il put en évitant de penser à quoi que ce soit. Il gara sa moto devant l'immeuble de Sakura et pénétra dans le hall du bâtiment pour y laisser un double des clefs de la maison ; la jeune fille devait s'occuper de la petite chatte durant son absence. Comme elle dormait la plupart de la journée, cela devrait bien se passer. Il respira un grand coup et enfourcha son véhicule. Pourquoi Suguru avait-il été aussi désagréable ? Et comment le téléphone était arrivé là ? Il roula jusqu'aux studios et après avoir garé sa moto, il rejoignit Shuichi.

 

« Où est Fujisaki ?? s'exclama Sakano, affolé.

 

- Il est là ! » répondit le claviériste, essoufflé.

 

Le groupe s'installa dans le van dans un silence de plomb. Seul Shuichi semblait ravi de la situation et animait le trajet, les deux autres musiciens restaient muets, le regard dans le vague. Le silence pesant entre Hiroshi et Suguru perdura tout au long du trajet. Le premier ne parvenait pas à comprendre les paroles blessantes du claviériste à son égard, le second ne s’expliquait pas pourquoi son petit ami était parti sans lui de la maison. Ils avaient eu quelques mots un peu vifs juste avant, mais à la vérité le garçon était incapable de se souvenir de la discussion. Quoi qu’il en soit, Hiroshi avait quitté la pièce sans l’attendre et il avait dû se précipiter à la gare, heureusement située à peu de distance de la maison, pour prendre le train.

 

Le visage glacé du guitariste l’avait dissuadé de s’asseoir à ses côtés dans le van et il avait pris place à l’arrière, avait mis ses écouteurs dans ses oreilles et s’était absorbé dans l’écoute de sa musique, ou plutôt avait paru le faire mais il était resté plongé dans ses pensées et ses interrogations, tout comme Hiroshi.

 

Le trajet jusqu’à Yaizu, important port de pêche dans la préfecture de Shizuoka, fut rapide. Sakano avait retenu des chambres au Yaizu Grand Hôtel, bâti en hauteur et qui offrait une vue saisissante sur la péninsule d’Izu et, tout au loin, sur le Mont Fuji.

 

« Wah, c’est super beau ici ! s’exclama Shuichi à la vue du panorama magnifique qui s’étendait devant eux. Si j’avais su, j’aurais demandé à Yuki de venir nous rejoindre. C’est un si bel endroit pour venir en couple, minauda-t-il avec un coup d’œil narquois à l’adresse de Suguru qui arborait une mine renfrognée assez peu en accord avec la vue splendide et le temps resplendissant.

 

- Nous ne sommes pas venus ici pour faire du tourisme, que je sache, répliqua sèchement le claviériste.

 

- Quoi ? Une mer pareille ne te donne pas envie de te baigner ?

 

- Vous n’êtes pas là pour vous baigner, intervint K. Vous montez vos affaires à vos chambres et je vous emmène aussi sec à la salle de concert pour répéter. Les vacances, c’est pour les autres », conclut-il d’un ton sans appel. Les trois musiciens s’empressèrent d’obéir et allèrent déposer leurs sacs dans leurs chambres respectives.

 

Comme d’habitude en déplacement, l’organisation de Sakano était irréprochable. La répétition achevée, les Bad Luck retournèrent déjeuner au restaurant de leur hôtel puis se changèrent pour leur séance de dédicace. Ceci fait, il ne leur restait que peu de temps avant de retourner à la salle de concert, et certainement pas assez pour se baigner, comme l’avait suggéré le matin même Hiroshi. Ce dernier soupira, accoudé à la balustrade en bois peint de la terrasse du complexe de loisir où avaient eu lieu les dédicaces. Le bâtiment avançait sur la mer et le jeune homme laissait son regard errer sur les flots qui dansaient au-dessous de lui, profondément songeur.

 

« Monsieur Nakano… »

 

La voix hésitante de Suguru le tira de ses pensées amères et il se retourna vers son petit ami.

 

« Oui ? répondit-il après un bref instant de silence.

 

- Pourquoi êtes-vous parti sans moi ce matin ? »

 

Le guitariste le regarda avec une véritable stupéfaction. Le garçon se moquait-il de lui ?

 

« Fujisaki, tu… tu oses me le demander ? dit-il avec un peu de colère.

 

- Oui, je… C'est-à-dire que j’ai le souvenir de m’être plus ou moins disputé avec vous mais… je ne me rappelle plus vraiment de ce que nous nous sommes dit. Vous m’avez parlé de maillot de bain, je crois, et à partir de là… je ne sais plus ce que je vous ai répondu. Mais je me souviens vous avoir vu partir en me disant de prendre le train et… je n’ai pas compris pourquoi vous êtes parti comme ça. Je vous jure que c’est la vérité, plaida Suguru, désemparé.

 

- Tu ne te souviens plus de ce que tu m’as dit ? Tu m’as dit que j’étais puéril, que ça ne t’étonnait pas qu’Ayaka m’ait quitté car je n’étais rien d’autre qu’un drogué. Et tout ça parce que tu ne trouvais plus ton téléphone portable, relata posément Hiroshi, le visage impassible. Alors tu comprendras que je ne t’aie pas attendu pour partir. »

 

Les traits du claviériste ne reflétaient qu’incrédulité et consternation. Il se savait emporté parfois, mais pas de là à aller dire pareilles horreurs. Pas à son petit ami du moins !

 

« … Drogué ? répéta-t-il d’une voix mal assurée. Monsieur Nakano, je… je ne m’en rappelle pas ! Je ne me rappelle pas de cette histoire de téléphone, je vous supplie de me croire ! »

 

Le guitariste ne savait plus quoi penser. Jamais Suguru ne lui avait donné l’impression d’être quelqu’un susceptible d’avoir des absences. De plus, sa réaction totalement disproportionnée après l’incident du téléphone – et comment le petit appareil s’était-il retrouvé dans son sac, en premier lieu ? – cadrait mal avec l’image de calme et de maîtrise qu’il se plaisait à renvoyer. Le stress, peut-être ? Ils n’avaient quasiment pas pris de véritable jour de repos depuis le début des travaux, presque deux mois auparavant.

 

« Écoute, je ne sais pas ce qu’il s’est passé mais… le mieux c’est de ne plus en parler. On va dire qu’il n’est rien arrivé, d’accord ? Et puis… on va faire un petit break en rentrant, qu’en dis-tu ? Quelques jours de coupure pour penser à autre chose qu’aux travaux », proposa le jeune homme en caressant doucement la joue ronde de son petit ami.

 

« Mais avant ça, on va aller se baigner, lui souffla-t-il à l’oreille. Toujours partant pour faire le mur après le concert ? »

 

OoOoOoOoOoO

 

Les trois membres de Bad Luck n’étaient pas du genre à faire dans la retenue en concert ; Shuichi et Hiroshi, surtout, donnaient de leur personne et sortaient de scène épuisés la plupart du temps. Cette représentation-là n’avait pas dérogé à la règle d’autant qu’il avait fait très chaud et même Suguru, pourtant beaucoup plus statique que ses deux collègues, était mort de fatigue. C’est avec un bel ensemble que les trois garçons se laissèrent tomber dans le van qui les reconduisait à leur hôtel.

 

« Je suis claqué, déclara Shuichi en bâillant largement. Qu’est-ce qu’il faisait chaud dans cette salle ! Le micro a failli me glisser des mains plusieurs fois.

 

- Imagine un peu l’émeute dans la salle si quelqu’un l’avait reçu dans l’œil ! Les fans se battraient pour récupérer le micro de Shindo, plaisanta Hiroshi.

 

- Ou alors on aurait eu un procès pour coups et blessures involontaires », marmotta Suguru dans son coin.

 

K eut tôt fait de les raccompagner à l’hôtel et c’est avec soulagement que le claviériste se laissa tomber sur son lit. Une bonne douche et une bonne nuit de sommeil, voilà tout ce dont il avait envie.

 

« Alors ? Tu as préparé ton maillot ? »

 

Suguru tressaillit et se retourna d’un bond vers la porte-fenêtre ouverte qui donnait sur la terrasse où se tenait son petit ami, souriant.

 

« Monsieur Nakano ! siffla-t-il. Vous m’avez fait une de ces peurs ! Mais par où êtes-vous passé ?

 

- Ma chambre est voisine de la tienne, j’ai enjambé le balcon, expliqua le guitariste comme s’il s’agissait là d’un exercice de routine pour lui. Un petit tour dehors, ça te dit ?

 

- Un… un petit tour ? Monsieur Nakano… On ne va pas sortir maintenant ?

 

- Et pourquoi pas ? K ne nous l’a pas interdit, que je sache. Et après la chaleur infernale du concert, un peu d’air frais ne nous fera pas de mal.

 

- Mais… Et si monsieur Shindo nous voit sortir ?

 

- Vu l’état dans lequel il était, il doit être écroulé au fond de son lit. Ou alors il est en train d’envoyer un message à Yuki, auquel cas on est encore plus tranquilles. Allez, Fujisaki ! Une promenade sous les étoiles, rien que nous deux, ça ne te tente pas ? »

 

Vaincu, Suguru acquiesça. L’enthousiasme de son petit ami était contagieux et quelque part… c’était assez excitant.

 

Sans faire de bruit, ils se glissèrent hors de l’hôtel et gagnèrent le pied du promontoire rocheux sur lequel il était bâti. La nuit était belle et chaude et le bruit des vagues, en contrebas, troublait seul le silence.

 

« Où allons-nous, monsieur Nakano ?

 

 - Un peu plus loin. Je me suis renseigné à la réception, il y a une promenade qui longe la mer. À cette heure-ci il ne devrait pas y avoir beaucoup de monde, nous devrions être tranquilles.

 

- Tranquilles pour quoi faire ?

 

- Tu n’en as jamais assez de poser des questions ? le taquina Hiroshi en l’embrassant sur le bout du nez. Pour nous baigner, pardi.

 

- Je n’ai pas de maillot.

 

- Et alors ? Jamais entendu parler des bains de minuit ? 

 

- Ohkuzure seaside, lut Suguru sur le panneau qui marquait le début de la promenade. Baignade strictement interdite. Monsieur Nakano, on n’a pas le droit ! »

 

Le jeune homme rit et l’attira contre lui.

 

« Cette nuit est trop belle pour ne pas en profiter. Ne sois pas aussi rigide, Fujisaki, il faut savoir s’amuser de temps en temps ! 

 

- Respecter les règlements ne m’a jamais empêché de m’amuser ! répliqua Suguru, piqué au vif. Si c’est interdit de se baigner c’est qu’il doit y avoir une raison ! »

 

Mais Hiroshi, sans tenir compte de ses protestations, l’entraînait déjà le long de la promenade, désertée à cette heure. Le chemin, plat et dallé, bordé par une haie d’arbustes sur sa gauche, longeait la côte ; une plage de sable grossier, noir et rocailleux, donnait abruptement sur la mer de laquelle émergeaient à intervalle régulier des brise-lames en béton battus par les vagues.

 

« Alors ? On n’est pas bien ici, seuls tous les deux ? fit le guitariste en embrassant à pleine bouche son petit ami qui sentit s’envoler ses réticences comme par enchantement.

 

- Si, bien sûr… On pourrait aller s’asseoir au bord de l’eau », convint le garçon.

 

Enjambant le petit muret qui séparait la promenade de la plage, les deux musiciens gagnèrent le bord de l’eau et retirèrent leurs chaussures. Suguru s’assit sur les rochers dentelés et plongea les pieds dans les vagues.

 

« Elle est délicieuse ! s’écria-t-il. Mais que faites-vous, monsieur Nakano ?

 

- En fin de compte, je vais me baigner. Comme tu le dis, elle est délicieuse et ce serait bête de ne pas en profiter, expliqua le jeune homme en retirant son jean et son tee-shirt. Il les déposa sans soin auprès de ses baskets et plongea d’un geste fluide dans l’eau sombre.

 

« Génial ! s’extasia-t-il en s’ébrouant. Fujisaki, tu ne sais pas ce que tu perds ! »

 

Sans attendre de réponse, il s’éloigna de quelques brasses. L’eau semblait profonde et, de l’avis du claviériste, assez agitée.

 

« Ne vous éloignez pas, monsieur Nakano. C’est peut-être dangereux. 

 

- Mais arrête de stresser comme ça, enfin ! Qu’est-ce que tu veux qu’il arrive ? Qu’une pieuvre géante m’attrape les chevilles et m’entraîne au fond ? »

 

Le guitariste rit et, sur le dos, se mit à nager en direction du large. Il aimait la mer, la soirée était magnifique et Suguru était bien bête de ne pas en profiter. Tant pis pour lui !

 

« Monsieur Nakano, vous ne devriez pas autant vous éloigner ! appela le jeune garçon d’une voix inquiète. Revenez, s’il vous plaît ! »

 

Conscient de l’anxiété réelle de son petit ami, Hiroshi obtempéra. Seulement, s’il n’avait eu aucun mal à s’écarter du rivage, il sentait à présent une résistance ; un courant contraire qui l’obligeait à forcer pour avancer. Soucieux de ne pas accroître davantage l’inquiétude du claviériste, il ne dit rien et entreprit de nager plus vigoureusement.

 

« J’arrive, Fujisaki. Y’a pas le feu. »

 

Mais en dépit de tous ses efforts, et bien que ne se trouvant qu’à quelques mètres du bord, le courant contrariait ses efforts et le maintenait presque sur place. Suguru ne tarda pas à comprendre que quelque chose n’allait pas.

 

« Monsieur Nakano ! Qu’est-ce qu’il se passe ? appela-t-il, le cœur battant.

 

- Je… Y’a un courant qui m’entraîne en arrière… Je vais le contourner par la gauche », finit par avouer Hiroshi en nageant vers l’un des brise-lames bâti juste au bord des rochers. Le claviériste se leva et le suivit du rivage.

 

« C’est plus facile par là ?

 

- Oui… ça va mieux… Je grimperai sur le brise-lames pour sortir de l’eau. »

 

Cependant, même si le courant faiblissait à mesure qu’il se rapprochait de la digue, le guitariste devait s’employer pour avancer et la fatigue commençait à peser lourdement sur lui, d’autant plus que le concert l’avait déjà bien entamé. Ses bras et ses jambes lui paraissaient être en plomb et son souffle était plus heurté ; heureusement il n’était plus très loin du but. Suguru, lui, avait atteint le brise-lames et s’était juché tout en haut, d’où il surveillait avec angoisse la laborieuse progression de son petit ami.

 

« Vous y êtes presque, monsieur Nakano ! Encore un effort ! »

 

Mais alors que le jeune homme tendait le bras pour se rattraper aux blocs de bétons, un brusque remous le projeta violemment dessus.

 

« Monsieur Nakano ! cria Suguru, horrifié, en le voyant disparaître sous les flots. Monsieur Nakano !! »

 

La tête du nageur réapparut mais il s’était à nouveau éloigné de la digue et paraissait sonné.

 

« Je vais vous hisser, venez vers moi ! » l’encouragea le jeune garçon en se rapprochant le plus possible de l’eau, mais les algues rendaient le béton glissant et compliquaient singulièrement sa tâche. Aller chercher des secours ? Pas le temps. Saisi d’une soudaine inspiration, il retira son jean et, se penchant à bout de bras, en lança l’extrémité vers le guitariste.

 

« Attrapez ! Après je vous remonterai ! »

 

D’un dernier effort, Hiroshi parvint à saisir la jambe du pantalon et s’y raccrocha. Bandant ses forces, Suguru le ramena vers la digue à laquelle il put enfin se retenir, hors d’haleine.

 

« Monsieur Nakano ! Est-ce que ça va ?

 

- Oui… ça va… grâce à toi… haleta le jeune homme.

 

- Venez, redescendons sur la plage. Je vous avais dit que ce n’était pas une bonne idée de vous baigner ! »

 

Le premier choc passé, un peu tremblant et les jambes molles, le guitariste suivit son petit ami jusqu’à l’étendue de sable noir. Au bout d’un court instant il renfila ses habits et lança un coup d’œil penaud à Suguru qui n’en menait pas large dans son jean trempé.

 

« Merci, Fujisaki. J’ai agi comme un imbécile. J’aurais dû t’écouter, dit-il en lui effleurant la joue.

 

- Rentrons, monsieur Nakano. Je n’ai plus vraiment la tête à me balader sous les étoiles. »

 

Dans un silence un peu emprunté, les deux garçons retournèrent à l’hôtel.

 

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