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CHAPITRE XV
Hiroshi rejeta la fumée
de sa cigarette, rêveur.
« Hiro-chan, qui est Ni-chan ? Pourquoi tu ne m’en as jamais parlé ? demanda
Shuichi, assis à ses côté.
- Ni-chan… C’est récent tu sais. On… On a pas encore exploré toutes les facettes
de notre relation, tu vois ?
- Tu parles de relation ? On devait tout se dire, Hiroshi !
- C’est... C’est vraiment récent ! Tu comprends, je ne veux pas te présenter
n’importe qui.
- En attendant ça a l’air de te bouleverser.
- Moui… Ni-chan… me manque et... »
Mais il ne poursuivit pas. Mao venait les chercher pour le déjeuner.
À la cuisine il y avait déjà les Bloody Jezabel, Nana se plaignant comme
d’habitude. Mais elle seule faisait la conversation. Yukari faisait
outrageusement du pied à Hiroshi sous la table, Fumie et Mao parlaient dans leur
coin, Suguru s’était assis près de Miki mais avait le nez dans son assiette et
Shuichi fredonnait. Pour échapper aux assauts de la jeune fille, c’est Hiroshi
qui débarrassa la table et amena les desserts, des doriakis, et le thé et ou le
café. Miki prit son assiette et celle de Suguru et lui prit son café et le thé
de la batteuse pour prendre leurs pâtisseries sur la terrasse.
« C’est mignon ! Le petit hamster va manger son petit dessert avec sa petite
souris !
- La ferme, Nana, dit Miki.
- Ooooh, Miki-souris ne râle pas. Tu as conclu avant Yuka-chan.
- Tais-toi, Nana. Tu gonfles tout le monde avec tes réflexions. Occupe-toi de
tes fesses où il y a un peu de cellulite si tu veux mon avis et ne fais pas non
plus de réflexion sur ma vie sentimentale ou celle de Yukari parce que la tienne
n’est pas enviable. Viens Suguru. »
Les deux musiciens quittèrent la cuisine sous le regard ébahi de tout le monde
et blessé de Nakano.
C’est de bonne guerre, songea-t-il un peu écoeuré quand même.
Jour 26 – 4ème Prime
Les jours à la Maison se passèrent calmement, trop calmement. Même Nana s’était
tue pour une fois.
Arrivé au studio télé, Hiroshi guetta la moindre opportunité pour être seul avec
Suguru mais celui-ci les évitait. Un moment pourtant Shuichi les laissa dans le
dressing. Il fondit sur son petit ami :
« Suguru ! Je l’ai fait pour nous ! J’ai eu tort mais… il fallait clouer le bec
à Nanaze ! »
L’adolescent le jaugea :
« Non. Vous l’avez fait pour vous et vous avez aimé ça. »
Il retira ses mains de celles du guitariste, un peu interdit. Devait-il
reconnaître qu’il avait aimé ? Mais le nier aurait été un mensonge et il avait
été un peu pris en flagrant délit.
« Su-chan, il n’y a que toi. Les autres ne comptent pas et…
- Je suis fatigué, monsieur Nakano. Je crois que nous devrions nous… »
Le claviériste déglutit. Pourquoi ce mot était-il si dur à dire ? Parce qu’il ne
le pensait pas ? Parce qu’il ne le voulait pas ? Bien sûr qu’il ne voulait pas
perdre Hiroshi mais ça n’était qu’une question de temps et s’il voulait
conserver sa dignité c’était à lui de tirer un trait sur cette histoire qui ne
mènerait à rien de toutes façons. Ainsi il recommença avec aplomb :
« Monsieur Nakano, c’est fini nous deux.
- Suns…
- Plus de « Sunshine » ni de « Ni-chan », monsieur Nakano. J’ai d’autres choses
en tête à présent et vous n’en faites plus partie. »
Hiroshi aurait voulu dire quelque chose mais Shuichi revint. Intérieurement, le
guitariste était effondré. Suguru avait été sa vraie première relation et la
rupture avait été brutale et imprévisible. Ils n’en seraient pas là sans ce jeu
idiot.
« Hiro ? HIROO ? »
Nakano regarda Shuichi.
« Hiro-chan, tu es pâle, qu’est-ce qui se passe ?
- Je… Je vais sortir un moment. »
Et le guitariste sortit s’aérer en enchaînant cigarette sur cigarette, incapable
d’aligner une pensée cohérente. C’est Yukari qui vint le chercher.
« Qu’est-ce qui ne va pas ? Tout le monde te cherche. »
Le musicien ne répondit pas, fixant un point imaginaire devant lui.
Yukari le força à la regarder.
« Tu… tu as pleuré ? demanda-t-elle gentiment.
- Non.
- Il fallait du waterproof si tu voulais éviter que ça coule, dit-elle en
essuyant presque tendrement le maquillage.
- C’est… c’est Ni-chan. C’est sûrement fini. Je vais être plaqué comme un gros
loser que je suis. C'est... quelqu'un de très jaloux et... possessif. »
Il ne pouvait pas dire que « Ni-chan » l'avait quitté sinon le doute se serait
installé : les téléphones portables ayant été confisqués, hormis le téléphone de
la Maison, ils n'avaient aucun contact avec le monde extérieur. Donc s'il avait
dit que lui et Ni-chan n'étaient plus ensemble, Ni-chan ne pouvait être que
quelqu'un de la Maison.
« Je vais pouvoir postuler alors, dit la jeune fille en essayant de plaisanter.
- Yukari, Ni-chan compte plus que quiconque et… et tant que j’aurais une infime
chance de me remettre avec, il n’y aura personne d’autre. Ni dans mon cœur ni
dans mon lit. Tu ne m’aimes pas plus que ça alors… laisse-moi tomber.
- D’accord mais… on peut être… amis ?
- On peut être amis, sourit Hiroshi. Rentre, tu es quasiment nue.
- Toi non plus tu n’es pas très couvert. »
Les deux rentrèrent à l’intérieur des bâtiments et Yukari attira le garçon dans
sa loge pour retoucher son maquillage.
Elle l’embrassa sur la joue :
« Brille pour Ni-chan, Hiroshi, sinon je te crève les yeux.
- Mais dis-moi, tu es presque sympa ! gloussa Hiroshl.
- Parce que tu en doutais ? »
Et les deux rirent.
« Hé, Nakano. Que le meilleur gagne ! »
OoOoOoOoOoO
« Bonsoir Tokyo, Bonsoir
le Japooooooooooon ! Bienvenue sur le plateau de Pop Academy pour ce
quatrième Prime ! Sans plus attendre, des filles qui n’ont peur de rien et qui
sont aussi belles que douées. On accueille chaleureusement Nana, Mao, Miki,
Yukari et Fumie ! Les Bloody Jezabel !
Les cinq filles arrivèrent sur le plateau, toutes les cinq court vêtues et
colorées.
« Super Yui, gloussa Mizuki de Sun-Sky, Regarde-les ! On dirait cinq bonbons !
- À croire qu’elles se sont assorties à la couleur de leur chambre.
- Ouais, alors dans ce cas, les Bad Luck devraient nicher dans la Bat-cave,
regarde encore leur accoutrement ! »
Comme si rien ne s’était passé entre Suguru et Hiroshi, les trois Bad Luck
rejoignirent Manami et les filles sur le plateau, tout sourire.
Après les formules de politesse, la présentatrice rentra dans le vif du sujet :
« Ça a été chaud cette semaine ! Pop Academy crée des liens. Le meilleur
de la semaine en images. »
Sur une musique sexy, le montage de dix minutes se concentra sur les amours
télévisuelles des habitants : Shuichi roucoulant au téléphone, Nana ronronnant
avec son petit ami et le baiser d’Hiroshi et Suguru, puis Hiroshi et Yukari, le
réveil des deux « amoureux » et enfin sur un petit morceau de piano, simple mais
romantique, une séquence spéciale Suguru et Miki, se clôturant par leur baiser.
Si les filles découvrirent aussi ce baiser et félicitèrent leur consoeur,
Hiroshi pâlit.
« Plus de « Sunshine » ni de « Ni-chan », monsieur
Nakano. J’ai d’autres choses en tête à présent et vous n’en faites plus partie.
»
Alors ça y est. Il se faisait larguer pour une fille que Suguru connaissait à
peine.
« Su-chan, piailla Manami, ça y est tu as trouvé l’amour ??
- Cela ne vous regarde pas.
- Venez tous les deux ! Miki, Suguru ! Venez me rejoindre. »
Le claviériste et la batteuse obéirent à contrecœur.
« Miki, tu nous as confié dans la semaine pourquoi tu craquais pour le joli
minois de Fujisaki. Nous avons tous vu ton baiser. Es-tu contente ?
- Je… je préfère que cela reste privé, répondit calmement Watanabe.
- Chérie, si tu voulais que ça reste privé, il ne fallait pas le faire
devant les caméras ! Et toi, Suguru, qu’est-ce qui t’a fait changer d’avis ?
- Je partage l’avis de Miki. Cela ne concerne qu’elle et moi alors il serait
préférable que vous repreniez le cours de l’émission.
- Il est mignon, il veut m’apprendre mon métier. Interrogeons vos petits
camarades. Fumie, Mao, Nana, Yukari, que pensez-vous du petit couple ?
- Ils sont mignons, répondit Yukari. Ça ne fera pas de mal à Fujisaki d’être un
peu secoué et nous au moins ça nous fera du bien qu’elle ait conclu. Depuis
qu’elle nous parlait de lui !
- Ouais, un peu de sexe ça va sûrement décoincer le petit hamster ! ajouta la
chanteuse.
- Et vous, les garçons, qu’en pensez-vous ? Nakano, tu n’es pas trop jaloux ?
demanda la présentatrice, extatique du dénouement des choses.
- Ja… jaloux ?
- Ton baiser, fougueux je dois le dire, ne l’a pas empêché de se laisser tenter
par la jolie Miki !
- Je… je crois qu’ils forment un joli couple. Miki est… est douce quand elle
veut et… c’est sûrement la personne qu’il faut à Fujisaki.
- On espère que ça sera aussi torride que toi et Yukari. Au fait, c’est autant
d’abstinence qui te fait partir au quart de tour ? interrogea Manami.
- Je… Yukari est douée et oui, l’abstinence doit aussi jouer un rôle, sans
vouloir t’offenser, Yukari. »
La jeune femme abandonna un moment Fujisaki et Watanabe pour onduler jusqu’à
Hiroshi :
« Puisque c’est la tradition », dit-elle en se penchant et embrassant à pleine
bouche le guitariste, surpris.
« C’est Nakano-la-pute enfin de compte ! se moqua Yui, l’animatrice de Sun-Sky.
- Enfin moi je serais lui, je me désinfecterais, on sait pas où Plindami a mis
ses lèvres avant ! Regarde, on dirait même qu’elle lui dit un truc à l’oreille
», rit Mizuki.
La présentatrice se redressa et se tourna vers le chanteur des Bad Luck :
« Shuichi, un mot sur Suguru et Miki ?
- Il arrive quand Yuki ? Il est là ?
- Non pas encore mais il ne va pas tarder. Retournez à votre place, les deux
tourtereaux. Sans plus attendre, un groupe qui nous vient tout droit d’Europe et
entame sa première tournée mondiale, les KYOTO MOTEEEEEEEEEEEEEEEEEL. »
OoOoOoOoOoO
L’écrivain baissa le
volume de sa radio. Il n’aimait pas les Kyoto Motel.
« Par tous les Kamis ! jura-t-il. Saleté d’embouteillages ! »
Un bus avait eu un accident et à cause de la déviation, un embouteillage sans
nom bloquait les rues de la capitale. Il ne serait jamais à temps pour
l’émission !
OoOoOoOoOoO
« Ça n’était qu’un pari !
- J’en ai assez de ses frasques et de celles de Yuji ! cria monsieur Nakano.
Nous avons des postes publics et respectables ! Ils ne cessent de tâcher notre
réputation ! »
L’histoire du baiser de Suguru et d’Hiroshi avait mis toute la semaine pour
parvenir jusqu’à monsieur Nakano, de même que cette histoire d’émission de
télé-réalité.
« Il traîne notre nom dans la boue depuis quatre semaines !
- C’est… pour montrer la création musicale, avait plaidé madame Nakano.
- Création musicale ? C’est de la prostitution ! Une fois de plus Hiroshi
m’humilie et souille mon nom ! »
Le débat était clos de toutes façons. Son époux était obstiné et ce n’était pas
aujourd’hui qu’elle le raisonnerait.
OoOoOoOoOoO
Les invités défilaient sur le plateau de Pop Academy, l’heure H
approchait dangereusement et toujours pas de Yuki. Shuichi s’éteignait peu à peu
et lorsque ce fut leur tour, Hiroshi osa enfin un regard vers Suguru mais comme
l’autre garçon regardait droit devant lui, il ne sut pas s’il allait assurer ou
pas, mais il savait que Suguru ne laisserait pas ses émotions, quelles qu’elles
soient, prendre le dessus. Le chanteur, lui, avait le regard rivé vers l’entrée
des invités mais elle restait désespérément désertée. Il suivit les deux autres
musiciens, le cœur une fois de plus brisé et le regard empli de larmes.
« Pourquoi installent-ils des micro devant Hiro et Fujisaki ? demanda Sakura,
confortablement installée sur le canapé de Yuji, la petite chatte de son ami sur
les genoux.
- Dis pas qu’ils vont chanter !
- Ils font peut-être être les chœurs. »
Leur version d’Embedded in your heart était étrangement plus solennelle
que l’originale. Le morceau s’ouvrit sur une longue introduction à la guitare et
quand Shuichi aurait dû commencer à chanter, rien ne se passa, ou plutôt
seulement un fredonnement.
Suguru fit un petit signe de tête à Hiroshi. Ils devaient enclencher le plan B.
Ils reprirent l’introduction à la fin du premier couplet et cette fois, la voix
douce et encore un peu intimidée de Suguru couvrit les fredonnements.
« Mamaaaaaan !
- Qu’y a-t-il Ritsu ? demanda Haruka Fujisaki en revenant à la hâte de la
cuisine.
- Suguru ! Il chante ! »
Après l’étonnement, la satisfaction envahit la mère des deux garçons. Au moins
ils avaient réfléchi au problème et la solution semblait bonne.
Sur Sun-Sky, les gloussements cessèrent. Les fredonnements que toute l’équipe de
la radio avait tant attendus depuis le début du jeu étaient enfin survenus mais
à la surprise générale les Bad Luck chantaient !
« Silence ! s’écria Mizuki, la complainte du hamster, ça va être énorme !
- Ce qui est énorme aussi c’est la tête de Nanaze. On dirait qu’elle va exploser
», ajouta Yui.
Suguru poursuivit le couplet, un peu stressé par cette nouvelle activité.
« Il ne chante pas si mal, dit Hana Akimato en se blottissant contre son petit
ami, Masa.
- C’est clair ! » approuva son amie Miaka.
Hiroshi le rejoignit sur le pont. Lui aussi avait la voix un peu bridée par
l’inconnu mais ils avaient beaucoup répété, il suffisait de se laisser porter
par la musique et leur deux voix mêlées les encouragèrent à y mettre un peu plus
de puissance et de volume.
Shuichi les regardait, ébahi.
Le guitariste poursuivit seul le refrain, avec une phrase ou deux accompagnées
par la voix claire de Suguru.
Au second couplet, Shuichi se décida à reprendre la chanson et progressivement
Suguru s’effaça, mais les trois se rejoignirent sur le refrain.
À ce moment, la caméra les quitta un moment pour se braquer vers l’entrée des
artistes : Eiri Yuki était enfin arrivé et rejoignit les Bloody Jezabel,
accompagné par Manami.
« T’es trop fort, onii-chan, sourit Maiko derrière son écran, et en plus ton
chéri est là ! »
À peine Suguru eut-il joué la dernière note que Shuichi bondit sur son petit ami
sans même attendre les notes du jury.
Shizuka Kobayashi secouait la tête de gauche à droite.
« C’est n’importe quoi! C’est vraiment des gugus », marmonnait-elle.
Manami, elle, n’en pouvait plus. Elle applaudissait frénétiquement des deux
mains et se dirigea vers les deux musiciens qui attendaient les résultats.
« Époustouflant ! É-POUS-TOU-FLANT ! C’est époustouflant ! Si on s’était
attendus à ça ! Pop Academy, le jeu de TOUTES les surprises. Hiroshi,
Suguru, vous êtes é-pous-tou-flants ! Je ne vois pas d’autres mots ! »
Sur Sun-Sky, la verve assassine recommença :
« Ou c’est peut-être le seul mot de quatre syllabes qu’elle connaît ! Tu crois
qu’elle sait ce que ça veut dire, Mizuki ? »
Après avoir félicité les deux musiciens, elle ramena Shuichi par le bras sur la
scène :
« Tu câlineras ton bellâtre après. Messieurs les jurés, quel est votre verdict ?
»
Shizuka Kobayashi prit la parole la première avec rudesse :
« Nullissimes. Des musiciens obligés de pallier un chanteur défaillant, c’est
intolérable ! 5/20.
- Oh tu es dure Shizuka ! Laisse la place à la créativité, c’est super original
et créatif l’intervention de Fujisaki et Nakano ! Moi je leur mets 19/20, dit
Kenji Ochiai.
- Je suis d’accord avec Kenji. Ils sont en constante proposition et repoussent
leurs limites. 15/20, dit Bunko Egawa.
- Et la voix veloutée et profonde de Nakano sur celle de Fujisaki ! Je fonds !!!
Je suis séduit à 200 pourcent !
- Ce qui fait pour les Bad Luck une moyenne toute ronde de 13 ! Olala les filles
! Vous vous êtes faites battre d’un dixième de point !! Il faudra travailler
plus la prochaine fois. Un tonnerre d’applaudissement pour la première victoire
des Bad Luuuuuuuck ! »
Les Bloody Jezabel avaient obtenu une assez mauvaise moyenne de 12,9. Le manque
de répétitions s’était fait sentir et Nana, pas toujours en rythme, avait mal
chanté.
L’émotion passée, Yuki expliqua qu’il avait mis presque deux heures à traverser
la ville et que c’était vraiment un exploit d’être arrivé.
Shuichi resta un petit moment avec Eiri à la fin de l’émission et Hiroshi
disparut encore, laissant Suguru seul dans leur loge.
Le guitariste arriva le dernier dans le minibus, une légère odeur sucrée
l'enveloppant, et s’installa contre la portière, le regard vacant.
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