CHAPITRE V

 

Jour 6 – Lendemain du Prime


« Salut Niwatori !


- Oh ! Hiyoko-chan ! Comment vas-tu mon bébé ? » demanda une voix féminine à l’autre bout du combiné.

« Bah… tu as vu le prime ?


- Oui… souffla la voix féminine un peu abattue. En tout cas, vous étiez tous les trois très sexy hier soir ! Ça les change Shindo et Fujisaki !


- Oui, c’est vrai ! »


Un petit silence s’abattit et la femme au bout du téléphone reprit :


« Ni-san ne te manque pas trop ?


- Si, bien sûr. J’aimerais bien passer du temps avec. Encore sept longues semaines… Yuji-nii va bien ? demanda Nakano en changeant de sujet.


- Oui, il t’embrasse ! Je vais parfois chez lui après les cours pour regarder l’émission. Elle est vraiment adorable Sakura !


- Et mon petit chat, comment il va ? Yuji-nii la nourrit correctement ?


- Ne t’inquiète pas ! En parlant de manger, elle a dévoré le dîner de ton frère. Il avait sorti le poisson et le temps qu’il réponde au téléphone, elle avait déjà le nez dedans ! Il était furieux et du coup il a mangé des nouilles instantanées au lieu de sashimi au saumon. »


Hiroshi rit de bon coeur. Oui sa petite chatte était voleuse et il avait peut-être oublié de le dire à son frère aîné.


« Dis je ne t’appellerai pas demain, je laisse ma minute à Shu, il ne va pas très bien.


- Pas de problème, Hiyoko-chan.


- Il me reste trois secondes !
I love you !


- Je t’aime aussi !


- I love you ! »


Hiroshi raccrocha mais ne sortit pas tout de suite de la pièce réservée au téléphone. Les musiciens disposaient d’une minute quotidienne et même si le guitariste n’était pas dans la pièce quand Shuichi téléphonait, il mettrait sans hésiter ses deux mains à couper que c’était le seul moment de bonheur du chanteur car si Eiri n’était pas venu au Prime, il répondait toujours aux appels de son petit ami.


On toqua à la porte.


« Tu as fini, Nakano ? »


Yukari… songea Hiroshi en se levant et en ouvrant la porte.


La jeune fille, vêtue de son petit bikini bordeaux et d’un paréo assorti, se frotta à lui comme si la pièce n’était qu’un couloir exigu et que deux personnes ne pouvaient pas s’y tenir sans se coller.


« Je vais téléphoner à mon frère, ronronna-t-elle. Mais après on peut se baigner tous les deux ? »


Aujourd’hui, lendemain du Prime, pas de répétitions, programme de la semaine inconnu donc temps libre pour les huit jeunes artistes.


« On verra », répondit-il en quittant la pièce.


Depuis le début du jeu, la jeune bassiste draguait le guitariste et les hypothèses sur les refus du garçon foisonnaient, des plus neutres – il avait une petite amie et voulait rester fidèle – aux plus méchantes : il était soit gay, soit impuissant ou encore porteur d’une maladie sexuellement transmissible, voire les trois à la fois dans les pires scénarii. Sur les forums de discussions, fans et détracteurs s’entredéchiraient et le mystérieux ou la mystérieuse « Ni-san » avait relancé le débat de plus belle.


L’après-midi s’écoula lentement dans la Maison, trop lentement même. Chacun des habitants avaient ses petites habitudes et là tout était ennuyeux. Mao et Fumie bavardaient au bord de la piscine, Nana boudait dans son coin, Yukari bronzait ostensiblement topless, Miki soupirait amoureusement en regardant Suguru et guettait le départ de Nakano pour prendre sa place. Les deux musiciens étaient sur la balancelle de la véranda et Shuichi dormait, le cœur brisé, sur le canapé du salon.


L’après-midi déclinait quand la voix de Takeshi ordonna aux habitants de se regrouper au salon :


« Alors, bon week-end ?


- Super ! gloussa Miki.


- Miki, tu étais très mutine avec tes couettes hier soir, je ne comprends pas que le petit Fujisaki ne soit pas venu jouer avec !


- Il est timide et il faut le temps de nous connaître d’abord, répondit Miki avec un petit sourire énamouré au claviériste des Bad Luck.


- Espérons qu’il ne tarde pas trop sinon c’est moi qui viendrai te kidnapper ! Un peu de sérieux. L’emploi du temps de la semaine prochaine a changé, poursuivit Takeshi, abandonnant sa voix complice et coquine pour un ton grave. Comme mademoiselle Kobayashi vous l’a expliqué, il va falloir gagner le droit d’utiliser le studio par des défis. Les Bad Luck ont perdu celui du Prime par une note de 12,25 contre l’excellent résultat des Bloody Jezabel de 16,6. Les filles gagnent une heure supplémentaire et leur nouvel horaire est de 13h30 à 17h30. Les Bad luck, eux, perdent une heure et répèteront de 10 heures à 12 heures. »


Un frisson parcourut la colonne vertébrale d’Hirochi.


« Quoi ?? on n’a que deux heures de répétitions par jour ? glapit Fujisaki.


- Deux heures par jour c’est insuffisant ! surenchérit Nakano.


- Justement ! La production laisse au groupe perdant des chances de regagner l’heure perdue et cette semaine, le gage s’adresse au chanteur des Bad Luck. »


Shuichi, qui avait été réveillé par la voix de Takeshi, regarda, étonné, les participants.


« Shindo, tu devras cuisiner des tempura sobas au dîner de demain. Aucun participant ne l’aidera et cela sera le seul repas servi pour le soir. »


Le chanteur se leva en brandissant son poing vers la caméra.


« C’est trop facile ! Je suis le roi des sobas instantanées.


- Non… Tu devras même cuisiner les pâtes. »


Les trois garçons pâlirent et Shuichi se rassit.


« Demain on te livrera les ingrédients nécessaires et si tu veux que les pâtes aient le temps de sécher, ne te lève pas trop tard.


-  Mais j’en ai jamais fait ! se plaignit Shindo.


- Il est temps d’apprendre ! Sur ce, bonne fin de journée ! »


La connexion avec Takeshi coupée, Fujisaki se leva et se planta devant Shindo :


« Vous avez intérêt à réussir. Déjà que nous sommes réduits à deux heures de répétitions par votre faute mais si en plus nous sautons un repas, cela se passera mal, monsieur Shindo !


- J’assure en cuisine ! Yuki m’a tout appris !


- J’imagine… Je me rappelle du poisson à la framboise… Alors faites mieux !


- Tu me prends pour qui ! Je ferai honneur au groupe ! » s’exclama Shuichi, de nouveau dynamique… mais pour combien de temps ?


Pas très longtemps visiblement puisque la soirée se poursuivit de façon morose pour les Bad Luck.


Jour 7 – 2ème semaine


Conscient du poids qui pesait sur ses épaules, Shuichi avait réglé son réveil à 6 heures mais il ne se leva que vers 8h30. Un peu affolé, il courut à la cuisine et inspira un grand coup. Yuki son bien-aimé faisait lui aussi ses propres pâtes au sarrasin alors lui aussi il y arriverait et l’écrivain serait fier !


Il versa la farine dans un bol et ajouta du sel. Jusque là, tout allait bien mais à peine ajouta-t-il l’eau que les ennuis commencèrent. En remarquant qu’il y en avait trop peu, il en rajouta deux grands verres. Cette fois la pâte était trop liquide alors il rajouta de la farine. Quand il voulut la pétrir, il s’en mit plein les doigts alors il abandonna la préparation pour se nettoyer et quand il revint la pâte était dure comme de la pierre. Il recommença trois fois pour aboutir à une pâte relativement homogène. Fujisaki et Nakano le découvrirent plein de pâte dans les cheveux mais fier. Sur la table trônait un plateau sur lequel trois lamelles énormes de pâtes se couraient après.  


« Mais… tu as aplati la pâte ? demanda Hiroshi en regardant le rouleau à pâtisserie propre.


- Il fallait ? »


Avant que son ami puisse répondre, Shuichi écrasa les lamelles et s’empressa de les mettre dans le four :


« C’est pour faire une surprise aux filles ce soir, confia l’apprenti cuisinier.


- Ah ça, elles vont être surprises, grinça Suguru en avalant son café. Dépêchez-vous de vous habiller. Nous n’avons que deux heures pour répéter. »


Hiroshi souffla et changea de sujet. Il se demandait quel titre des filles ils allaient devoir interpréter pour le prochain prime. Réponse qu’ils trouvèrent dans le studio. Les partitions de Your blood, your breathe reposaient sur le piano. Ils s’accordèrent pour jouer le morceau avant de commencer la  réécriture. Bien entendu le groupe n’avait ni basse ni batterie mais ils retrouvèrent l’air global de la chanson, Hiroshi et Suguru remerciant les Kamis de ne pas avoir à chanter de telles paroles ; le concerné fredonna.


Les deux heures accordées passèrent beaucoup trop vite et sitôt le déjeuner achevé ils s’attaquèrent à la réécriture du morceau.


Encore une journée qui s’écoula laborieusement mais aucun des garçons n’attendait vraiment la fin de cette journée. Un peu tendu, Shuichi réétablit ses quartiers dans la cuisine, sous l’œil effrayé de ses deux compagnons.


Le nettoyage des crevettes se déroula sans anicroche, le drame arriva avec le poireau. Victime d’une maladresse chronique pour le découpage, Shuichi se coupa la main à plusieurs endroits alors que le poireau était lui intact.


« Bon, je le mettrais entier dans le bouillon ! conclut-il. Maintenant on va faire bouillir les sobas ! »


Plein d’énergie il remplit la casserole d’eau et une fois à ébullition, il y jeta ses pâtes.  

« Maintenant, la pâte à tempura ! » s’exclama-t-il, galvanisé par le soutien silencieux de son meilleur ami.


Il cassa un œuf dans le saladier et le battit après avoir ajouté de l’eau et de la farine. Il rajouta les glaçons et dans une autre casserole mit du dashi qu’il porta à ébullition.


Il alluma un troisième wok et le drame arriva en même temps que l’arrivée des filles dans la cuisine, fredonnant juste pour provoquer leurs rivaux Spicy marmalade, le titre qu’elles devaient réinterpréter.

Dans un excès de zèle, il trempa toutes les crevettes dans la tempura, et même le poireau, puis jeta le tout dans le wok bouillant. Des éclaboussures d’huile chaude le brûlèrent aux mains et aux avant-bras ; en voulant se dégager, il faillit renverser la casserole dans laquelle les sobas cuisaient mais celle-ci déborda à force de bouillir. Il retira la casserole avec les pâtes et oublia le wok avec les crevettes qui brûlaient elles aussi. Des flammes s’élevèrent. Il posa la casserole de pâtes sur la première chose venue - un sac plastique qui fondit – et aspergea le wok d’eau, le déséquilibrant. Le contenu se renversa sur le sol et l’huile sur le plan de travail s’enflamma.


« Les plaques ! hurla Mao.


- Éteins les plaques, Shu ! »


Voulant tout gérer, Shuichi repoussa quiconque s’approchait et sursauta quand une pluie - ? – tomba dans la cuisine. Il avait déclenché les extincteurs.


La voix familière de Takeshi annonça le verdict :


« Pari perdu. »

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Niwatori / Hiyoko-chan : « Poulette » et « poussin »

Dashi : bouillon de poule

 

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