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CHAPITRE XVI
Comme tous les dimanche matins, le premier geste de Naoki Serisawa, alias Shinigami_08, fut d’allumer son PC et se connecter sur Internet pour lire la chronique au vitriol du Prime de la veille, délivrée par un certain Kaoru Maekawa, dont la plume acérée était loin d’être complaisante à l’égard de Pop Academy et ses participants.
Et, à la plus grande joie des admirateurs de la prose assassine de monsieur Maekawa, ce résumé-là ne dérogeait pas à la règle.
« DU MAUVAIS, DU MOINS MAUVAIS ET… DU PAS TERRIBLE par Kaoru Maekawa
Comme tous les samedi soirs, vous étiez sans doute des millions devant votre téléviseur à vous poser cette question angoissante : de quelle manière Shuichi Shindo, le chanteur à la rose chevelure, va-t-il saborder sa prestation ? Je rappelle pour mémoire qu’il a successivement perdu le rythme, inventé des paroles sur le tas et même fait la grève – au grand soulagement de certains, me direz-vous. C’est donc avec une curiosité légitime que j’anticipais moi aussi un nouveau désastre… et à dire vrai, on n’en est pas passé loin. Mais commençons par le commencement.
Je ne m’attarderai pas sur la tenue – ou plutôt son absence – de cette chère Manami, dont les jupes raccourcissent de Prime en Prime, et qui confond séduction et vulgarité. Tout au plus pourrait-on envisager de lui faire cadeau d’un atlas afin de l’aider à différencier l’Allemagne de l’Autriche, d’où sont originaires les Kyoto Motel ; mais cela n’a sans doute pas beaucoup d’importance pour notre fringante animatrice, après tout, l’Europe c’est loin.
Je passerai aussi, par charité, sur le spectacle pitoyable présenté par la débutante Sadako Atanaka, manifestement perdue au milieu de ce plateau trop grand, mal à l’aise et intimidée au point de perdre et le rythme et les paroles de sa chanson. Mais le public de Pop Academy n’est pas vraiment regardant, et c’est avec des hourras qu’il a salué la prestation de la nymphette – gageons donc qu’elle ne conservera pas un trop mauvais souvenir de son passage, contrairement à nous.
J’avoue, en tant que mâle lambda, j’ai un faible pour les Bloody Jezabel. J’irais même jusqu’à avouer sans rougir que, sans particulièrement être fan de leur répertoire habituel, j’ai jusque là plutôt apprécié leurs reprises à contre-emploi. Et puis, la vue des jolies gambettes de Fumie ou du décolleté affriolant de Yukari suffit en général à faire oublier les petits couacs et approximations. Mais… pas hier soir. En toute honnêteté, j’ai trouvé cette interprétation de Blind game again particulièrement mauvaise, et sur ce coup ce n’était pas Nana mais bien Nanaze qui était aux commandes et nous a offert une prestation fade, sans énergie ni inspiration, une chose balourde et mollassonne particulièrement insipide et soporifique, bref ! un beau ratage. J’ajoute que leurs tenues acidulées et criardes n’arrangeaient rien.
Après cette mise en bouche ratée, et une coupure de pub conséquente, place aux Bad Luck ! À chaque fois que je les vois, fagotés dans leurs costumes pseudo-gothiques, je me demande comment ce trio mal assorti réussit le tour de force de systématiquement se hisser en tête du classement de l’Oricon à chaque nouveau single. Ah mais c’est vrai, Fujisaki est le cousin du président de N-G Productions… Mais trêve de médisance et revenons sur le spectacle en lui-même.
Pas grand-chose à dire sur le début si ce n’est qu’un nouveau fiasco parait imminent lorsque Shindo, au lieu de chanter, se met à fredonner l’air de Embedded in your heart. Je persiste à penser que ce jeune homme est un cas pour la Science, en effet nous tenons ici le seul spécimen au monde qui n’a pas encore compris que la fonction d’un chanteur consistait à chanter. Mais nous parlons ici de Shindo, alors toutes ces considérations bassement terre-à-terre ne comptent pas… Toujours est-il que, cette fois, le reste des Bad Luck contre-attaque. Alors qu’une nouvelle défaite se profile à l’horizon, Fujisaki se jette à l’eau et entonne le second couplet. Très nerveux, et toujours affligé à son âge d’une voix qui n’a pas mué, le petit hamster parvient néanmoins à tenir la pression pour pallier de façon assez honorable à la défaillance de son chanteur. Quand Nakano qui, lui, a mué depuis longtemps, le rejoint sur le refrain, on se dit même que le résultat est plutôt heureux, en dépit du manque d’assurance des deux chanteurs improvisés et de leur voix quelque peu tremblottante. La chanson aurait même pu aller jusqu’au bout de la sorte si Shindo, tiré de son état de catatonie par l’arrivée sur le plateau d’Eiri Yuki, n’avait finalement décidé de reprendre le micro.
Une expérience étrange, en quelque sorte, aux frontières du réel. Au final, le jury donne d’un rien la victoire aux Bad Luck, récompensant sans doute le courage de Nakano et Fujisaki d’avoir à composer au quotidien avec un individu aussi fantasque et imprévisible que Shindo. Kenji Ochiai, le plus grand chorégraphe du Japon, est même transporté par la voix « veloutée » de Nakano, un qualificatif à mon sens bien trouvé étant donné la soupe qu’est Pop Academy.
À la semaine prochaine, donc, pour un autre Prime plein de surprises, à défaut de bonnes choses. »
Naoki se logga ensuite sur le site officiel de Pop Academy et laissa un message d’encouragement à l’attention des Bloody Jezabel.
OoOoOoOoOoO
Suguru avait passé une nuit épouvantable.
À la fin de l’émission, tandis que Shuichi roucoulait en compagnie de Yuki, Hiroshi avait lui aussi disparu un moment, le laissant seul dans la loge à ruminer le contrecoup de la rupture. Tout s’était passé si vite, il n’avait même pas eu le temps de digérer ce qui s’était passé… Puis Nakano était revenu, un drôle d’air sur le visage et un drôle de parfum sur la peau aussi. Bien entendu, le claviériste n’avait pas posé de questions mais son petit ami – ex petit ami – s’était tout de même justifié en expliquant qu’il était sorti fumer, ce qui n’expliquait en rien l’odeur un peu sucrée qu’il traînait avec lui. Ils avaient à peine échangé quelques mots lors du trajet de retour mais Shuichi, euphorique, avait assuré la conversation à lui tout seul, aussi le malaise entre les deux musiciens était-il passé inaperçu, d’autant que, chez les Bloody Jezabel, l’ambiance était assez tendue aussi.
Le jeune garçon hésitait à se lever quand la voix de Takeshi se fit entendre à travers toute la maison, sommant ses occupants de quitter leur lit.
« Quoi ? Mais il est super tôôôt… grogna Fumie en lançant un coup d’œil embrumé à son petit réveil, vu que la nuit avait été courte.
- Préparez-vous ! Une surprise vous attend à 9 heures précises, alors il faut que vous soyez lavés et habillés. Exécution !
- On est pas à l’armée, sale gros naze… » maugréa Nana en s’extrayant de son lit à contrecoeur. Tant bien que mal, cependant, les huit candidats gagnèrent qui la salle de bains qui la cuisine, et à 8H55 ils étaient tous réunis dans le salon.
« Alors ? C’est quoi la suite du programme ? gronda Nana, de fort méchante humeur depuis la défaite de la veille et qui savait pertinemment qu’elle n’avait pas été au top dans son interprétation.
- Très certainement l’annonce du gage qui attend l’une de vous, les filles, rétorqua Hiroshi d’un ton moqueur. Alors, Nana, prête à rouler une pelle à Mao ?
- Hé, pourquoi moi ! » protesta la jeune guitariste. Mais avant que Nana ait le temps de répliquer quoi que ce soit, Takeshi annonça qu’il était l’heure de découvrir « la surprise », et sur ces mots la porte d’entrée s’ouvrit sur Shizuka Kobayashi, que suivaient plusieurs personnes. Avec de grands yeux stupéfaits, les participants à Pop Academy virent entrer dans la pièce un jeune homme brun qui ressemblait beaucoup à Hiroshi, accompagné d’une jolie jeune fille aux cheveux châtains retenus en queue de cheval.
« Yo, frangin ! Alors, je t’ai manqué ?
- Yuji ? Et… Sakura ? Mais qu’est-ce que vous faites ici ? »
Le frère aîné d’Hiroshi lui décocha un clin d’œil charmeur tout en scrutant la pièce, à la recherche des caméras. Pendant ce temps, les autres occupants du salon accueillaient avec une émotion plus ou moins exacerbée les deux personnes proches invitées par la production à leur rendre visite, et dont ils avaient ignoré la venue jusque là. Fumie étreignait Ken, son frère aîné, et Azusa, sa meilleure amie ; Ritsu était déjà dans les bras de son grand frère, sous l’œil un peu humide de leur mère ; le premier geste de Keisuke, le petit ami de Nana, avait été de l’embrasser avec fougue, sous les rires de sa sœur Akiko. Shuichi, quant à lui, s’était levé d’un bond à la vue de Yuji et Sakura. Sans même les saluer, sans même accorder la moindre attention aux personnes qui pénétraient les unes après les autres dans le salon, il avait gardé les yeux rivés sur l’entrée, le cœur cognant de toutes ses forces dans sa poitrine, espérant sans s’autoriser à y croire la venue de l’amour de sa vie.
Mais il vint, bon dernier, précédé de Maiko qui bondit au cou de son frère avec effusion ; tout de noir vêtu, des lunettes dissimulant ses yeux d’un brun doré, sa chevelure blonde reconnaissable entre mille ; Eiri Yuki, le romancier à succès.
« YUKIIII ! » claironna Shuichi en se jetant dans les bras de son cœur, sa vie, son âme. Il l’étreignit comme s’il ne l’avait pas vu depuis des mois mais s’écarta soudain, l’air soupçonneux.
« Non, ce serait trop beau ! Tu es Tatsuha, n’est-ce pas ? Yuki n’aurait jamais accepté de venir ici ! »
L’écrivain songea brièvement à l’entrevue téléphonique qu’il avait eue avec Tohma, et combien celui-ci avait dû s’employer pour le convaincre de venir dans la Maison. Très étonnant de sa part, d’ailleurs, et le jeune homme se demandait encore ce qui avait bien pu pousser son beau-frère à agir de la sorte. Quoi qu’il en soit, maintenant il y était.
« Bien sûr que c’est moi, sombre idiot. Pourquoi voudrais-tu que ce soit Tatsuha ?
- Parce que Yuki déteste ce genre d’émission !! »
Avec un soupir, le jeune homme se pencha vers Shuichi et lui souffla quelque chose à l’oreille.
« Alors ? Convaincu que c’est bien moi ? »
Cramoisi, le chanteur hocha la tête et se serra de toutes ses forces contre lui. La venue d’amis et de membres de la famille avait considérablement détendu l’atmosphère ; tout occupé à prendre des nouvelles de l’extérieur, Suguru avait provisoirement relégué sa rupture au second plan. Sa mère, après avoir constaté de visu qu’il allait bien et ne paraissait pas souffrir outre mesure de son confinement dans la Maison, n’avait pas jugé opportun d’aborder le chapitre du strip-tease ou du baiser. Trop tôt, encore. Ritsu, lui, observait d’un air émerveillé ces lieux qui lui étaient devenus si familiers à travers l’écran de sa télévision.
« Onii-san, c’est ton amoureuse ? demanda-t-il soudain en désignant Miki qui conversait avec sa mère et sa sœur aînée, Ruri.
- Quoi ? Mais non, pas du tout ! se défendit le garçon avec énergie.
- Bah alors, pourquoi elle t’a fait un bisou sur la bouche ? questionna le petit garçon. Je l’ai vu à la télé !
- Oui je sais, mais… c’était… c’était juste un pari, mentit le claviériste.
- Du même genre que celui où tu as embrassé ton collègue Nakano, je suppose ? intervint sa mère fort à propos. Suguru pâlit, comme atteint d’un coup de poing dans l’estomac.
- Maman, c’est pas le moment de parler de ça… plaida-t-il. En plus, crois-moi si je te dis que je ne l’ai vraiment pas fait de gaieté de cœur, mais il fallait absolument qu’on regagne du temps ! »
Madame Fujisaki prit le parti de ne pas insister ; d’ailleurs, après avoir attendu un instant que tout le monde se soit salué, Shizuka Kobayashi prit la parole et expliqua à tous que, bien évidemment, les participants au jeu avaient quartier libre pour la journée. À midi, un déjeuner était prévu dans le patio, préparé par un traiteur pour l’occasion, et fin de la visite à 16 heures.
« Sur ce je vous laisse, en espérant que vous passerez tous une excellent journée ! »
Assez rapidement, des groupes se constituèrent, et si Nana s’était isolée en compagnie de Keisuke, tout comme Shuichi l’avait fait avec Yuki, Yukari n’avait pas mis longtemps à présenter ses deux cousines, Ai et Momo, à Hiroshi, Yuji et Sakura. Mao les avait rejoint peu après, accompagnée de ses deux amies Miaka et Hana, et Suguru ne pouvait réprimer le vif élan de jalousie qui lui traversait le cœur chaque fois qu’il regardait dans leur direction, avant de se rappeler que c’était lui qui avait mis fin à sa relation avec Hiroshi. Et à voir Yukari plaisanter comme elle le faisait, accrochée au bras du guitariste, il se félicitait de sa décision… mais cela n’en demeurait pas moins extrêmement douloureux.
La journée était belle et chaude et le déjeuner, dans le patio, fut convivial. En sa qualité de benjamin du groupe, Ritsu devint rapidement la coqueluche des Jezabel, sauf Nana qui n’avait pas mis longtemps à le baptiser « mini hamster » en raison de sa vive ressemblance avec Suguru. Ils en étaient au café quand Ritsu tira sur la manche de sa mère, en train de discuter avec madame Watanabe.
« Maman, j’ai envie de faire pipi.
- Ne vous dérangez pas, madame, je vais l’accompagner, proposa Miki. Tu viens avec moi ? »
Estimant que l’amoureuse – quoi qu’il en dise – de son grand frère était quelqu’un digne de confiance, le garçonnet se leva et emboîta le pas de la musicienne.
« Hé Miki ! Tu peux pas avoir le grand alors tu te rabats sur le petit ? gloussa Nana, confortablement assise sur les genoux de Keisuke, à l’entrée du salon.
- Si tu te crois drôle, ma pauvre… laissa tomber la batteuse avec un haussement d’épaules.
- Remarque, il est mignon aussi ce mini hamster ! »
Keisuke ricana et Miki se retourna vers le couple.
« C’est un enfant, Nana, et il ne t’a rien fait, alors laisse-le tranquille !
- Quoi, c’était un compliment ! C’est vrai, quoi, c’est mignon les hamsters ! »
Le sourire de la chanteuse se changea soudain en grimace de douleur car Ritsu, d’un geste décidé, venait de lui flanquer son pied dans le tibia. Il n’aimait pas que l’on se moque de lui, et il avait suffisamment souffert des moqueries de ce crétin d’Akira et de son surnom imbécile. Que cette grande perche aux cheveux violets s’y mette aussi…
« Aïe ! Mais il est taré ce môme ! glapit Nana en se frottant la jambe.
- C’est ta faute aussi ! Tu n’avais qu’à pas l’appeler comme ça !
- Il sont tous atteints dans la famille Hamster, ouais !! »
La chanteuse se leva d’un bond, furieuse, et c’est à cet instant qu’Hiroshi, qui n’avait pu faire autrement que suivre l’échange vu que Sakura, son frère et lui discutaient non loin, choisit pour intervenir.
« Hé, du calme maintenant. Miki a raison, fous-lui la paix à ce gamin et arrête un peu de l’insulter ! »
Keisuke se leva à son tour avec brusquerie et vint se planter devant le guitariste.
« Toi, t’es bien le salaud qui a osé frapper ma copine, pas vrai ? Tu sais quoi ? J’encaisse pas les tapettes qui n’en ont pas assez dans le froc pour s’en prendre à autre chose que des meufs ! »
Et sans crier gare, il envoya son poing dans la mâchoire du jeune homme qui vacilla, pris au dépourvu, mais parvint à rester debout et empoigna à son tour son agresseur avec rage. Immédiatement, Yuji et Ken se précipitèrent pour les séparer, rejoints aussitôt après par Yuki, Shuichi et Suguru. En un instant, la panique régna dans le patio, Ritsu avait fui se réfugier dans les bras de sa mère, et des membres de l’équipe technique investirent les lieux, précédés par une Shizuka Kobayashi scandalisée et qui n’eut pas de mots assez durs pour fustiger le comportement de Keisuke et Nana.
« Et ne croyez pas que cet incident demeurera sans suites », menaça-t-elle en repartant. Sakura et Yukari s’empressaient déjà auprès d’Hiroshi, dont une joue commençait déjà à gonfler et qui avait récolté une écorchure sous l’œil. Suguru, inquiet, ne cessait de lancer des regards éplorés au guitariste mais intervenir aurait paru suspect. Et de toutes manières, ils n’étaient plus ensemble. Mais voir Yukari se répandre en attentions auprès de son ex petit ami le tuait proprement.
« Ça va Hiro ? Tu veux aller t’allonger ? » proposa Sakura, un peu énervée par l’omniprésence de Yukari. Quoi, ce n’était pas la petite copine du guitariste, tout de même ? N’y avait-il pas une certaine Ni-chan ?
« Non, ne t’en fais pas Sakura. Je suis solide, moi ! fanfaronna le jeune homme avec un sourire plutôt crispé – Keisuke n’y était pas allé de main morte.
- Un petit bisou pour chasser la douleur, souffla Yukari en déposant un baiser très léger sur la joue meurtrie du musicien. De là où il se trouvait, Suguru frémit de colère et d’une jalousie si dévorante qu’il ne put tenir et vint se mêler au petit groupe.
« Est-ce que ça va, monsieur Nakano ?
- Oui, ne t’inquiète pas, Fujisaki.
- Il a de bonnes infirmières, renchérit Sakura, qui pensait détendre l’atmosphère mais ne fit que décupler la jalousie et le chagrin du claviériste.
Ah, tant mieux alors. Ce… ce serait dommage que cet incident stupide ait des conséquences sur la suite du jeu. »
Une ombre passa au fond des yeux d’Hiroshi, qui parvint malgré tout à conserver son petit sourire.
« T’en fais pas, je suis un dur à cuire. »
Suguru battit en retraite, honteux des paroles blessantes qu’il venait de laisser échapper, et qu’il avait été incapable de retenir. Au fond de lui, il enrageait de ne pouvoir rien faire, de ne pas être en mesure de rivaliser avec Yukari à n’importe quel instant.
« Qu’est-ce que tu as, Su-chan ? Ça n’a pas l’air d’aller, constata sa mère.
- Rien, maman. C’est juste que… je me languis que tout soit terminé, et qu’on puisse enfin sortir de là. Si tu savais combien j’en ai par-dessus la tête de ce cirque… »
En raison de l’incident, la visite se trouva écourté. Profitant de la confusion provoquée par les embrassades et les au-revoir – Shuichi sanglotait à fendre l’âme, suspendu au cou de Yuki – Hiroshi se plaça dos à la caméra, dans le couloir d’entrée, et glissa à son frère :
« Dans ma poche avant droite… Un mot que j’aimerais que tu fasses passer à maman. »
Mettant à profit le moment où il était allé se remettre en ordre après l’agression, le jeune homme avait écrit quelques lignes à la hâte dans les toilettes, destinées à sa mère, afin de la prévenir qu’il allait tenter de lui expliquer, au téléphone, sa situation avec Suguru, au sujet de laquelle elle devait sans nul doute se poser nombre de questions.
« Ok, ce sera fait. »
Mais si le geste avait échappé au regard de la caméra, il n’en avait pas été de même pour celui de Nana.
« C’est quoi ce papier ? » susurra-t-elle avec un petit sourire narquois.
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