CHAPITRE XXIX

 

Rouler. Il roulait depuis plusieurs heures avec une seule idée en tête : aller aussi loin de Tokyo que son réservoir d’essence le lui permettrait. Il s’arrêta enfin à Gotenda, située sur le versant sud-est du Mont Fuji, et gara sa moto. Il alluma une cigarette et regarda la montagne. Un groupe de lycéennes passèrent devant lui, cessant leur conversation. Elles l’avaient déjà vu mais où ? Avant qu’elles ne fassent le lien entre Pop Academy et lui, il partit à la recherche d’un endroit où passer la nuit.

 

Il ne fuyait pas la capitale, il se fuyait lui-même mais où qu’il aille, ses problèmes persisteraient, il n’était pas dupe mais peut-être ça n’avait été qu’un prétexte, la vitesse l’avait toujours grisé et à toute allure il avait l’impression d’être un chevalier des temps modernes.

 

Un chevalier… Un chevalier corrompu !

 

Il reconnaissait avoir eu tort de se précipiter dans les bras de Manami mais il avait été plaqué en bonne et due forme à cause d’une raison fallacieuse en premier lieu. Il se disait aussi qu’il ne supporterait pas les crises de Suguru à chaque fois que quelqu’un le regarderait d’un peu trop près et s’il n’y avait aucune confiance entre eux, il était inutile de poursuivre.

 

Mais l’oubli de soi dans la vitesse lui avait remis les idées en place. Quand Hiroshi écrasa sa cigarette consumée, il sut qu’il devait dresser un plan pour reconquérir son ancien petit ami. Renoncer n’était pas une habitude des Nakano. Et surtout, le revoir à la conférence de presse et agir comme si rien ne s’était passé entre eux l’avait affecté.

 

Confortablement installé dans une petite chambre avec vue sur la montagne, le guitariste notait des idées quand son téléphone sonna. Sa mère. Elle lui raconta sa rencontre à Kyoto et sa gaffe. Peut-être que Fujisaki allait mettre sa mère au courant, ça n’était pas plus mal. Lui, il expliqua qu’il était au pied du Mont Fuji et qu’après ses vacances à Izu il irait chez Suguru.

 

« Et que comptes-tu faire ? Lui chanter la sérénade ? se moqua gentiment sa mère.

 

- Bien sûr que non, ça ferait plus hurler les chiens aux alentours qu’autre chose, rit-il. Et puis je n’ai pas ma guitare. Mais je crois que nous devons parler. On ne peut pas en rester là surtout si on se voit cinq jours par semaine !

 

- Je suis encore navrée d’avoir dit ça devant sa mère. Oh, je dois te laisser, je dois appeler ton père. Il a un rendez-vous qu’il va encore oublier ! Tu vas y arriver !

 

- I love you, Niwatori. »

 

Il raccrocha et regarda rêveusement l’horizon, à la recherche de bonnes idées.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Des idées, il en avait eu. De bonnes idées… c’était une autre histoire.

 

De Gotenda, il roula jusqu’à Atami où il prit l’avion pour rejoindre les îles Izu. Ces trois jours furent merveilleux. Le temps était ensoleillé et comme ils étaient hors saison, Sakura et lui étaient tranquilles.

 

Au moment de repartir vers Tokyo, Hiroshi expliqua qu’il voulait faire encore un petit tour en moto avant de retourner à la capitale.

 

« Mais pourquoi tu as voulu que je ramène ta guitare ? demanda l’étudiante.

 

 - Peut-être que j’ai… l’inspiration. Dépêche-toi, l’avion va partir sans toi. »

 

Les deux s’étreignirent car même s’ils ne se séparaient que pour un jour ou deux, ils s’aimaient beaucoup.

 

Son amie dans l’avion, il enfourcha sa moto et prit la direction de Kyoto.

 

Quand, il arriva, il faisait nuit. Au lieu d’attendre le lendemain, il se restaura rapidement et roula jusque chez Suguru. Il n’était jamais venu et ne connaissait pas sa famille. Pourtant, le claviériste lui avait parlé de son domicile et Hiroshi savait que sa chambre était celle qui donnait sur la rue. Pour se donner un peu de courage, il fuma une cigarette, puis deux, puis trois et quand il eut terminé le paquet, il se sentit prêt. Il ramassa des cailloux et le jeta contre les volets. Assez vite, il réalisa que ce genre de procédé ne fonctionnait que dans les films. Alors, il masqua son numéro et appela sur le portable de Suguru. Une fois, deux fois, ce n’est qu’à la quatrième tentative qu’il vit de la lumière dans la pièce visée. Alors, il jeta à nouveau des cailloux et les volets s’ouvrirent enfin.

 

« Suguru !

 

- Monsieur Nakano ? Que faites-vous ici.

 

- Ne bouge pas ! J’en ai pour cinq minutes. »

 

Il s’empressa de sortir la guitare de son étui et commença à jouer.

 

« Try to remember the kind of September, when life was slow and oh, so mellow. »

 

Fujisaki écoutait, gêné, d’autant qu’il y avait des bruits de pas dans le couloir. Sa mère frappa puis entra dans la chambre. Elle vint au balcon. Malgré ses promesses de s’occuper du grand rouquin hirsute, elle n’avait rien fait. C’était à son fils de régler ses histoires, mais l’occasion était rêvée pour intervenir.

 

« Monsieur Nakano ! Pour qui vous prenez-vous à déranger les gens à cette heure ? »

 

Le musicien ne répondit pas. Il continuerait jusqu’au bout.

 

« Monsieur Nakano ! Cessez ce vacarme ! Et toi, Suguru, couvre-toi et recouche-toi. N’encourage pas ce garçon inconstant.

 

- Mais, maman… »

 

La femme regarda son fils puis le musicien.

 

« Monsieur Nakano, partez ou j’appelle la police. »

 

Hiroshi termina le morceau malgré tout. Il avait choisi la sérénade et irait jusqu’au bout quitte à terminer au poste de police. Ça ne serait pas la première fois.

 

« Suguru ! Je t’aime et je ferai tout pour m’amender !

 

- Commencez donc par partir ! répondit madame Fujisaki.

 

- Je t’aime. Viens me voir quand tu rentres à Tokyo ! »

 

Il rangea sa guitare et enfourcha sa moto :

 

« Je t’aime ! »

 

Il envoya un baiser d’au revoir alors que la maîtresse de maison refermait les volets, et il roula toute la nuit jusqu’à chez lui où il arriva au petit matin.

 

OoOoOoOoOoO 

 

« Moshi moshi, répondit Hiroshi, essoufflé et trempé. Shu-chan ! Bonjour ! »

 

Il alla dans sa chambre et noua une serviette autour de sa taille.

 

« Oui, j’ai couru, je me douchais.

 

- Joyeux anniversaire mon Hiro-chan !

 

- Merci ! Tu es bien matinal, dis-moi. Tu as dormi sur le canapé, c’est pour ça ? gloussa le guitariste.

 

- Tu es moqueur ! J’ai mis le réveil pour être le premier !

 

- Tu es adorable, merci ! Alors cette semaine de repos ? Prêt à attaquer demain ?

 

- Oui ! Nous sommes allés à Obihiro, c’était très reposant. Et toi ?

 

- Je suis parti à Gotenda et Izu avec Sakura. D’ailleurs j’en ai une bonne à t’apprendre. J’ai laissé ma chatte à mon frère et quand je suis passé, il n’était pas seul. Il y avait Manami !

 

- Manami ????

 

- Oui, ils sortent ensemble apparemment. Enfin mon frère m’a dit que c’était pour… « infiltrer » le milieu. C’est sûr, elle peut peut-être le pistonner, dit-il en se roulant un joint qu’il alluma aussitôt en tirant longuement dessus. En attendant, toute mielleuse, elle m’a dit que je pouvais l’appeler « nee-chan. » La connerie n’a vraiment pas de limi… »

 

Une sonnerie à sa porte l’interrompit.

 

« Bouge pas, y a quelqu’un qui sonne. »

 

Sans une once de gêne, il ouvrit la porte en serviette, les cheveux mouillés, le joint à la bouche. Il resta stupéfait quelques secondes. Une goutte d’eau froide glissant le long de son dos jusqu’au creux de ses reins le sortit de sa torpeur.

 

« Je te rappelle, Shuichi », dit-il en refermant son téléphone.

 

« Bonjour, monsieur Nakano. »

 

Hiroshi s’écarta de la porte.

 

« Bonjour, Suguru. Entre, s’il te plaît, je… C’était Shuichi au téléphone… bredouilla-t-il, toujours un peu pris de court. Je… attends, je vais m’habiller. »

 

Le jeune homme s’éclipsa dans sa chambre et Suguru prit place sur le canapé. Immédiatement, Ikkyoku lui bondit sur les genoux et se frotta contre lui en ronronnant, réclamant des gratouilles que le garçon s’empressa de lui accorder. Hiroshi ne tarda pas à revenir, habillé, les cheveux encore humides. Il avait écrasé son joint dans le cendrier posé sur la petite table basse, mais son odeur flottait encore dans la pièce.

 

« Je suis venu parce que vous me l’avez demandé, déclara Suguru d’une voix posée qui ne trahissait rien de ses sentiments à l’égard de la sérénade. De quoi désirez-vous me parler, monsieur Nakano ? »

 

Ce dernier prit place sur une chaise, face au jeune garçon.

 

« Je… je tiens à m’excuser pour tout ce qui s’est passé et qui a amené notre rupture. J’ai agi comme un imbécile avec Manami. Je comprends parfaitement que tu te sois senti trahi, et j’ai mérité ta gifle. Seulement… seulement, je t’aime. J’ai pas envie que ça se termine comme ça, ce serait trop bête, et j’aimerais tant que tu me croies quand je te dis que je ne t’ai jamais trompé depuis que nous sommes ensemble… sauf cette fois-là. »

 

Suguru garda le silence, sans cesser de caresser Ikkyoku.

 

« Je ne sais plus quoi penser, monsieur Nakano… dit-il enfin.

 

- Tu sais, je ne suis pas aussi sérieux que toi. Ne te méprends pas, je ne veux pas dire que je suis volage, mais mon… flirt… avec Yukari, par exemple, ne tirait aucunement à conséquences pour moi. Je pensais que tu le savais, et que tu avais suffisamment confiance en moi, mais… je m’étais trompé. C’est pas facile pour moi non plus de savoir comment agir vis-à-vis de toi, Suguru. Les choses les plus innocentes prennent presque toujours des proportions dramatiques, expliqua le guitariste, bien décidé à présent à aller au fond des choses.

 

Je… je n’arrive jamais à savoir si vous plaisantez ou non, monsieur Nakano. Comme vous venez de le dire, nous sommes différents… Je sais bien que je suis trop jaloux, mais c’est parce que j’ai peur de ne pas être à la hauteur… parce que je vous aime tant… murmura Suguru d’une voix tremblante. Et c’est bien la vérité, puisque vous m’avez préféré même cette coureuse de Manami ! »

 

C’était là une blessure encore à vif dans son cœur et son amour-propre, et la preuve, si besoin en était, qu’il ne pourrait jamais rivaliser avec une fille.

 

« Non, c’est faux. Toi, je t’aime. Elle… Tu crois vraiment que j’irais sous sa fenêtre lui chanter quelque chose ? Je voudrais tant que tu me croies, Sunshine, et que tu me fasses confiance. Il n’y a que toi qui comptes… et je voudrais que tu me laisses te le prouver. »

 

Ikkyoku bondit des genoux de Suguru et se roula en boule sur un coussin, lasse de cette discussion inintéressante au possible ; les humains étaient décidément bien compliqués !

 

Hiroshi s’assit à côté du claviériste et lui effleura la joue.

 

« Je t’aime tel que tu es, Ni-chan, avec tes défauts et tes immenses qualités. Ne te préoccupe pas des autres, toi seul compte à mes yeux et… je serai le plus heureux du monde si tu acceptes d’oublier ce qui s’est passé. Tu veux bien ? »

 

Suguru hocha lentement la tête, noyé au fond des yeux gris plantés dans les siens.

 

« Mais… monsieur Nakano… Je ne peux pas garantir que je ne serai plus jamais jaloux, souffla-t-il, juste avant qu’Hiroshi pose ses lèvres sur les siennes et ne le fasse taire.

 

- Je crois bien que c’est le plus beau cadeau d’anniversaire que je pouvais recevoir aujourd’hui, répondit le guitariste une fois qu’ils se furent séparés. Merci, Sunshine. »

 

Suguru lui sourit et se serra tout contre lui.

 

« Je vous aime monsieur… non, Nakano. Je… moi aussi je vais faire des efforts. Je ne veux pas vous perdre à cause de ma jalousie.

 

- Hm. Tu dis ça, mais à la première fille qui va me demander l’heure dans la rue tu vas me faire une scène, avoue ! dit Hiroshi d’un ton taquin, considérablement détendu tout à coup, et tellement heureux de sentir entre ses bras la petite silhouette familière qui lui avait tant manqué.

 

- Au fait, Nakano… vous ne m’avez rien offert pour mon anniversaire, fit remarquer Suguru au bout d’un moment.

 

- Ah ! Euh, c’est vrai qu’on était en plein milieu de ce jeu débile et…

 

- Hé bien, vous pourriez me cuisiner un bon repas, maintenant que vous savez faire la cuisine. Et vous connaissez mes goûts, dit le claviériste d’un ton léger.

 

- Euh, mais je n’ai presque rien dans mon frigo, et puis c’est mon anniversaire aujourd’hui, que je sache !

 

- Ne vous en faites pas. Vous aurez vous aussi cadeau mais… après le repas.

 

Bon, très bien. Va pour un repas ce soir, mais il va falloir que j’aille faire des courses… Un shake teriyaki, ça te dit ? »

 

Un large sourire illumina le visage de Suguru, et le jeune homme songea qu’il n’était pas si difficile de faire plaisir à son petit ami… en fin de compte.

 

OoOoOoOoOoO 

 

« … et donc, on a décidé de nous remettre ensemble. D’ailleurs il ne va pas tarder à arriver, dit Hiroshi en consultant sa montre.

 

- Oh, je te laisse alors. Bonne soirée, Hiyoko-chan !

 

- Toi aussi, maman. Je t’embrasse. »

 

Hiroshi couva la table d’un regard de fierté ; cette fois, Suguru ne pourrait pas lui reprocher de lui mentir sur ses talents culinaires, il avait tout préparé lui-même, et même si l’ensemble n’était pas esthétiquement irréprochable, tout était mangeable… du moins il l’espérait.

 

Après avoir scellé leur réconciliation, les deux garçons avaient passé un long moment à discuter.  Ils étaient ensuite sortis déjeuner dans un fast-food, puis avaient passé un petit moment à se promener, profitant de leur dernier jour de congé. Pour la première fois ils avaient évoqué les huit semaines passées dans la Maison, et avaient ri au souvenir de certaines anecdotes. Enfin, ils s’étaient séparés aux environs de 16 heures, Hiroshi était allé acheter de quoi préparer le repas et Suguru était rentré chez lui afin de préparer la reprise du lendemain, promettant de revenir sur le coup de 19h30. Effectivement, à 19H35, il sonna à la porte.

 

« Re-bonjour, mon petit cœur, l’accueillit son petit ami en l’embrassant.

 

- Hmm ! Ça sent bon ! s’écria Suguru, alléché. Où avez-vous caché la note du traiteur ?

 

- Attends d’y avoir goûté avant de me féliciter, rit Hiroshi. Mais je dois reconnaître que ce séjour infernal aura au moins eu le mérite de m’apprendre à cuisiner ! »

 

Et, en effet, le repas fut tout à fait honorable, avec une mention spéciale au shake teriyaki, particulièrement savoureux. En dessert, le jeune homme déposa sur la table un gâteau au chocolat orné de deux bougies.

 

« Une pour chacun, expliqua-t-il. Mais j’avoue… le gâteau vient d’une pâtisserie.

 

- Ça ne fait rien. Et votre attention me touche beaucoup, dit Suguru en l’embrassant à nouveau après n’avoir pu s’empêcher de goûter au gâteau, et ce baiser chocolaté raviva immédiatement le souvenir de leur toute première étreinte.

 

- Et mon cadeau ? réclama Hiroshi avec une impatience feinte.

 

- Une fois que nous aurons fini le dessert, répondit son petit ami en piquant délicatement un morceau de gâteau du bout de sa fourchette.

 

- Tu finiras obèse et diabétique, rit Hiroshi en essuyant une trace de chocolat sur sa lèvre supérieure.

 

- Mais vous m’avez dit que vous m’aimiez tel que je suis, n’est-ce pas ? Alors autant vous y faire dès maintenant. »

 

Le guitariste sourit. Son petit Ni-chan lui avait manqué, avec son caractère bien trempé, et il espérait que, désormais, il parviendrait à se comporter de manière moins rigide… Un vœu pieux en cette soirée d’anniversaire ?

 

« Voilà, maintenant il est temps que je vous offre mon cadeau. Je peux changer de musique ?

 

- Oui, bien sûr… Hiroshi se leva et débarrassa la table des assiettes vides, un peu curieux.

 

- Maintenant, Nakano, asseyez-vous et regardez. »

 

Suguru sélectionna une chanson puis se plaça au centre du petit salon et, à son immense surprise, Hiroshi reconnut les premières notes de 9 semaines et demi. Mais son étonnement ne connut plus de bornes quand son petit ami entama une danse lente et aguicheuse au son des paroles de Joe Cocker.

 

Un strip-tease… Alors ça, j’en reviens pas !

 

Mais cette fois, Suguru agissait sans l’influence de stimulant d’aucune sorte et force était de constater qu’il s’en sortait extrêmement bien. Après s’être débarrassé de son tee-shirt, et avoir ôté sa ceinture tout en se déhanchant lascivement, le jeune garçon tira quelque chose de sa poche et le lança à son spectateur qui découvrit avec une stupéfaction redoublée un étui de préservatifs… parfum chocolat. Ainsi, Suguru n’était pas rentrée tout droit chez lui comme il l’avait prétendu !

 

Mais arrivé à ce stade de la soirée, il ne s’agissait vraiment que d’un détail trivial car la chanson touchait à sa fin et, d’un geste vif, Suguru fit voler son boxer et acheva son strip-tease en tenue d’Adam juste devant Hiroshi qui était vraiment très à l’étroit dans son jean.

 

« Joyeux anniversaire, susurra le petit claviériste avec un clin d’œil, et son petit ami, incapable de se retenir davantage, se mit debout d’un bond et se jeta sur lui.

 

- Oh toi… tu vas voir ! » gronda-t-il en soulevant le garçon de terre et en l’entraînant sans attendre dans la chambre.

 

Ikkyoku leva la tête et regarda en direction de la chambre d’où provenaient des éclats de rire puis se remit en boule au milieu des coussins. Elle avait beau adorer son humain de compagnie, il fallait reconnaître qu’il était particulièrement bruyant depuis l’arrivée de l’autre petit personnage, et quelque chose lui disait que c’était loin d’être fini.

 

ÉPILOGUE

 

Tohma reposa sur son bureau les feuilles qu’il avait à la main et leva les yeux vers Sakano.

 

« Le single commun des Bad Luck et des Bloody Jezabel se vend très bien, et les ventes des albums de chacun des deux groupes ont fait un bond, commenta-t-il en désignant les feuilles de la main. C’est une très bonne chose, même si, pour tout vous dire, ce n’est pas vraiment une surprise pour moi.

 

- Tout de même, monsieur le Directeur, vous auriez pu obtenir l’effet inverse ! Je veux dire… Pop Academy n’était pas une émission musicale classique et…

 

- Allons, Sakano, l’interrompit Tohma avec un petit sourire, pensez-vous réellement que je ne savais pas ce que je faisais en choisissant ces deux groupes ? Les Bad Luck sont populaires, quoi qu’ils fassent, même les pires pitreries, se traduit par une hausse des ventes. Il était donc impensable que je me passe d’eux. Pour les filles, c’était autre chose… »

 

Sakano attendit la suite, admiratif. Le directeur de N-G Productions ne cessait de l’émerveiller, chaque fois qu’il croyait entrevoir une part de hasard dans l’un ou l’autre de ses agissements… il se trompait.

 

« Voyez-vous, les Bloody Jezabel ont changé de maison de production et signé chez N-G peu de temps avant le lancement de l’émission. Et bien qu’il se soit agi d’un bon groupe, j’ai estimé qu’un petit coup de pouce ne pourrait pas leur faire de mal… Comme vous pouvez le constater, elles ont remporté la partie et vont de ce fait bénéficier d’une campagne de promotion intensive qui va sans nul doute faire s’envoler les ventes, expliqua Tohma.

 

- Mais… monsieur le Directeur… Vous voulez dire que… Vous avez fait exprès de les faire gagner ?

 

- Disons que… le montage de l’émission a été orienté en ce sens. Au point où ils en sont, les Bad Luck n’ont plus besoin de coup de pouce. Et, à mon sens, les Bloody Jezabel répondent plus aux attentes du marché Nord-Américain. L’avenir ne devrait pas tarder à nous dire si j’ai eu tort ou raison. »

 

Cependant, le sourire satisfait qu’il affichait signifiait clairement qu’il connaissait déjà la réponse. D’ailleurs, il ne se priva pas d’ajouter :

 

Mais vous savez, Sakano… Je ne me trompe pas souvent. Et dites-moi… Vous connaissez l’émission l’Ile de la Tentation ? Vous savez celle où on teste la fidélité des couples. Je me demande si…»

 

FIN 

 

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