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CHAPITRE I
Jour 0 –
Quotidienne de 21 heures
« Miki Watanabe. Dix-sept ans. La benjamine de l’aventure n’a pas froid aux yeux
et déverse avec talent sa fougue sur sa batterie. Elle est dans les Bloody
Jezabel depuis un an ».
Alors que la séquence sur Miki Watanabe défilait à la télévision, la voix off,
Takeshi, poursuivit.
« Cette petite boule d’énergie aime les mangas (« yaoi », précise-t-elle le
regard mutin), l’anko et les robes à dentelles noires. Elle n’aime pas les
disputes, quand elle perd ses livres et le wasabi. »
OoOoOoOoOoO
À l’intérieur, les trois garçons n’osaient pas parler.
« Les garçons ?? »
C’était Manami, la très populaire présentatrice – que Seguchi avait dû payer une
fortune – qui leur parlait depuis le plateau télé sur lequel ils étaient à peine
cinq minutes auparavant.
« Les garçons, vous m’entendez ? demanda-t-elle avec une bonne humeur excessive.
- Oui… oui on t’entend, Manami, répondit Hiroshi après un silence mouillé de
Shuichi et un silence boudeur de Suguru.
- Alors, c’est votre nouveau chez vous pendant deux mois, soit huit semaines
E-XAL-TAN-TES ! Vos impressions ?
- C’est… C’est kitsch. Un peu fluo mais… c’est cool.
- T’as raison, Hiro-chan. C’est COOOOOL !
Alors Hiro, entre toi et
moi et quelques millions de télé-spectateurs, as-tu laissé une jolie fiancée
dehors ?
- Gagné, Manami. Mais mon frère s’en occupe.
- Comment ça ton frère s’en occupe ?? demanda l’animatrice, survoltée.
- Oui, c’est ma chatte, elle est encore jeune et puis deux mois seule…
- Ooooh le beau Hiroshi Nakano des Bad Luck n’a pas de chérie ?? Mesdemoiselles,
dépêchez-vous, il ne va pas rester longtemps sur le marché ! Et si tu n’as pas
trouvé ton bonheur à la fin de l’émission, j’te promets un rencard.
- Avec plaisir, Mana-chan, mais à l’abri des caméras alors le rencard, plaisanta
le guitariste, avec un clin d’œil.
- T’es trop chou, Hiro. Shuichi mon ange, toi aussi tu me plais mais ton chéri
est plutôt possessif alors on va éviter. Shuichi, comment te sens-tu ? »
Les deux autres membres des Bad Luck grincèrent des dents, même Suguru qui
éprouvait une immense compassion pour le chanteur à ce moment précis.
Exploiter les failles, voilà le succès de cette télé-poubelle,
songea-t-il, énervé.
Au bord des larmes, Shuichi se serra contre son ami de toujours.
Manami relança l’attaque, avec le sourire :
« Alors Shuichi, tu as assez confiance dans ton couple pour laisser le beau et
ténébreux Yuki seul pendant huit longues semaines ? »
C’en était trop. Shuichi poussa Hiroshi et bondit vers la caméra qui le filmait
:
« Yukiiiiii ! YUKIIIIIII ! hurla-t-il, sanglotant. JE T’AIMMMEEUUH ! NE M’OUBLIE
PAS !»
Hiroshi le ceintura et le calma.
« Retour sur le plateau, le temps que le petit Shuichi se calme, gloussa Manami.
Ah l’amour ! Mais ne t’inquiète pas mon petit Suguru, je ne t’ai pas oublié. »
La communication avec le plateau coupa.
« Mon petit Suguru, pour qui se prend cette bêcheuse ? pensa le
claviériste, agacé. Lui aussi aurait voulu se blottir dans les bras d’Hiroshi
sans que tout le monde en fasse une histoire. Au lieu de ça, il soupira.
« Je vais défaire ma valise », dit-il à la place.
Il leva un petit coup d’œil vers la caméra qui le suivait et soupira à nouveau.
Il allait vivre les deux mois les plus longs et sûrement les plus douloureux de
sa vie.
Les deux autres musiciens le rejoignirent quinze minutes plus tard. Shuichi
avait les yeux d’un lapin albinos tellement il avait pleuré.
« Fujisaki ? »
Manami…
« Alors, Cheveux Roses est calmé ? gloussa la voix féminine. Fujisaki. Suguru.
Tu es très mystérieux et les filles veulent savoir plein de choses ! Tu as une
petite amie ? Tu es encore vierge ? Tu habites chez tes parents ? »
Le claviériste ravala son frein.
« Oouh, ouh ! Les garçons ?? Suguru ?
- Je vous entends, mademoiselle Manami.
- Y’a longtemps que je ne suis plus une demoiselle, rit bêtement la
présentatrice vedette. Et tu peux me tutoyer ! Alors ? Tu es vierge ?
Célibataire ? Les deux ??
- Cela ne vous regarde pas.
- Oh, alleeeeeez ! Je garderai le secret !
- Faites votre petite enquête. Vous êtes journaliste, n’est-ce pas ?
- Ce Suguru ! Quel boute-en-train ! s’exclama Manami, toujours de bonne humeur.
Et on peut savoir ce qu’il y a dans tes valises ?
- Bien sûr mademoiselle Manami, répondit-il calmement. Des vêtements, des
carnets à partitions, de quoi écrire et des affaires de toilette.
- Pas de doudou pour la nuit ?
- Suis-je bête, oui. Mon arme de poing, je ne dors jamais sans. Un joli revolver
357 », ajouta le garçon avec son plus charmant et adorable sourire.
Retour sur le plateau qui accueillait cinq musiciennes. Pendant ce temps, un
membre de l’équipe débarqua dans la maison et fouilla les affaires de Suguru
pour vérifier qu’il plaisantait.
De longues minutes s’écoulèrent. Les garçons avaient défait leurs affaires. La
voix stridente de Manami se fit entendre et les somma de descendre au salon. Un
peu réticents, les trois obéirent. Un autre groupe devait arriver mais ils n’en
savaient pas plus.
« Ça sera les Grasper, peut-être, dit Shuichi.
- Ils ne font jamais de prestations ridicules eux, rétorqua Suguru.
- La chance… » souffla Hiroshi.
La lourde porte s’ouvrit avec cris et piaillements.
« Des…filles ! s’exclama le chanteur.
- Des filles ??? s’inquiéta le claviériste.
- Des filles… » ronronna le guitariste.
Les voix féminines venaient du couloir et leurs propriétaires ne tardèrent pas à
entrer dans le salon.
« Les Bloody Jezabel !! applaudit Shuichi, excité.
- Fujisaki ! C’est FUJISAKIIIIIIIII ! cria Miki Watanabe, hystérique.
- Ouais… Les Bad luck… C’est nous qui n’avons pas de chance, se plaignit l’aînée
et chanteuse du groupe, Nana Ito, en posant ses valises.
- Que quelqu’un porte mes valises dans la chambre, ordonna Yukari Honda en se
campant devant Nakano. Salut toi, alors comme ça t’as pas de gonzesse ?
ronronna-t-elle
- Ouis mais je les prends pas au jardin d’enfants, rétorqua Hiroshi.
- T’as peur d’aller en prison ?
- Non, par contre, toi, je suis sûr que tu adorerais. Tu te ferais des tas
d’amis.
- Mao, dit Yukari Honda, la jeune bassiste et choriste du groupe, monte mes
valises, presto.
- Deux secondes les filles, et toi, dit Nakano à la plus jeune du groupe, lâche
Fujisaki, il mord quand il est en manque de sucre, ajouta-t-il en décollant la
batteuse de son petit ami. Enchanté de vous rencontrer. Voilà Shuichi Shindo,
Suguru Fujisaki et moi-même, Hiroshi Nakano.
- Tu te prends pour qui ? lança Nana.
- Ton colocataire pour huit semaines.
- Ca se bat déjà au bout de dix minutes, gloussa la voix de la présentatrice. Et
oui, les Bad Luck et les extrrrrrraverties, extrrrrrraordinaires Bloody Jezabel
vont cohabiter. Trois garçons, cinq filles, combien de possibilités ?? L’avenir
le dira ! En tout cas il n’y aura qu’un seul vainqueur. Comme vous le savez, les
deux groupes ont huit semaines pour composer un hit. Alors les filles, vous vous
sentez prêtes ? Vous avez la rage ?
- Ouais ! grogna Nana.
- On va les bouffer ! renchérit Yukari.
- Dis-moi, Nana, huit semaines sans ton chéri, ça va le faire ?
- Y’a intérêt ! Et qu’il ne me trompe pas sinon je lui coupe les couilles.
- Monsieur le chéri de Nana Ito n’a qu’à bien se tenir ! poursuivit Manami. Pour
votre première soirée, le dîner a été livré mais à partir de demain, vous devrez
vous-même vous occuper des repas et faire votre linge, le ménage et le jardin !
Sans plus tarder, découvrez la maison et n’oubliez pas que vous êtes tous là
pour cré-er ! Bonne soirée à tous et à demain pour notre émission quotidienne !
»
La communication avec Manami coupa. Takeshi, la voix off de la maison, les
invita à se rendre dans la maison. Les filles étaient très à leur aise. Shuichi
restait très près d’Hiroshi et Suguru ne s’éloignait pas trop non plus.
Les huit musiciens prirent place autour de la table qui avait été dressée à leur
attention. Peu après, Nana, Yukari et Miki bavardaient avec entrain alors que
leur claviériste, Fumie Yamaguchi, et Mao Takeda, la guitariste, s’entretenaient
discrètement. Les trois garçons observaient en silence.
« Il est temps de faire un tour de la maison, dit Takeshi à la fin du repas.
Extinction des feux à 23 heures. »
Par petit groupe, les habitants visitèrent leur nouveau lieu de vie. Au
rez-de-chaussée, un spacieux et lumineux salon occupait plus du tiers de la
surface. Le salon donnait sur une grande cuisine, le confessionnal et les
toilettes, seule pièce à l’abri des caméras. Il y avait également une petite
pièce prévue pour les appels.
À l’étage, il y avait la chambre des filles (peinte en rose criard) et celle des
garçons, en bleu azur. Il y avait aussi une unique salle de bains et une salle
de sport.
Les locataires ressortirent et s’extasièrent devant la piscine et le petit
patio, le troisième bâtiment devant être le studio.
« Regarde Yukari, il y a même un jacuzzi ! s’exclama Miki. Dis, Fujisaki, on
pourra y aller ensemble un soir si tu veux. On n’est rivaux que la journée.
- Je n’ai pas de maillot de bain, répondit le claviériste des Bad Luck.
- Qui a parlé de maillots de bain ? »
Hiroshi les regarda et s’isola, si l’on pouvait s’isoler des caméras, et s’assit
dans un recoin pour fumer une cigarette. Ils étaient dans un sacré pétrin et il
craignait le pire. Il ne disait rien mais lui aussi sentait le poids de sa
famille sur son dos et il risquait de la déshonorer. Il ne pouvait pas vraiment
être lui. Ses parents ignoraient le jeune homme qu’il était devenu. Oh bien sûr
ils le considéraient comme extravagant mais pour les Nakano, c’était humiliant
qu’un de leurs enfants se prête à ça. Il allait être loin de son petit ami et de
lui-même. Qu’était le plus douloureux ?
« Dire que Yuji-nii aurait adoré être à ma place… murmura-t-il avant de
sursauter.
- Je peux me joindre à toi ? demanda Fumie, la claviériste adverse, en
s’asseyant sans attendre la réponse. T’as du feu, s’il te plait ? »
Hiroshi tendit son briquet et la fille alluma sa cigarette.
« Ça craint toutes ces caméras, non ? dit-elle.
- Ouais, ça craint.
- Vous aussi vous avez été embarqués dans cette galère par votre manager débile
? »
Mais Hiroshi n’eut pas le temps de répondre :
« Oh les amoureux ! gloussa Shuichi pour se remonter le moral et se joignant aux
deux fumeurs. Hiro, chuchota-t-il en se serrant contre son ami, et si on collait
nos lits ? Comme ça tu seras mon doudou. Et… et tu pourrais mettre un tee-shirt
sale de Yuki. Comme ça j’aurais son odeur.
- Euh… Coller les lits ok, mais le tee-shirt… c’est pas une bonne idée.
- Moi j’ai pris ma peluche préférée. C’est un pingouin, je peux te la prêter.
- Non c’est gentil mais je veux Hiroshi.
- Comme tu veux.
- Il est 22h30, annonça Takeshi. Plus qu’une demi-heure avant l’extinction des
feux. »
Les deux fumeurs finirent leur cigarette et rentrèrent, accompagnés de Shuichi.
Voyant les filles se ruer vers la salle de bains, les garçons se brossèrent les
dents dans l’évier de la cuisine et se changèrent dans les W.C. Chemise de nuit
pour Suguru et caleçon, tee-shirt pour les deux autres, qui avaient collé leur
lit une place pour en faire un grand deux places.
« Bonne nuit, Monsieur Shindo. Vous aussi… monsieur Nakano, dit Suguru en se
glissant dans son lit alors que les lumières s’éteignaient.
- ‘nuit, Fujisaki, » murmura Shuichi, suivi d’Hiroshi qui aurait aimé coller son
lit à celui du claviériste, mais le très léger « ziiiiiiiip » de la caméra
infra-rouge lui rappela où il était et soupira.
Jour 1 – 1ère semaine
À son réveil, Fujisaki galopa jusqu’à la salle de bains. La maisonnée était
silencieuse, tout le monde semblait encore endormi. Il s’enferma avec joie dans
la salle d’eau. Il posa sa serviette contre la paroi de la douche et prit ses
affaires de toilettes. Il s’enferma dans la cabine de douche et ôta sa chemise
de nuit. Il se lava rapidement, pas très rassuré et se vêtit comme il put. Sitôt
habillé, il courut au studio dehors et fit plusieurs gammes, là au moins il
était en terrain connu.
Il n’entendit pas l’autre garçon entrer.
« Salut, Fujisaki.
- Oh… monsieur Nakano. Merci, dit-il en prenant le café que le guitariste lui
tendait.
- Déjà au travail ?
- Je… je me détendais un peu mais oui, ça serait bien que nous nous mettions au
travail. Tant que les harpies dorment nous sommes tranquilles. Monsieur Shindo
dort toujours ?
- Oui. Je l’ai laissé, il en va en avoir besoin.
- Fujisakiiiiiii !!! cria une voix stridente.
- T’as fait une sacrée touche avec Watanabe.
- Ne… ne me laissez pas seul avec elle !
- Fujisaki ! Tu es déjà levé ? Demain je me lèverai plus tôt pour te préparer
ton café. Laissez-nous, Nakano.
- Monsieur Nakano », croassa Suguru en regardant son petit ami retourner à la
maison.
Le gros des dormeurs se leva enfin vers midi. Shuichi, toujours en tenue de
nuit, trottina jusqu’à Hiroshi et lui tira la manche de sa chemise :
« Hiro-chan, tu me prépares un chocolat, s’il te plait ?
- Ça va être l’heure de déjeuner, ça n’est pas raisonnable.
- Justement, j’ai faim. Tu nous fais quoi à manger ? »
Suguru, qui était revenu du studio, releva la tête. Une des nombreuses qualités
de son petit ami était la cuisine et en bon gourmand, le claviériste se léchait
les babines d’avance.
« Moi ? demande Hiroshi.
- Oui, toi.
- Mais… Je ne sais pas cuisiner tant que ça.
- Ne soyez pas modeste, monsieur Nakano, s’enorgueillit Suguru. Vous êtes un fin
cuisinier.
- Non, non, tu te trompes, Fujisaki.
- C’est faux, dit-il à Mao et Yukari, qui étaient elles aussi dans la cuisine.
Il fait le meilleur shake teriyaki de tout Tokyo ! Et je ne parle même pas de
ses sushis aux anguilles ! s’enthousiasma le claviériste.
- Comment… tu sais… ça… toi ? s’étonna Shuichi. Tu m’en as jamais fait à moi de
tout ça ! On mange toujours des nouilles instantanées chez toi ! »
Un lourd silence tomba dans la cuisine.
Sur Internet, on pouvait suivre l’émission en direct 24h/24 sur le site de N.G.
Prod. À ce moment, les caméras convergèrent d’Hiroshi à Suguru puis vers Shuichi.
Un petit texte s’afficha au bas de l’écran chez les internautes :
Premières tensions chez les Bad Luck ?
« Vas-y, Nakano, parle-nous de ton shake teriyaki, gloussa Yukari, contente de
semer la discorde.
- Un soir… un soir Fujisaki est venu pour… pour bosser une mélodie et... et j’ai
servi du saumon, voilà.
- Mais vous m’avez dit l’avoir fait.
- Non ! C’est toi qui as dit ça. Moi… moi j’ai rien dit. Ça… ça venait du
traiteur. J’ai… j’ai deux mains gauches en cuisine. »
Passablement contrarié, Suguru quitta la cuisine. Hiroshi avait menti sur un
plat, sur quoi d’autre ne lui avait-il pas dit la vérité ?
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Shake teriyaki : saumon grillé, sauce caramélisée
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