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CHAPITRE IX
Ce seul chocolat suffit à illustrer les théories aztèques selon lesquelles le cacao était un stimulant. Grisé par le baiser chocolaté, Hiroshi s’embrasa et laissa déferler sa passion contenue depuis trop de temps. Il enleva le pull vert sapin de l’autre garçon.
« Mais… hoqueta Suguru.
- Je vais te dire un secret, haleta Hiroshi. Je n’aime pas tant que ça le vert. C’était une erreur. Je préfère le rouge », susurra-t-il en mordillant le lobe tendre du jeune pianiste.
Le lycéen ne comprit pas cette remarque mais il s’en fichait. Vert, rouge, qu’importe ? Il voyait la vie en rose en ce moment et c’était le principal.
« Hi… Hiroshi », gémit-il.
Le guitariste frémit. C’est la première fois qu’il l’appelait par son prénom. C’était si inhabituel pour lui de recevoir ses sentiments en retour. Oh, il avait bien flirté avec une fille ou deux avant de s’éprendre de Mineko mais il avait plus été question de découverte de l’autre que de sentiments. Et même avec ces filles, il n’était jamais allé aussi loin qu’avec Suguru.
Enhardi par l’abandon de ce dernier, il osa pour la première fois découvrir le frêle corps de ses vêtements. Il fit sauter les boutons de la chemise un à un, pantelant. Il laissa sa main courir sur la peau satinée du jeune garçon et l’enlaça pour un autre baiser passionné.
Les deux se laissèrent posséder et Suguru ne broncha pas quand l’autre garçon l’allongea sur le sol. Il poussa toutefois un petit cri de saisissement quand il sentit Nakano réagir à ce contact. Nonobstant l’ardeur d’Hiroshi, il avait confiance et savait qu’il ne franchirait pas certaines limites. Il sourit car la longue chevelure rousse lui faisait l’effet d’une longue pluie soyeuse et le chatouillait légèrement.
Ils restèrent plusieurs minutes à même le sol quand des pas lents mais réguliers se firent entendre.
« Tsuyoshi », murmura Hiroshi en se redressant, les yeux brillants et les joues rosies.
Fujisaki referma sa chemise à la hâte, son visage trahissant aussi son excitation. Jusqu’où seraient-ils allés si la domestique ne les avait pas interrompus ?
« Nous devrions aller dans la salle de musique », s’exclama-t-il en se levant.
Son ami l’imita et Hiroshi demanda de faire un détour par sa chambre :
« Non ! Pas pour… Je veux juste prendre quelque chose. »
Suguru l’attendit sur le seuil et, alors qu’il avait repris un peu de consistance, il rougit à la vue du paquet que Nakano lui présenta.
« Tu aimes le chocolat alors… Ça aurait été dommage de se priver.
- Vous… Vous n’auriez pas dû, dit Suguru en découvrant un assortiment de chocolats en forme de cœur de chez Neuhaus, un chocolatier Belge réputé dans le monde entier.
- Je… je ne les ai pas faits mais promis, l’année prochaine je m’y colle.
- Merci Naka… Hiroshi.
- Ne reste pas planté là, ça ferait louche. »
Ils se rendirent en silence dans la salle de musique, Suguru serrant son précieux cadeau contre lui.
La leçon se passa sans anicroche. Le jeu d’Hiroshi était plus fluide et moins hésitant.
Sa fiancée va aimer, songea le jeune garçon, amer.
« Alors, qu’en dis-tu ? » l’interrogea Nakano.
Et voilà, il n’avait rien suivi et ne savait pas quoi répondre.
« Je te disais que ce soir nous pourrions dîner ensemble et…
- Non », le coupa Fujisaki, un peu sec.
L’adolescent réalisa que son ton avait trahi ses pensées.
« Je veux dire que… que mon cousin avait prévu quelque chose ce soir et… et je dois y aller, mentit-il, adouci.
- Partons alors. Mais je te raccompagne quand même ! »
Quand il s’engouffra dans le hall de l’immeuble, il n’eut pas le courage de se retourner saluer Hiroshi de la main comme il le faisait à chaque fois. Pourquoi se dérobait-il ? Pourquoi se sentait-il pris au piège ? Les dents de la jalousie se resserraient sur lui et l’angoissaient. Comme son retour à Kyoto qui approchait dangereusement. Sa raison lui hurlait de se détacher du guitariste mais c’était trop tard. Quoi qu’il fasse à présent, il souffrirait. Oui, il était piégé.
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La semaine fut chargée pour les deux garçons et même s’ils déjeunaient ensemble, ils n’étaient guère en privé. Le mercredi, Hiroshi l’appela et lui demanda de lui réserver sa soirée du lendemain.
« Je ne crois pas que cela soit raisonnable que l’on soit seuls chez vous, dit Suguru en se rappelant leur étreinte chez les Nakano.
- On ne sera pas chez moi, ne t’inquiète pas.
- Ah ? Où allons-nous ? demanda Fujisaki, sa curiosité piquée au vif.
- Dis-moi juste « oui », supplia Hiroshi en murmurant.
- Oui, souffla le lycéen, vaincu une fois de plus par le charme de l’autre garçon.
- À demain, alors. »
Le lendemain soir, ils se retrouvèrent dans le hall de N-G et quand Suguru enlaça le motard, il soupira d’aise : sa chaleur lui avait manqué et la retrouver le remplissait de bien-être.
Ce qu’il n’avait pas prévu, c’est que le trajet soit aussi long. Ils roulèrent pendant une bonne heure à vive allure jusqu’à la péninsule de Choshi.
« Pourquoi sommes-nous ici ?
- Pourquoi pas ? Tokyo est tellement surfaite qu’un dîner au bord de la plage change, non ?
- Pourquoi faites-vous tout ça ? interrogea Suguru.
- Pourquoi poses-tu autant de questions ? se moqua gentiment Hiroshi. Apprécie le moment présent, c’est ce qui compte, dit-il en l’enlaçant. Suguru, je… »
Le lycéen se blottit contre lui, suspendu à ses lèvres.
« Je… je suis bien avec toi. »
Lui dire qu’il l’aimait sonnait indécent. Mineko ne semblait avoir rien dit à ses parents. Que préparait-elle ? Dans le doute, il devait ménager Fujisaki et ne pas dire les choses trop rapidement.
« Je vous aime aussi », traduisit Suguru en l’embrassant.
Ils longèrent la grève déserte avant de choisir un restaurant sur la plage. Au retour, la mer grise recrachait son écume sur le sable, léchant les pieds dénudés d’Hiroshi. Main dans la main, les deux silhouettes se fondirent dans la nuit.
Cette escapade au bord de la mer avait insufflé une nouvelle force au couple mais le destin les rattrapa quand un appel changea la donne.
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« Je pense que nous pouvons envisager l’enregistrement du Prélude opus 3 n°2 de Rachmaninov d’ici la fin de la semaine. Tu as très bien travaillé, Suguru. Vite et bien. Mais je n’en attendais pas moins de ta part. »
Tohma Seguchi dédia un grand sourire à son jeune cousin qui était assis face à lui, de l’autre côté de son large bureau.
« Une fois ceci fait tu pourras rentrer à Kyoto. Je te tiendrai au courant de la sortie du CD, ne t’en fais pas.
- Cette expérience m’aura beaucoup apporté, dit Suguru en inclinant la tête. J’espère aussi en retirer des gratifications autres que… financières. La reconnaissance professionnelle n’est pas toujours aisée à obtenir.
- En effet, mais je ne me fais pas vraiment de soucis pour toi. Tu es encore jeune mais tu m’as l’air bien parti pour atteindre les objectifs que tu t’es fixés. » Le directeur de N-G Productions consulta son agenda du regard, signifiant par là qu’il en avait terminé.
« Je ne te retiens pas davantage, tu peux retourner travailler. Ce n’est pas parce que cet enregistrement sera le dernier qu’il doit être moins bon que les autres, n’est-ce pas ?
- Il ne le sera pas, rétorqua Suguru avec un petit mouvement de tête d’orgueil provoqué. Je vous souhaite une bonne journée, monsieur Seguchi.
- À toi aussi, Suguru. À ce soir. »
Tohma demeura un court instant les yeux rivés sur la porte qui venait de se refermer sur son cousin. Il se souvenait avoir été pareil à son âge, appliqué et ambitieux. Mais un peu moins guindé, tout de même, songea-t-il avec un petit sourire.
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Le Prélude en do dièse mineur était l’un des morceaux de piano les plus connus de Rachmaninov, et bien que n’étant pas l’un des plus difficiles, il requérait une technique sans faille. Suguru l’avait beaucoup travaillé, et s’il parvenait à présent à le jouer sans problèmes, il n’en vit pas moins arriver la pause de midi avec soulagement.
Une semaine s’était écoulée depuis leur soirée à Choshi et le mois de février touchait à sa fin, tout comme son séjour à Tokyo. Une fois l’enregistrement achevé – vendredi, samedi matin au plus tard – il n’aurait plus aucune raison de rester ici et s’en retournerait à Kyoto, et il n’avait pas la moindre idée de quand il aurait l’occasion de revoir son petit ami. Le repas de midi était devenu pour eux un instant privilégié, même s’ils ne pouvaient bien évidemment rien laisser paraître de leur relation.
Le jeune garçon se rendit à la cafétéria mais aucun des membres de Bad Luck n’était encore arrivé. Il attendit un peu, mais Hiroshi pas plus que Shuichi ne se montra. Peut-être avaient-ils trop de travail pour quitter le studio ? Mais dans ce cas le guitariste lui aurait sans doute envoyé un message en cours de matinée…
Suguru hésita à appeler puis décida de n’en rien faire. Hiroshi avait sans doute une bonne raison de ne pas être là. Déçu, il s’installa à une table, dans un coin, et se mit sans entrain à son repas.
« … Espérons que cela ne compromettra pas la préparation de la tournée du mois prochain ! Nakano n’a toujours pas rappelé », gémit quelqu’un dans son dos. Le pianiste tressaillit et se retourna vivement vers la personne qui venait de parler et qu’il reconnut comme étant Sakano, l’hyperanxieux producteur de Bad Luck.
« Hé bien, je le comprends un peu, répondit son compagnon qui n’était autre que K, leur « manager déjanté » comme l’avait qualifié Hiroshi. Ça avait l’air grave, après tout. Je pense que nous en saurons plus ce soir. »
Tous deux passèrent sans le voir auprès de Suguru qui paraissait pétrifié sur sa chaise et gagnèrent un autre coin du réfectoire.
Incapable soudain d’avaler quoi que ce soit, l’estomac noué par l’inquiétude, le lycéen fourra son bentô dans son sac et quitta précipitamment la grande salle. Aussitôt dehors, il composa le numéro de son petit ami.
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Le téléphone vibrait contre sa cuisse mais Hiroshi ne fit pas un geste pour décrocher, ni même pour voir de qui il s’agissait. Cela faisait un peu plus de deux heures qu’il attendait dans cette petite salle aux murs blancs et il avait l’impression que le temps s’était arrêté depuis qu’il avait reçu cet appel, un peu plus tôt dans la journée.
Dans sa tête repassait en boucle la voix affolée de sa mère : « Hiroshi ! Il est arrivé quelque chose de très grave ! Mineko a… Elle a essayé de se suicider !
- Où es-tu ? J’arrive », avait-il simplement répondu d’une voix neutre, sans que son visage ne laisse rien paraître du choc terrible qu’il venait de recevoir. Il avait quitté la répétition sur quelques paroles qui en révélaient le moins possible et avait aussitôt foncé à l’hôpital universitaire dans lequel sa fiancée avait été transportée.
Sa mère l’y attendait, ainsi que celle de Mineko. Il avait pris des nouvelles à voix basse mais aucune des deux femmes ne savait rien sur l’état de santé de la jeune fille. Quant à expliquer son geste…
« Elle a pris des somnifères, expliqua madame Toshikasu d’une voix étranglée. Nous… Mon mari et moi savions qu’elle avait beaucoup souffert de la rupture de ses fiançailles avec Yuji mais… Elle avait l’air d’aller mieux ces dernier temps… Je ne comprends pas ce qui a pu la pousser à faire ça ! »
Hiroshi, lui, comprenait très bien. Mineko avait fait une dépression après le départ de Yuji. Jamais elle n’était parvenue à admettre qu’il l’avait abandonnée, et même si elle n’avait rien dit, elle avait mal accepté Hiroshi comme remplaçant. Puis elle avait appris qu’il la trompait – il avait même admis la chose sans presque se troubler – et la dispute, le soir du 14 février, avait été la goutte d’eau pour la jeune fille. Oui, il comprenait parfaitement… et il était allé beaucoup trop loin.
Mineko non plus n’a rien demandé dans ce mariage. C’est Yuji qu’elle aime et il est parti comme un lâche. Je ne peux pas continuer avec Suguru. Si elle… si elle s’en remet… Je ne peux pas continuer à la tromper.
L’attente se traîna, interminable, jusqu’à ce qu’enfin un médecin annonce que la jeune fille était hors de danger, mais encore très affaiblie.
« Vous pouvez aller la voir, mais ne vous attendez pas à ce qu’elle vous parle. Elle a été très éprouvée, il va lui falloir un peu de temps pour s’en remettre. »
Le jeune homme hésita à suivre sa mère et sa belle-mère. Il était en partie responsable du geste de sa fiancée et sa culpabilité l’étouffait. Pire encore, Mineko ne voulait certainement pas de lui à ses côtés dans un instant pareil… Il finit par entrer, la gorge nouée, et avança lentement vers le lit. La jeune fille paraissait dormir, les traits creusés et le visage d’une pâleur livide. Le cœur battant, il déposa un baiser sur son front puis battit en retraite au fond de la chambre.
Il ne pouvait pas continuer comme ça.
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Le lendemain, à la pause déjeuner, c’est avec un soulagement incommensurable que Suguru vit qu’Hiroshi était revenu. Il n’avait répondu ni à ses messages ni à ses appels ; mais il était là, et il sentit l’étau qui lui comprimait le cœur depuis la veille se desserrer considérablement.
« Monsieur Nakano ! Comment allez-vous ? J’ai… j’ai appris qu’il vous était arrivé quelque chose hier ? » demanda-t-il sans préambule. Hiroshi se contenta de lui renvoyer un regard neutre et déclara platement :
« Bonjour, Fujisaki. Oui, Mineko a… Elle a eu un malaise hier matin et je suis parti en catastrophe à l’hôpital.
- Un malaise ? Oh… Rien de grave, j’espère ?
- Non. Elle va mieux, mais elle va rester quelques jours à l’hôpital. Je… je préfère ne pas en parler, si ça ne vous fait rien. »
Suguru acquiesça, un peu surpris par la froideur du guitariste, mais il la mit sur le compte de l’inquiétude. Lui aussi aurait certainement réagi de la même manière, à sa place.
Hiroshi ne se départit pas d’un air préoccupé tout au long du repas, si bien que le pianiste ne savait pas s’il devait annoncer que l’enregistrement du Prélude était prévu pour le vendredi et qu’il repartait à Kyoto le samedi, en fin d’après-midi. Ceci lui paraissait soudain déplacé, compte tenu des circonstances. Il finit cependant par le dire, et si Shuichi le félicita tout en lui souhaitant de vendre « des millions d’albums », le manque de réaction de son petit ami l’inquiéta. Cet Hiroshi-là n’était pas celui qu’il connaissait – mais que connaissait-il de lui, en fin de compte ?
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Les deux garçons n’eurent pas l’occasion de se voir seul à seul les jours qui suivirent, et Hiroshi semblait toujours aussi préoccupé. L’enregistrement achevé, le départ de Suguru était imminent et c’est avec un net soulagement que le jeune garçon reçut le vendredi soir un appel de son petit ami qui s’excusa de son manque d’attention des jours précédents et lui proposa un rendez-vous en début d’après-midi dans un petit café du quartier de Shinbashi.
Même s’il faisait moins mauvais en cette fin du mois de février, l’air était toujours vif et piquant et Suguru s’engouffra frileusement dans le petit établissement. La moto était un moyen de locomotion rapide et maniable mais fort mal chauffé !
Ils burent leur consommation en silence et le pianiste se sentait quelque peu oppressé. À dire vrai, il ne savait pas vraiment de quelle manière allait évoluer leur relation à présent qu’il repartait à Kyoto et il était presque gêné d’aborder le sujet. Sans doute Hiroshi ressentait-il la même chose car lui aussi avait l’air un peu nerveux.
« Je ne sais pas quand je pourrai revenir à Tokyo, dit-il enfin en jouant avec sa petite cuillère. Vous allez me manquer, Hiroshi. Je sais que cela risque de ne pas être facile mais… nous resterons en contact, pas vrai ? »
Le guitariste ne répondit pas tout de suite, comme perdu dans ses pensées. Il leva enfin les yeux vers le jeune garçon.
« Suguru… J’ai bien réfléchi. Il vaut mieux que l’on arrête de se voir », déclara-t-il d’une voix grave. Le pianiste ouvrit de grands yeux emplis d’incompréhension.
«… Quoi ? s’enquit-il après un court silence incrédule.
- Je… J’ai vraiment apprécié le temps qu’on a passé ensemble mais… Il faut être réalistes. Je vais me marier dans dix mois. Quoi que je fasse, je n’échapperai pas à mes obligations. J’ai… Je n’aurais pas dû t’encourager à aller plus loin. J’ai été vraiment idiot », plaida Hiroshi, mal à l’aise mais déterminé à assumer sa décision. Face à lui, Suguru demeurait muet, complètement glacé par ces paroles.
« J’ai été fou de croire qu’une histoire était possible entre nous. J’aurais dû tout arrêter quand j’ai commencé à éprouver de l’attirance pour toi. Je sais que… que je te fais du mal, et je te supplie de me pardonner, mais nous ne pouvons pas continuer. Tu vas retourner à Kyoto et nous ne nous reverrons plus. Ce sera mieux pour tout le monde. »
Le jeune garçon ne disait toujours rien, le visage défait. Il avala sa salive et inspira profondément. Par un suprême effort, il se composa une expression glacée puis tira son portefeuille de son sac. Sans un mot, il déposa quelques yens dans la soucoupe qui contenait la note et se leva.
« Hé bien, puisqu’il semble que vous ayez pris votre décision, je ne vois pas trop ce que je pourrais rajouter d’autre. Je vous souhaite tout le bonheur possible avec mademoiselle Mineko. Adieu, monsieur Nakano. »
Sa voix ne tremblait pas mais il heurta de la cuisse le bord de la table en s’éloignant comme s’il s’enfuyait. Hiroshi poussa un profond soupir et paya à son tour. Comme il se levait, il aperçut l’écharpe rouge que Suguru, dans son trouble, avait oubliée sur la banquette. Il la ramassa et la garda un instant entre ses mains.
« Je te demande pardon, Suguru… mais c’est beaucoup mieux comme ça. »
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