CHAPITRE XXVII

 

Jour 53 – Départ de la Maison

 

Étrangement, ce dernier départ de la maison fut le plus douloureux pour Miki. Elle essaya de retenir ses sanglots dans le minibus mais elle finit par se blottir dans les bras de Fumie et pleura au fond du véhicule presque pendant tout le trajet, blottie contre son amie. C’était fini. Elle ne reverrait plus Suguru. Son premier amour d’adolescente avortait et elle avait le cœur brisé. Avant qu’elle ne le connaisse, elle croyait l’aimer mais le côtoyer l’avait rendue vraiment amoureuse et cette dernière semaine avait été pénible. Il lui avait assuré qu’ils se reverraient mais elle le sentait s’éloigner d’elle. Puis Fumie lui avait révélé qu’il avait déjà quelqu’un, qu’elle devrait l’oublier. Miki s’était alors effondrée. Contrairement à ses amies volages, elle avait repoussé les prétendants et s’était préservée pour le clavier des Bad Luck. En vain. Elle renifla et se serra contre son amie, qui la rassurait. Miki avait toujours été un des moteurs de la Maison et la voir ainsi abattue affectait un peu la troupe. Même Nana, ne disait rien.


Ce fut un soulagement pour tout le monde d’arriver au studio. Tous déposèrent leurs valises dans les loges et allèrent répéter sur le plateau.


Le petit salut de Manami, qui ressemblait vaguement à celui d’un général visitant ses troupes, rajouta le malaise de Suguru et Hiroshi.


OoOoOoOoOoO 


« JE NE FERAI JAMAIS ÇA ! » hurla Yukari en posant sa basse à la fin des répétitions.


Même si moins radicaux, Hiroshi et Mao la soutinrent en posant leur instrument et suivirent la jeune fille.


« Ce type est un gros MALADE ! cria-t-elle quand Hiroshi et Mao la rattrapèrent. On passe tous pour des PUTES sur ses tableaux de merde, nous n’avons plus aucune DIGNITÉ ! Nous nous ridiculisons devant le Japon entier depuis huit semaines. Ça c’est la goutte d’eau ! JAMAIS je ne casserai une guitare ! J’en ai rien à foutre d’être « in » ou pas ! Je RESPECTE les instruments, moi, monsieur Ochiai ! affirma-t-elle en se débattant alors que les deux guitaristes la retenaient pour qu’elle n’agresse pas le chorégraphe.


- Vous n’avez aucune fibre artistique, mademoiselle Honda, cracha l’artiste. Puisque vous êtes si déterminée, débrouillez-vous tous. Seuls. »


Il se leva et partit, laissant les musiciens seuls.


« Je suis d’accord, Yukari, tu as raison. C’est un taré et jamais je n’aurais cassé mon synthé, aussi rock’n roll cela soit-il, approuva Fumie. On va s’en fumer une et on reprend ?


- Non, vaut mieux terminer ça, dit Hiroshi. Après, je te paie ta clope, pas de problèmes. »


Ils convinrent donc de terminer les répétitions et vingt minutes plus tard, Amon Himuro, le régisseur du plateau, pria les garçons de laisser les filles répéter, il viendrait les chercher d’ici vingt minutes.

Au lieu de prendre la direction des loges, le claviériste partit vers les toilettes. Il voulait juste éviter Nakano. Ce dernier pourtant le suivit et empêcha la porte du W.C. de se refermer et s’y enferma avec son petit ami.


« Partez, monsieur Nakano. Ou je hurle !


- Ça te plaisait pourtant avant.


- Avant, oui. Mais maintenant vous n’êtes qu’un porc à mes yeux.


- Je sais que c’était idiot cette remarque sur… sur ta frigidité.


- Ma… frigidité ne semblait pas vous gêner mais… le problème n’est pas là. Je le situerais plutôt au niveau de… Manami. »


Le guitariste blêmit.


« Vous pensiez que je ne le saurais pas ?


- Comment… murmura Hiroshi.


- Vous ne niez même pas ? À la radio, cette… fille a déclaré avoir vu votre tatouage. Comment l’a-t-elle vu ? Grâce aux Kamis ?


- Suguru, nous étions… Tu m’avais quitté et…


- Et vous vous êtes vite consolé, énonça-t-il calmement.


- Il n’y a que toi que j’aime. »


Il se pencha pour l’embrasser mais Suguru recula puis, acculé au mur, il lui mordit la lèvre d’un coup sec.


« Hé ! Ça va pas ? s’exclama Hiroshi en essuyant le sang de sa lèvre.


- C’est tout que vous méritez ! Vous n’êtes qu’un salaud ! cria le claviériste en le repoussant contre la porte des WC. Avec combien de filles et de garçons avez-vous couché depuis que nous sommes ensemble ?


- Aucune ! Manami… Tu m’avais quitté ! Ouvre les yeux ! Tu es responsable !


- Parce que c’est responsable de coucher avec une allumeuse de bas étage dès que j’ai le dos tourné ? N’attendiez-vous pas que ça en réalité ? Le petit puceau a le dos tourné et vous vous jetez dans les bras d’une… d’une bimbo écervelée et facile ?


- J’avais de la peine ! Tu venais de me…


- OUI, JE SAIS ! Je venais de vous quitter ! Vous… vous disiez m’aimer mais… vous m’avez bien oublié, se retint de sangloter Fujisaki.


- Je t’aime. Je t’aime plus que tout, plus que quiconque.


- NON ! Vous n’êtes qu’un hypocrite ! Je vous hais ! » sanglotait à présent le garçon, frappant son petit ami de ses poings.


Hiroshi tenta de le serrer contre lui pour le calmer mais l’autre se défendit comme un chaton effrayé. Pour une fois, l’accent prononcé de Suguru ne le faisait plus rire. Il essaya d’analyser le plus rapidement possible la situation.


« Tu… tu me hais vraiment ?


- Oui. Vous m’avez trahi. Je ne vous ferai plus jamais confiance et… vous m’écoeurez. »


Il ne sanglotait plus. Il ne tremblait plus. Il avait repris le contrôle de lui-même et avait dit ça très calmement, sans aucune émotion. Plus que les coups, plus que les larmes, cela affecta le guitariste.


« Je crois… je crois qu’il vaut mieux qu’on se sépare alors. Tu as raison. Je… je comptais te le dire pour Manami, te dire qu’elle ne représente rien, qu’il n’y a que toi mais si tu ne me fais plus confiance, je ne vois pas d’issue. Tu es jaloux de tout le monde qui me parle ou flirte avec moi pour rire. Moi aussi je suis jaloux. De Miki, par exemple, mais je n’en fais pas toute une histoire. Manami c’était… idiot et irresponsable mais… on n’a pas tous ta sérénité et ton impassibilité. Je te souhaite de trouver quelqu’un de mieux que moi mais… ça ne devrait pas être difficile », dit-il d’une voix blanche qu’il aurait voulu assurée.


Il releva le loquet du cabinet et sortit sans se retourner.


Il fuma cigarette sur cigarette à l’extérieur. Incapable de pleurer, il regardait la pluie tomber. Il se maudissait d’avoir cédé à l’animatrice. Il essayait de se justifier mais il ne se trouvait aucune excuse. Il n’avait pas désiré la jeune femme mais c’était lui qui était allé dans la loge. C’était lui qui avait glissé sa main sur sa cuisse et avait remonté sa jupe et s’il n’avait pas voulu coucher avec elle, il l’avait laissé s’agenouiller. Un plaisir trop éphémère pour un regret de plus en plus lourd à porter. Il avait voulu le dire à Suguru mais il voulait avoir le temps de s’expliquer. Au moins maintenant, il était partiellement soulagé.


Shuichi, débordant d’un enthousiasme grandissant d’heure en heure, le rejoignit, le sommant de venir, c’était à leur tour de répéter.

 

OoOoOoOoOoO 


Dans les loges, le même silence pesant que celui du minibus s’était abattu.


« Vous n’êtes pas bavards aujourd’hui, remarqua Takumi, un des coiffeurs qui s’occupait des cheveux d’Hiroshi.


- Je pensais que ça allait me manquer tes mains dans mes cheveux, soupira ce dernier. J’adore vraiment qu’on me tripote la tête.


- Laisse tomber, Nakano, tu n’es pas mon style. Pas assez de seins, je pense, plaisanta ce dernier. Et puis chapeau pour ta déclaration. Si avec ça ta belle ne te pardonne pas ! »


Sur le siège d’à côté Suguru s’agitait, énervé. Lui il n’aimait pas qu’on lui tripote la tête.


« Ma belle… Elle a un caractère infernal, dit Nakano en se regardant dans le miroir.


- C’est ce qui est excitant, non ?


- Non. Ça fatigue à la longue.


- Hé ! Mais ça ne va pas ? s’exclama Junko, la coiffeuse qui s’occupait de Suguru.


- Vous n’avez pas à être si maladroite, s’emporta le garçon, qui en se relevant brusquement avait failli planter les ciseaux dans la main de la jeune fille. Et c’est bon, c’est fini le tripotage ! »


Sous le regard interrogateur des autres musiciens, il quitta la salle en claquant la porte.


« Takumiiiii, miaula Yukari, viens donc t’occuper de moi ! »


Le coiffeur en termina avec Hiroshi et se dirigea vers la bassiste, un drôle d’air sur le visage.


Les bavardages reprirent mais Nakano n’écoutait plus. Sa lèvre ne saignait plus, son cœur, si. Il attendit que Fumie soit prête et ils sortirent fumer. Il pleuvait encore, aussi se collèrent-ils contre le mur pour que la toiture les protège.


« Quel est le problème avec Fujisaki, Hiro-kun ? demanda Yamaguchi en allumant sa cigarette.


- Je… je l’ai trompé.


- Avec Yukari ?


- Non. Non. »


Il tira sur sa cigarette et poursuivit.


« J’ai... Quand il m’a largué, je suis allé rejoindre Manami et… et elle m’a chauffé, tu vois. Mais je n’avais pas trop… trop la foi alors… elle m’a fait une gâterie et je ne l’ai pas empêchée.


- Comment il a su ?


- Elle l’aurait dit à la radio ou je ne sais pas quoi.


- Tu pensais que ça ne se saurait pas ?


- Je… je pensais lui dire après.


- Ça n’est pas très malin d’avoir fait ça. Il t’avait quitté mais… c’était un peu hâtif de ta part.


- Je sais, râla le garçon en écrasant sa cigarette. Allez, c’est la der des der. »


Les deux fumeurs rentrèrent dans le bâtiment et se préparèrent à entrer en scène.


Jour 53 – Soir du dernier Prime


« Ça commence ! hurla Sakura en se jetant dans le canapé.


Sur l’écran, le jingle se termina et au lieu de la pimpante Manami, le plateau était plongé dans le noir. Au centre, un grand plot séparé par une grille s’éleva en même temps que six autres plots, composé d’une cage, disposés en demi-lune sur les côtés. Une lumière tamisée révéla le contenu des trois premières cages en même temps que Hiroshi, Mao et Fumie commencèrent à jouer, chacun dans sa prison. Un projecteur illumina le plot central, du côté gauche de la grille.


« Serait-elle à ma place plus forte qu'un homme

Au bout de ces impasses où elle m'abandonne ?

Vivre l'enfer mourir au combat

Faut-il pour lui plaire aller jusque là ?

Se peut-il que j'y parvienne ?

Se peut-il qu'on nous pardonne ?

Se peut-il qu'on nous aime ?

Pour ce que nous sommes ? »


Déterminé, sobre, Shuichi commença. Le projecteur s’éteignit et éclaira Nana :


« Se met-il à ma place quelquefois ?

Quand mes ailes se froissent

Et mes îles se noient

Je plie sous le poids

Plie sous le poids

De cette moitié de femme

Qu'il veut que je sois

Je veux bien faire la belle, mais pas dormir au bois

Je veux bien être reine, mais pas l'ombre du roi

Faut-il que je cède ?

Faut-il que je saigne

Pour qu'il m'aime aussi

Pour ce que je suis ? »


Au fur à mesure, les cages contenant les musiciens s’allumèrent également.


Les deux chanteurs étaient tous les deux sous les feux des projecteurs et chantaient d’une même voix, s’affrontant, séparés par les barreaux.


« Je n'attends pas de toi que tu sois la même

Je n'attends pas de toi que tu me comprennes

Mais seulement que tu m'aimes

Seulement que tu m'aimes

Pour ce que je suis

Quand je doute

Quand je tombe

Et quand la route est trop longue

Quand parfois je ne suis pas

Ce que tu attends de moi

Que veux-tu qu'on y fasse ?

Qu'aurais-tu fais à ma place ? »


Les dernières paroles tombèrent, le plot central redevint obscur et les plots alentour s’éteignirent un à un en même temps que la musique cessa. Hiroshi se dit que cette chanson aurait pu être la sienne et celle de Suguru mais il n’eut pas le temps d’approfondir sa peine, il fallait se changer et vite.

« Bonsoir à tous !!! s’exclama Manami en agitant la main, vêtue d’une robe léopard, de longs gants assortis et de jambières noires. Applaudissez-les ! Ils n’ont eu que deux semaines pour travailler en commun et composer ce morceau ! À ma place des Bloody Jezabel et des Bad Luck ! Le single sort la semaine prochaine dans les bacs et tous les bénéfices iront à l’association d'aide à l'enfance « Pata-Pata ». Ce soir, vous le savez, c’est le dernier soir, chacun des groupes va nous présenter son single et c’est vous qui choisirez. Mais avant ça, le best-of des huit semaines passées en leur compagnie. »


« Franchement, quelle surprise ! s’exclama Yui alors que les « meilleures » séquences des huit semaines défilaient.


- Oui, au moins ils sont bons à quelque chose !


- C’est peut-être le travail des filles, on ne reconnaît pas trop le style des garçons. »


Non, ça n’était pas que le travail des filles. Le morceau avait surtout été long à écrire à cause des différends personnels mais il avait bien été l’œuvre des huit musiciens, au prix d’efforts surhumains pour être d’accord.


Quinze minutes plus tard, les filles, qui avaient enfin retrouvé leur garde-robe, arrivèrent sur scène.


« Je ne veux pas rester sage des Bloody Jezabel ! »


Keisuke sourit. Il retrouvait sa Nana hargneuse et irrespectueuse.


« Elles vont gagner », lui dit sa sœur Akiko en ramenant les bières.


Sur le plateau, les cinq filles s’abandonnaient à leur musique et un tonnerre d’applaudissements les récompensa. Elles saluèrent le public, le déchaînant un peu plus et rejoignirent Manami.


« C’était fa-bu-leux les filles ! On vous retrouve ! Vous y avez mis vos tripes ! Un petit bilan sur ces huit semaines de cohabitation. Qu’est-ce qui vous a manqué, qu’est-ce qui vous a plu ? Miki ?


La batteuse essaya de rester neutre, mais de l’autre côté, sa sœur aînée Ruri voyait bien qu’elle n’allait pas bien.


« Euh… ma famille m’a manqué et… sinon c’était bien avec les garçons.


- Le petit Fujisaki ne va trop te manquer ? »


La musicienne pâlit.


« On… on va se revoir. Il m’a donné son numéro de téléphone et… on va se revoir, dit-elle sans enthousiasme.

- Et voilà ! Un couple créé ! Et toi, Yukari. Ça a été un échec avec Nakano, non ?


- Non. Si je l’avais vraiment voulu, je l’aurais eu. Et puis, nous aussi nous nous reverrons, il n’habite pas loin de chez moi en plus.


- Nana, qu’est-ce qui t’a manquée à toi ? Tu ne vas pas regretter Nakano toi aussi ?


- Mon mec m’a manqué ! Quant à Nakano… Bien sûr qu’on se reverra… dans nos cauchemars très certainement.

- Mao ? Fumie ? demanda Manami  en se tournant vers ses dernières.


- Moi Shu-chan va me manquer, c’est un sacré numéro. C’est un peu une peluche vivante ! Je l’aime beaucoup et si son chéri n’est pas plus gentil, je lui volerai ! affirma Fumie.


- Ah lala ! Eiri Yuki a du souci à se faire ! Mao, un petit mot ?


- Euh... Les garçons vont me manquer, ils sont sympas mais j’avoue avoir hâte de rentrer chez moi ! Je voudrais embrasser ma famille, Miaka-chan, Masa, Hana et j’ai hâte de les revoir !


- Merci les filles, sans plus attendre, les garçons et leur morceau i-né-dit :
Partons vite !


Dans les coulisses, juste avant d’entrer sur scène, Shuichi se figea, il venait de voir la silhouette d’un homme qui ne pouvait être que…


« YUKIIIIIIIIIIIII !! hurla-t-il alors que son meilleur ami le retenait par le col pour l’empêcher de partir en direction de l’écrivain. Hiro, YUKIIII est là ! ON VA TOUT DÉCHIRER !!! »


Et il bondit sur scène, suivi des deux autres garçons.


« Je dédie cette chanson à l’homme de ma vie et à tous les amoureux, et pour les autres, ne renoncez jamais ! Battez-vous! » déclara Shuichi, boosté par la dopamine que son cerveau surproduisait depuis qu’il avait aperçu son petit ami.


Le morceau surprit l’auditoire des Bad Luck mais c’était en partie dû à l’absence de Suguru. Quand il était parti le morceau n’était pas fini et durant les dix jours de son absence, ils avaient supprimé le côté électro pour en faire une balade plus traditionnelle et acoustique mais le retour du claviériste avait encore changé la donne pour aboutir à un titre hybride.


La salle observa un silence quasi religieux et même sur Sun-Sky, personne ne railla les « lalalalala » de Suguru qui, ayant une faible participation musicale, accompagnait Shuichi.


Eux aussi connurent une véritable ovation. Manami s’empressa de les rejoindre et les félicita chaleureusement, un peu trop d’ailleurs selon le claviériste. Après qu’ils se soient installés, elle les félicita pour un morceau aussi inattendu.


« Les garçons, je vais vous demander la même chose qu’aux filles : avez-vous aimé votre séjour avec elles et qu’est-ce qui vous a manqué le plus ?


- Des livres ! s’exclama Suguru. Les livres m’ont cruellement manqué !


- En tout cas, tu auras gagné un surnom ! Hein mon petit hamster ? Et toi, Shuichi, à part ton chéri qui te maaaaanquait, ça allait ?


- Oui, répondit le chanteur. Fu-chan est très gentille et je l’aime beaucoup. J’ai vu Yuki dans les coulisses. Il vient quand ? Je peux aller le voir ?


- Du calme mon chou, il va venir. Et toi Hiro, qu’est-ce qui t’a manqué le plus ? Ta… Ni-chan ?


- Oui, bien sûr et mon téléphone aussi !


- Tu me le donneras, ton téléphone ? On pourra se revoir, après hein ?


- Oui, on verra.


- Avec son comportement minable, je suis sûr que Ni-chan l’aura quitté et vous aurez beaucoup d’opportunités pour voir monsieur Nakano, lança Suguru.


- Compte sur moi, Su-chan, dit-elle avec un clin d’œil. Et ta lèvre, Il lui est arrivé quoi ? demanda-t-elle en revenant vers Hiroshi.


- Une porte…


- Ou une fille à qui tu as encore volé un baiser, minauda-t-elle. Avant de poursuivre et d’accueillir le chéri de Vous-savez-qui, un grand re-mer-cie-ment à Kokichi, Hitomi, Kenji, tous les techniciens qui font que cette émission puisse exister. Mais aussi les coiffeurs, maquilleurs, ceux qui s’occupent des décors, les éclairagistes, un grand merci à toute l’équipe technique ! Sans plus attendre, il est grand, beau comme un dieu, intelligent, blond comme les blés, le grand, le vrai, l’unique EIRI YUKI !!!! »


Chez elle Maiko soupira. Son frère avait vraiment de la chance ! Malgré le caractère sauvage de l’écrivain, il s’était laissé dompter en fin de compte.


« Monsieur Yuki, merci de votre participation ! Cette fois pas d’embouteillage ?


- Ben non, chuis là !


- Yuki ! » s’exclama Shuichi en courant vers lui.


Mais Manami s’interposa entre eux :


« Pas tout de suite, Shu chéri. Monsieur Yuki, venez donc vous asseoir », roucoula-t-elle.


Pendant un bref instant, sans le savoir, Shuichi partagea la même rancœur amère que Suguru et eut la sensation que l’animatrice lui volait son petit ami.


« Parlez-nous de votre nouveau roman, demanda-t-elle le plus sérieusement possible avant d’éclater de rire. Je rigole ! Ce n’est pas une émission littéraire ! »


En une pirouette élégante, elle se retourna vers le public :


« Et vous, n’hésitez pas à soutenir votre groupe préféré ! Pour les Bloody Jezabel, tapez 1 et pour les Bad Luck, tapez 2 ! »


« Et pour se taper Manami ? demanda Sakura.


- Elle est quand même… pas mal. Tu crois qu’elle a couché avec Hiro ? Comment elle aurait su pour son tatouage ?


- Ils en ont peut-être parlé, et elle ne sait peut-être pas où il est. »


OoOoOoOoOoO 


L’émission s’écoula assez rapidement, malgré les trois heures exceptionnelles du programme. Toutes les demi-heures, l’animatrice donnait les estimations des votes. Le match était serré et quand le résultat final fut imminent elle invita les deux groupes à la rejoindre sur scène. Un huissier lui remit l’enveloppe. Elle la décacheta avec une lenteur presque démoniaque :


« Le groupe qui a remporté une promo exceptionnelle aux États-Unis, avec 52,6 pourcent des votes sont… les B… les BLOODY JEZABEL !!!! »


Les filles sautèrent de joie et leurs fans derrière leur écran aussi. Chacune adressa un petit mot de remerciement et Manami reprit la parole.


« Waou ! Deux nouveaux singles, une tournée à venir aux États-Unis, qu’est-ce qui pourrait vous arriver de mieux ? »


La timide Mao prit le micro que Yukari tenait :


« Je voudrais annoncer quelque chose, dit-elle.


- Vas-y Mao chérie, l’encouragea la présentatrice.


- Pour la tournée, il faudra attendre parce que… je suis enceinte de quatre mois. »


Yukari sauta de joie et embrassa son amie :


« C’est qui ? C’est qui ? » piailla la bassiste.


Mao se pencha et lui murmura quelque chose à l’oreille, arrachant un autre cri perçant à Yukari, folle de joie pour son amie.


« Alors, alors c’est qui ? s’empressa de demander Manami, croyant qu’elle aussi serait dans la confidence.

Mais la guitariste était entourée par ses amies et même les garçons la félicitaient de sa double victoire. Ne pouvant obtenir plus d’information, la présentatrice remercia encore une fois le jury, le public, l’équipe technique et la production et le dernier générique de fin se fit entendre.


Mesdames Fujisaki et Nakano éteignirent leur poste de télévision. Elles étaient déçues mais aussi soulagées que tout soit fini et avaient hâte de revoir leur fils, un étrange pressentiment quant à leur humeur.


OoOoOoOoOoO 

 

L’émission était finie, pas leur contrat. Ils devaient encore rester deux heures minimum dans une boite branchée de la capitale, où on les filma encore. Chaque manager récupéra ses poulains, et si le trajet des Bloody Jezabel fut joyeux et survolté, celui des Bad Luck fut plutôt maussade. Même Shuichi l’était. Il avait vite démasqué la supercherie d’Eiri qui avait envoyé à sa place son frère teint. Pourtant, il retrouva le vrai Eiri au « Jupiter », la boîte qui accueillait l’after de Pop Academy. D’autres surprises attendaient les participants. Dans la discothèque, il y avait des amis, qui étaient déjà venus dans la Maison. Les couples se reformèrent, les amis et la famille se retrouvèrent dans de chaudes effusions. La fête battait son plein et même Hiroshi, qui avait le cœur brisé, semblait s’amuser en dansant de manière suggestive avec Manami jusqu’à ce que Yuji arrive, le pousse et prenne sa place avec l’exubérante animatrice. Le guitariste se retourna et enlaça Yukari qui se laissa porter par la musique. Mais une fois encore, quelqu’un lui tapota sur l’épaule : Takumi, le coiffeur.


« C’est ma copine alors dégage, puceau, se moqua-t-il gentiment.


- Ta copine ? répéta Hiroshi, interloqué.


- Oui, on sort ensemble depuis trois semaines, expliqua Yukari en déposant un baiser sur la joue du guitariste. Je préfère les grands garçons ! »


Nakano se retourna vers Takumi :


« Tu ne m’aimes donc pas, Ta-chan ? renifla-t-il, presque la larme à l’œil. Tant pis, je vais me jeter dans la rivière Sumida.


- Reviens avec un sourire aussi craquant le sien et des seins et je suis sûr qu’on s’entendra ! »


Yukari donna une petite tape à son petit ami :


« Tu rêves, mon pauvre ! Tu es à moi ! »


Les trois rirent et se dispersèrent.


Sakura, qui était là aussi, discutait avec Ken, le frère de Fumie. Il regarda sa montre. Il pouvait partir. Il chercha K du regard et se dirigea vers lui :


« Je vais rentrer.


-Déjà, Nakano ?


- Je rêve de dormir dans mon lit avec mon chat ! Je salue les autres et je reviens ! »


Il salua chaudement Yukari et Fumie, félicita encore Mao puis adressa un clin d’œil à Shichi.


Suguru discutait avec des adolescents qu’il ne connaissait pas et Miki. Il adressa un petit signe de main à la batteuse puis retourna vers K.


Le trajet fut silencieux et quand il se retrouva dans son petit appartement, loin des caméras, des autres musiciens, le silence l’assourdit. Il mit de la musique, prit une douche et se roula un pétard, tout ça avec son chat, que Yuji avait ramené un peu plus tôt dans la soirée, dans les pattes. Son répondeur était rempli de messages mais ça attendrait. Il s’allongea sur son lit, bercé par la voix douce de James Blunt.


« Goodbye my lover… » murmura-t-il.

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À ma place par Zazie et Axel Bauer. Nous avons pris des chansons existantes et nous les avons attribuées aux groupes. De même que Je ne veux pas rester sage de Dolly et Partons vite de Kaolin.
Pata-pata : jouet japonais traditionnel en bois
 

 

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