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CHAPITRE IX
« J’espère que tu as bien
compris et que tu vas faire le nécessaire pour que ça ne se reproduise plus,
Tohma.
- Je comprends, ma tante. Ne vous inquiétez pas, je vais faire ce qu’il faut.
Bonne soirée. »
Mais Haruka Fujisaki avait déjà raccroché. Ivre de colère de voir son fils
humilié puis malade, la mère du claviériste avait appelé directement sur la
ligne personnelle de son neveu et « grand » Tohma Seguchi ou pas, elle lui avait
fait clairement savoir qu’au prochain dérapage non seulement il le regretterait
mais elle viendrait en personne lui faire part de son avis. Non qu’il craignît
spécialement la petite femme mais il savait que le sang Seguchi coulait aussi
dans ses veines, avec le caractère assorti, et qu’il ne fallait pas trop s’y
frotter. Il appela donc l’équipe de techniciens sur place et envoya un médecin
voir comment allait son cousin.
OoOoOoOoOoO
À l’intérieur de la Maison, Yukari et Nana se moquaient toujours, Fumie, Mao et
Shuichi regardaient de loin si tout allait bien alors qu’Hiroshi et Miki
s’étaient agenouillés chacun d’un côté du claviériste et le rassuraient.
« Tu peux aller me chercher une de mes chemises, s’il te plait Watanabe ? Une
large », ajouta-t-il alors que la jeune fille s’exécutait.
Il caressa le visage mouillé de Suguru.
« Je nettoierai, ça n’est pas la peine de pleurer.
- C’est… Je… pleure toujours quand je vomis. »
Tendrement, Hiroshi essuya les deux yeux noirs avec le pouce.
« Excuse-moi, Sunshine, dit-il à voix basse. C’est ma faute et…
- Tiens, Nakano », les interrompit Miki en tendant la chemise.
Le guitariste remercia la batteuse et prit le vêtement qu’il referma sur son
petit ami. Les deux se relevèrent et sortirent. Hiroshi lui conseilla de se
rincer la bouche dans la salle de bains et de rester un peu dehors le temps que
lui nettoie.
« Quand j’ai fini je reviens et tu prendras un peu d’eau gazeuse, assieds-toi et
prends un peu l’air.
- Merci monsieur Nakano. »
C’est Miki qui revint avec le verre.
« Excuse-moi, c’était une mauvaise idée l’alcool, dit-elle.
- Ça n’est pas de votre faute, je pouvais dire non.
- En tout cas, c’était très bien et c’est injuste qu’on ne vous le valide pas. »
Le garçon ne dit rien, en colère contre lui-même, mais « Voix-off », comme il
surnommait Takeshi, le pria de se rendre dans le hall d’entrée, un médecin
venait l’ausculter et il n’y avait pas à discuter.
Après un entretien avec le docteur, qui fut impossible à duper, Fujisaki
retourna au salon où tout le monde avait été convoqué.
Sur Internet et dans l’émission en direct, on ne suivit pas Suguru mais le
médecin qui rassura le public sur l’état de santé de Fujisaki. Le docteur croisa
Shizuka Kobayashi et après lui avoir expliqué la situation, les caméras
filmèrent son arrivée et on la vit entrer dans le salon puis les caméras firent
un petit travelling dans le jardin et s’immobilisèrent sur le vent qui secouait
les arbres.
La coordonnatrice ne voulait pas de nom mais les habitants possédant des
substances illicites ou interdites aux mineurs furent priés de les déposer
anonymement au plus tard le lendemain à 8 heures. Si un autre débordement avait
lieu, il y aurait une enquête et peut-être des poursuites judiciaires, au moins
Seguchi avait-il dissuadé sa tante de porter plainte.
Hiroshi et Yukari, les deux responsables, ne cillèrent même pas, s’ils avaient
dû s’angoisser à chaque remarque sur ce sujet, ils seraient sobres depuis un bon
bout de temps ! Ainsi les deux remirent discrètement un échantillon de leur
marchandise mais en conservèrent. Au prix où coûtait l’herbe, plutôt se couper
un bras, songea Hiroshi en en remettant une petite quantité. Mais ce ne fut pas
la seule sanction. Les deux groupes furent privés d’une journée de répétition.
Un vent de protestation souleva les musiciens, surtout la leader des Bloody
Jezabel qui se leva, vociférant qu’elle se sentait « spoliée » et « injustement
pénalisée à cause de ces tapettes » et que « si le hamster ne supportait pas un
peu d’alcool qu’il retourne dans les bras de maman. »
Piqué au vif – et c’est à ce moment que les caméras du salon se remirent en
marche, diffusant ce qu’il s’y passait – Hiroshi se leva lui aussi :
« Tu te prends pour qui, espèce de dégénérée ? Peut-être que si tu ne le
raillais pas constamment il n’en serait pas arrivé là ! On a tous notre part de
responsabilité alors pour une fois, ferme ta grande gueule ! Tu nous les brises
depuis deux semaines ! »
Sans se démonter, Nana se campa devant Hiroshi et le gifla. Le guitariste se
battait rarement et encore moins contre une fille mais elle, elle n’était pas
une fille, alors il lui retourna sa claque sans hésiter.
« Tu croyais quoi ? Que parce que tu es une fille je ne te giflerais pas ? Mais
comme tu le rabâches depuis deux semaines, tu n’es pas une fille
», dit-il sèchement.
Nana ne dit rien.
« Qui c’est que tu traites de tapette ? Vas-y ! Dis-le moi dans les yeux ! »
continua le garçon.
Dans son oreillette, Shizuka Kobayashi reçut comme ordre ne pas intervenir et de
se décaler sur la droite pour mieux libérer le champ de vision.
« Et même si j’en étais une, gloussa Hiroshi, je me serais très certainement
tapé plus de mecs que toi. Avec ta tête de bouledogue prêt à mordre, les types
doivent se barrer en courant quand ils te croisent et… ronronna-t-il, sache que
si tu n’aimes personne, personne ne t’aime en retour. »
C’en fut trop pour Ito. Elle se jeta sur Hiroshi et le renversa en arrière.
« COLLE-LUI EN UNE ! » hurla Sakura, qui avait abandonné ses devoirs pour suivre
l’affrontement en se levant brusquement et brandissant un poing furieux.
Mais dans le petit écran le garçon laissa la furie agir à sa guise. C’est
Kobayashi et Shindo qui les séparèrent.
« Mademoiselle Ito ! Où vous croyez-vous ? Sur un ring ? l’interrompit la
coordonnatrice. Une journée supplémentaire de pénalité. Ça en fait deux. Et les
Bad Luck profiteront du studio à votre place, toute la journée. Ce qui nous
fait… »
La chanteuse qui avait rejoint ses amies allait encore protester mais Fumie et
Yukari la retinrent, elle en avait assez fait.
« Les Jezabel auront le studio de 13 heures à 18 heures jeudi et vendredi et
samedi de 10h15 à 12h15, et les Bad Luck vous aurez répétition : mercredi de 11
à midi, et de 13 à 18, jeudi et vendredi de 11h à midi, samedi de 8 à 10. Soyez
grands et réglez mieux vos problèmes la prochaine fois. Cela vaut aussi pour
vous, Fujisaki. Bonne soirée. »
La grande femme quitta la pièce chargée de tensions mais le grognement du ventre
de Fumie signala qu’il était plus que temps de dîner.
Le repas fut silencieux et chacun des groupes se retira assez tôt.
Jour 14 – 3ème
semaine
Le lendemain, Suguru crut mourir. Le réveil, qu’il avait oublié d’arrêter, lui
martelait la tête et même s’il l’éteignit maladroitement il réveilla Hiroshi. Le
guitariste se défit de l’étreinte de Shuichi et se rendit au chevet de son petit
ami :
« Ça va, Sunshine ? murmura-t-il.
- Noooon, râla l’autre. J’ai mal au crâne… gémit-il.
- C’est ta première gueule de bois ? Ne bouge pas, je vais te chercher de l’eau.
Il faut boire, tu sais.
L’adolescent se redressa dans le lit et se massa les tempes. Hiroshi revint et
énuméra ce qu’il avait trouvé dans la pharmacie et après s’être assuré qu’il
n’avait aucune contre-indication médicale, il lui donna d’abord du paracétamol.
Au moins n’avaient-ils pas de répétitions ce matin.
« C’est le moins qu’il puisse faire », grogna Haruka Fujisaki en éteignant le
petit poste de télévision, car si la production avait été vague sur l’état de
son fils, il était clair que les habitants y étaient pour quelque chose et le
grand rouquin n’était pas toujours net aux dires de son fils.
Ce qu’elle ne vit c’est qu’après s’être occupé de Suguru, l’autre se recoucha
avec lui.
Suguru fut le premier à se réveiller vers onze heures et il secoua Hiroshi pour
que Shuichi ne les voit pas comme ça. Lui alla se doucher et téléphona à sa
mère.
Cette dernière l’admonesta. Elle ne tenait pas à savoir dans l’immédiat – mais
tout n’était qu’une question de temps et d’intimité – ce qu’il avait pris mais
qu’il avait été inconscient et irresponsable et que cela prendrait le temps
qu’il faudrait mais il aurait à s’expliquer.
Il retourna penaud à la cuisine où un autre verre de paracétamol l’attendait,
avec de la vitamine C. Au moins son petit ami le dorlotait et ce malgré les
caméras et Shuichi. Un petit sourire de plaisir éclaira enfin son visage
fatigué.
Pourtant, au fond de lui se livrait une terrible bataille. Il se sentait
humilié, en colère et démoralisé Humilié d’apparaître comme une petite chose
fragile aux yeux de son petit ami qui, lui, n’aurait certainement pas vomi, mais
également humilié aux yeux de Shuichi. Il avait échoué de façon toute aussi
spectaculaire que le chanteur. À ce moment, il crut comprendre Shindo et eut un
bref moment de compassion. Tout comme Shuichi, il avait été content que Nakano
ramasse les morceaux et le console. Quant à sa colère, elle s’orientait
essentiellement contre lui-même. Ils étaient plus qu’un groupe à présent. Ils
étaient une équipe, qui plus est une équipe en danger et en perdition surtout
dont l’esprit uni manquait cruellement. Hiroshi avait toujours été le lien entre
les deux autres musiciens et lui aussi avait perdu son calme contre Nana. Mais
cela aussi avait rassuré Suguru. L’air de rien, Nakano veillait sur lui et ne
laissait personne lui marcher dessus. Oh, Fujisaki n’avait pas besoin d’un
prince charmant pour le protéger mais il était flatté de ces attentions. De tout
ça, les caméras ne montraient qu’un visage impassible.
Yukari arriva en premier dans la cuisine. Sans un mot elle prépara un chocolat
chaud et vint s’asseoir à côté de Suguru.
« Tu… tu vas bien ? »
Le garçon la scruta. Depuis quand lui parlait-elle ?
« Bien, merci », répondit-il poliment.
Un petit silence s’installa. Suguru était « content » de la tournure qu’avaient
pris les événements. De cinq ridicules heures de répétition, ils étaient passés
à dix ! Normalement, c’était leur quotidien mais là il s’agissait de mânes
providentielles qu’il faudrait exploiter à 200 pourcent.
« Il était très bien le début de ton strip. C’était très sexy et aguicheur le
coup du chapeau et le jeté de mitaines. »
Etait-ce un compliment de miss Libidineuse ?
Hiroshi ne tarda pas à les rejoindre et accepta avec plaisir la tasse de café
qu’on lui tendait.
« C’est fantastique d’avoir giflé Nana ! gloussa Yukari en abandonnant Suguru.
Oh elle ne va pas l’oublier de sitôt, mais au moins ça lui a fait les pieds.
Bravo ! » glapit-elle en battant des mains.
Hiroshi ne s’attarda pas trop sur l’événement La journée allait être longue et
il décida qu’une cigarette lui ferait du bien.
Dans son petit négligé, Yukari le suivit dehors sous l’œil mauvais de Fujisaki.
« Moi je sais que tu n’es pas gay, ronronna la fille. Je vois bien comment tu me
regardes parfois... »
Hiroshi ne dit rien.
« Pourquoi alors tu ne fais rien, et ne me sors pas cette histoire de minorité,
je n’y crois pas une seconde. »
Le guitariste tira sur sa cigarette et rejeta la fumée lentement.
« Yukari, dit-il… on se serait connus plus tôt tu m’aurais plu. Vraiment.
- Mais alors quoi ? Tu as quelqu’un ? Pire… tu es amoureux ?
- Répondez donc, monsieur Nakano », dit Suguru qui était venu les rejoindre et
voyait d’un mauvais œil ce que son petit ami venait de dire.
Le guitariste termina sa cigarette et la posa dans un cendrier qu’il y avait sur
la table du jardin et enlaça Suguru :
« Mais non, Hamster Grognon. Il n’y a que toi dans mon cœur, gloussa-t-il en
relâchant le claviériste, rouge jusqu’aux oreilles.
- Lâchez-moi, le repoussa-t-il gentiment, pour la forme et les caméras. Et
arrêtez de me toucher tout le temps ! Je ne suis pas monsieur Shindo !
- T’es tellement craquant avec ton accent du Kansai quand tu t’énerves. »
Là, Fujisaki grogna véritablement :
« Je n’ai pas l’accent du Kansai ! rétorqua-t-il avec son accent davantage
prononcé.
- Si tu l’as, gloussa Yukari. Et puis c’est mignon ! Je vais peut-être changer
mon fusil d’épaule et j’aurais sûrement plus de succès que Miki !
- Comment ça ? Lâche Fujisaki, Yuka-chan ! »
La bassiste regarda Miki qui venait d’arriver.
« Ne m’appelle jamais Yuka-chan ! C’est pour les demeurés ! Viens Nakano,
dit-elle en mettant son bras sous celui de Hiroshi et l’entraînant vers
l’intérieur. Laissons les enfants jouer ensemble ! »
Il se laissa guider, mais à l’intérieur il la laissa : il fallait tout de même
préparer le déjeuner.
Au plus grand plaisir des habitants, Nana resta cloîtrée dans la chambre des
filles toute la journée, ainsi elle s’écoula sans heurt.
OoOoOoOoOoO
Naoki cliqua sur la petite icône « Mao Takeda. »
Sa tête apparut en plus grand en haut à droite de l’écran et une mini-biographie
s’afficha :
« J’aime :
- le
rock
- mon
chat Jimy Hendrix
- la
calligraphie
Je n’aime pas :
-
être séparée trop longtemps de ma famille et de mes amis
- les
gens têtus
- la
cacophonie »
Le garçon sourit et cliqua sur le lien : « laisser un message à Mao Takeda. »
En revenant sur la page d’accueil du site officiel de Pop Academy il fut
attiré par une grande image centrale de Eiri Yuki sur laquelle il cliqua :
« C’est officiel, le très célèbre romancier Eiri Yuki sera présent au troisième
Prime de Pop Academy. Absent lors des deux premiers, on croyait à une
rupture entre le leader des Bad Luck et son petit ami. Que les fans se rassurent
: tout va bien pour le couple ! L’écrivain refuse toutefois toute interview
quant à son absence lors des précédents Primes. »
Naoki gloussa et retourna sur la page d’accueil. Il sélectionna l’onglet «
Sondages » dans le menu et tous les sujets s’affichèrent :
« Qui va gagner Pop Academy ? »
52 pourcent des votants
soutenaient les Bad Luck en dépit des Primes et défis ratés.
« Quel(le) est l’habitant(e) le/la plus sexy de Pop Academy ? »
Yukari recueillait pour
le moment 40 pourcent des votes, suivi de Hirochi (18 pourcent) mais le
strip-tease de Fujisaki l’avait fait rentrer dans la course du podium et de 1
pourcent il était passé à 16 pour cent en seulement une nuit !
« Nakano est-il gay ? »
Non, selon 64 pourcent
des votes.
Sous son pseudonyme de Shinigami_08, Naoki entra un nouveau sondage :
« Eiri Yuki a-t-il un crayon dans l’œil pour sortir avec Shindo ? »
Il entra le premier vote et se délogga.
Jour 19 – Matin du 3ème Prime
Les quatre jours de répétitions s’étaient exceptionnellement très bien passés
pour les Bad Luck et la raison reposait évidemment sur Yuki. L’écrivain avait en
effet promis de venir au troisième Prime. Les trois garçons avaient même repris
l’écriture de leur single !
En embarquant dans le minibus samedi après-midi, ils étaient remontés à bloc et
rien ne pouvait les ébranler.
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