CHAPITRE XXIII

 

Jour 41 – 7ème semaine


Une ombre sortit de la chambre des filles et se précipita dans la chambre des garçons.


« Hiro ! Hiro réveille-toi ! »


Le musicien grogna mais ouvrit les yeux. Miki persistait. 3h01. Il n’avait trouvé le sommeil qu’à 2 heures et quelques.


« Nana n’est pas bien.


- Qu’elle crève, lâcha-t-il.


- Hiro ! Je ne rigole pas ! Elle s’est évanouie. Et elle est brûlante. »


Pourquoi avait-il dit qu’il avait voulu faire médecine ? Il se leva grognon et fixa une caméra :


« Eh ! Elle fait un malaise ! Qu’est-ce que vous foutez ? »


Et il suivit Miki. Le lit de la chanteuse était souillé. Elle venait de vomir. Il l’assit sur le lit d’à côté et plaça une main sous son menton. Il lui leva la tête et demanda si elle avait mal ou sentait des raideurs dans son cou. Grelottante, elle secoua la tête négativement. Mais il n’en fit pas plus. L’équipe de secours investit la chambre et alors que les caméras de la pièce se désactivaient, tous laissèrent la musicienne et les médecins.


Le diagnostic – une otite – les rassura et tous regagnèrent leur lit.


« Chuis sûre que c’est à cause de l’eau que m’a balancé le hamster, » grognait Nana en espérant le soutien d’une des filles. Mais elles aussi avaient leurs problèmes et les plaintes de leur leader les fatiguaient.


OoOoOoOoOoO 


Quelques heures plus tard, Shuichi et Hiroshi se levèrent sans un regard vers le lit vide.


Nakano ne le montrait pas mais il avait mal. Son égoïsme lui revenait en pleine face et il ne pouvait pas en parler. Lui et Suguru avaient été les plus chanceux de cette histoire : ils étaient en couple et n’avaient pas été séparés. Quoiqu’on en dise, Nana ne s’était jamais plainte de sa séparation. Il comprenait aussi Shuichi qui lui l’avait mal vécue. Aujourd’hui, Hiroshi aussi le vivait mal mais il se sentait de surcroît abandonné et se demandait quand Suguru reviendrait, s’il revenait bien sûr. N’avait-il pas voulu quitter plusieurs fois le jeu ?


« Hiro-chan, pourquoi tu as préparé un autre café ? Fujisaki n’est plus là. »


Pourquoi avait-il préparé le café pour Suguru ? Sa main gauche stoppa son mouvement et reposa le sucre dans la boîte. Il vida la tasse sucrée dans l’évier et prit la sienne, ainsi que le bol de chocolat chaud de Shuichi.


Ils perdirent du temps aux répétitions. Shuichi n’avait plus touché un clavier depuis plus de deux ans et Hiroshi en revint relativement agacé.


Fumie et Miki avaient préparé le déjeuner et elles aussi étaient légèrement tendues. Même Nana grignota le repas du bout des lèvres et suivit ses camarades en silence.


En les attendant pour les répétitions de danse, les deux garçons travaillèrent sans enthousiasme particulier.
 

OoOoOoOoOoO 

 

Suguru essaya de lutter une bonne partie de la journée contre l’envie de se connecter sur le site de Pop Academy mais la curiosité, le manque – et un peu la jalousie, le dévoraient ; il était seul de surcroît alors il se prépara un déjeuner rapide et se connecta malgré tout.


K l’appela pour discuter des jours à venir. Il fut convenu qu’il serait mis en relation avec les deux autres garçons dans l’après-midi.


Le jeune Kyotoïte tourna en rond jusqu’à ce qu’une assistante de Tohma l’appelle et le mette en liaison – « directe et diffusée à la télé », précisa-t-elle – avec la Maison.


Ce fut Shuichi qui prit l’appareil.


«
Allo ? Fujisaki ?


- Monsieur Shindo…


-
Comment tu vas, Fujisaki ? Tu as eu des nouvelles de Yuki ?


- Yuki ? Non mais… je vais bien et…


- Tant mieux ! Tu peux dire à Yuki que je l’aime et qu’il me manque eeeeeeeeeeeeet… »


On lui arracha le combiné et c’est une voix familière qui continua la conversation :


«
Fujisaki ? Salut, c’est  Nakano… Comment… comment vas-tu ?


- Bonjour monsieur Nakano. Je… je vais bien. Et... et vous ?


-
Tu n’as rien de cassé ?


- Non, c’est juste une entorse.


-
Ah… Tant mieux, tant mieux. Quand vas-tu revenir ?


- Je dois rester cinq jours pour me reposer. Je reviendrai sûrement après.


-
Cinq jours ? C’est long… Tu ne vas pas t’ennuyer ?


- Je suis à… Euh, je suis à Kyoto, chez mes parents.


-
À… À Kyoto ? Tout va bien, tu es sûr ?


- Tout va bien, monsieur Nakano, ne vous inquiétez pas.


-
Tu me… tu nous manques. Reviens en pleine forme !


- Vous me manquez aussi, monsieur Nakano et… j’ai découvert qui a mis de la confiture dans mon lit. C’était Fumie !


-
Fumie ? Ah… on me dit qu’on ne doit pas parler de ça alors… rétablis-toi vite et reviens en pleine forme, on a besoin de toi !


- D’accord, monsieur Nakano. Au revoir. »


Ils raccrochèrent le cœur serré de n’avoir pas pu dire tout ce qu’ils auraient voulu.


Le jeune garçon resta connecté sur le site mais comme il ne se passait rien en direct – Hiroshi et Shuichi au salon – il décida de parcourir le site.


Il fut horrifié par les sondages et les messages des internautes mais accepta avec un petit sourire sa place de troisième habitant le plus sexy.


Il visita aussi les profils des candidats et après avoir lu celui de Miki, Fumie, Yukari, et Mao il lut celui de Nana :


« Nana Ito

20 ans / chanteuse


Elle aime :

- son petit ami

- la bagarre

- la lingerie sexy

 

Elle n’aime pas :

- les « gars qui n’ont pas de couilles »

- s’ennuyer

- le calme. »


Il grogna.


Que la peste l’emporte !


Il hésita à cliquer sur celui de son petit ami alors, il préféra lire celui de leur chanteur.


« Shuichi Shindo

21 ans / chanteur


Il aime :

- Yuki

- Yuki

- Yuki »


Comme c’est suprenant,
songea-t-il.


« Il n’aime pas :

- quand Yuki boude

- quand il est séparé de Yuki

- quand Yuki est en colère »


La curiosité le poussa quand même à lire celui d’Hiroshi.

 

« Hiroshi Nakano

21 ans / guitariste


Il aime :

- son chat

- la mer

- le calme


Il n’aime pas :

- les conflits

- les plats trop salés

- ne rien faire »


Le garçon soupira et poursuivit sa visite sur le site. La journée défila rapidement finalement et quand il se reconnecta sur le direct de la Maison, Ritsu et sa mère rentrèrent. Il éteignit donc son portable en se promettant d’y revenir dans la soirée.


OoOoOoOoOoO 


« Fumie ! »


La claviériste se retourna et regarda Mao qui courait vers elle, essoufflée.


« Ochiai voudrait te parler, dit la guitariste.


- Me parler ?


- Oui, c’est… c’est au sujet de la choré.


- Il t’a dit pourquoi ?


- Non, non », répondit évasivement l’autre musicienne.


Un peu embêtée, Yamaguchi regarda son amie partir et retourna dans la salle de répétitions. Le chorégraphe lui apprit qu’il avait changé d’avis et que ça ne serait pas Mao mais elle qui aurait le premier – et plus périlleux – rôle lors de la troisième et dernière chorégraphie. L’artiste avait eu une révélation et il n’y avait aucune discussion possible. La boule à l’estomac, elle rejoignit les autres.

Les lundis étaient devenus synonymes de terreur comme les leçons de classe où le professeur sadique interrogeait les élèves au hasard. Fumie avait cru y échapper mais finalement c’était elle la malchanceuse.

Au salon il n’y avait personne puis Yukari, Miki et Shuichi descendirent en courant du premier étage, en maillot de bain et sautèrent presque de concert dans l’eau chaude de la piscine.


Mao et Hiroshi descendirent eux aussi en tenue de bain.

 

« Va te changer, Fumie, on va faire un volley dans la piscine.


- Et moi j’arbitre », dit Nana.


Il faisait nuit mais les lumières autour du bassin éclairaient convenablement.


Fumie les rejoignit et deux équipes se constituèrent : Shuichi, Fumie et Mao contre Hiroshi, Yukari et Miki.

 

OoOoOoOoOoO 


Suguru suivait la partie très animée de volley dans la piscine de sa petite chambre silencieuse. À la fin de la partie, les filles assaillirent les garçons pour les « noyer » en riant aux éclats.


Les six baigneurs poursuivirent leurs jeux et finirent par rentrer se coucher vers 1 heure du matin. Au moins, ce soir ils étaient tous fatigués et s’endormirent d’une traite.


Finalement, il ne manquait pas tant que ça aux garçons.


Jour 44


« Il parait que ça va vos répèt’. Le hamster n’a pas l’air de te manquer. Ton copain par contre, on dirait qu’il a un pet de coincé », dit Nana à Shuichi alors qu’ils étaient tous les deux au salon.


Shuichi ne répondit pas à cette remarque et l’autre poursuivit.


« Vous n’étiez que tous les deux au début, c’est ça ?


- Oui.


- Je te comprends. Si un jour une fille quitte le groupe, je ne veux pas de remplaçante. Ça casserait la magie. »


Ils étaient tous les deux et, depuis quelques jours, elle profitait de ces moments pour déverser son venin et peu à peu, le chanteur se laisser séduire. Avait-il vraiment besoin de Suguru ? Ne s’en sortaient pas bien ? Ne les avait-il pas abandonnés dans la dernière ligne droite ?


OoOoOoOoOoO 


Cette idée, le chanteur finit par en parler à son ami, le soir, quand ils étaient couchés. Manque de chance, de Kyoto, Suguru suivait la conversation. Depuis plusieurs jours, il avait remarqué le manège de Ito et sentait le vent tourner.


« Hiro-chan, tu dors ? »


Pas de réponse.


« Je sais que tu ne dors pas. Hiro-chan, tu te rappelles comment c’était avant ? Juste toi et moi.


- De quoi tu parles ?


- Fujisaki nous a laissé et… on s’en sort bien, non ?


- Pas aussi bien que s’il était là, répondit le guitariste, atone.


- Je ne trouve pas, moi. Hiro, si on reprenait juste nous deux ? »


Hiroshi se redressa et regarda son ami :


« Tu es malade ! Qui t’a mis ça dans la tête ?


- Personne ! Tu me crois incapable de penser tout seul ?


- Non… Excuse-moi. Mais… avec Fujisaki, nous sommes très bons et… il fait partie de la famille maintenant, non ?


- Tu sais, il ne m’aime pas. Ça crée une mauvaise ambiance. Alors que toi et moi, c’était magique.


Un peu abattu, Hiroshi se recoucha, sans rien dire. Un mot, et il aurait éclaté en sanglot. Dans l’obscurité, on ne voyait pas ses yeux brillants de larmes.


Suguru fut bouleversé par le silence et les maigres protestations de son petit ami. Lui aussi partageait cet avis en fin de compte ? Le cœur brisé, il éteignit son portable. Il remua ces pensées de longues minutes avant de trouver le sommeil.


Jour 45


« Niwatori ? C’est moi, ça va ?


-
Hiyoko-chan ! Comment tu vas toi ?


- Pas très bien. Tu... Shuichi veut qu’on redevienne deux.


- Ton frère m’a dit.


- On ne peut pas redevenir deux, tu comprends ?


-
Hiyoko-chan, je t’aime et… je peux faire quelque chose pour toi ?


- Non, je voulais juste te dire ça. Et toi ça va ? Les vacances se passent bien ? »


À défaut de parler de ce qui lui tenait vraiment à cœur, il changea de sujet.


«
Oui, nous allons partir quelques jours dans l’Hokkaido avant que tu sortes. Ton chat a encore fait des siennes. Elle a grignoté toutes les chaussures de ton frère.


- Je dois te laisser. I love you ! I love you ! »


Le garçon raccrocha le combiné et se recroquevilla sur lui, dos à la caméra. Il enfouit sa tête dans ses genoux et combattit un moment ses sanglots.


La porte s’ouvrit et Fumie s’agenouilla à ses côtés.


« Hiro ! Qu’est-ce qu’il y a ?


- Rien, répondit faiblement le guitariste.


- Hiro… C’est… Ni-chan ? » chuchota-t-elle.


Le jeune homme libéra ses sanglots. À cause de ses insomnies persistantes, il ne pouvait plus retenir ce trop plein de secrets, et Shuichi qui ne voulait plus de Suguru dans le groupe !


« Hiro, je venais te rendre le carnet de Fujisaki. Le carnet bleu. Celui que tu cherches depuis lundi.


- Tu… Tu l’as lu ? renifla-t-il.


- Oui. Je sais pour… le single. Heureusement que nous ne jouons pas dans le même registre. »


Elle savait aussi – et surtout – pour « Ni-chan ».


« En fait, poursuivit-elle. Je le sais depuis deux semaines. Mais j’en ai parlé à personne et donc, je vais te faire du chantage. Retrouve ton sourire ou je livre votre single aux filles. »

 

Un petit sourire échappa au jeune homme. Pour une fois, on s’occupait de lui.


« On va s’en griller une ? » demanda la claviériste.


Nakano acquiesça. Il sécha ses larmes et sortit fumer.


C’était le vendredi et Suguru leur ferait sûrement la surprise de revenir lors du Prime du lendemain.
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Niwatori / Hiyoko-chan : « Poulette » et « poussin »
 

 

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