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ÉPILOGUE
Il faisait beau en cet après-midi d’avril, et un vent léger riait dans les branches lourdement chargées des cerisiers. L’air encore frais en ce début de mois était embaumé du parfum des fleurs blanches et roses, resplendissantes sous le ciel d’azur.
« Ça va, mon cœur ? Tu n’es pas trop fatigué ?
- Ça va, monsieur Nakano. Et puis, je tenais vraiment à grimper jusqu’ici. »
Suguru reprit son souffle et gravit les derniers mètres qui le séparaient du haut de la butte où l’attendait Hiroshi. Bien qu’ayant quitté l’hôpital en janvier et repris le travail moins de quinze jours après, il suivait toujours un traitement, beaucoup moins pénible à supporter que les précédents, et passait régulièrement des examens nécessitant de courtes périodes d’hospitalisation. Il en avait justement subie une, la semaine précédente, et s’en remettait à peine.
Hiroshi lui prit la main et l’attira à sa hauteur. De là où ils se tenaient, les cerisiers en fleur formaient une nappe rose pâle qui paraissait s’étendre à perte de vue.
« C’est encore plus beau que dans mes souvenirs, dit Suguru, émerveillé, en glissant un bras autour de la taille du guitariste qui le serra contre lui.
- Tu es certain que ça va ? Je te trouve un peu pâle… On n’aurait peut-être pas dû monter jusqu’ici, et si tu me fais un malaise ?
- D’une, je ne suis pas en sucre. De deux, je voulais absolument revenir à cet endroit pour honorer votre promesse. »
Hiroshi sourit d’un air indulgent. Son p’tit ange était incurablement romantique sous des aspects parfois bassement terre-à-terre.
« Tu sais, quand j’ai dit « même jour, même endroit », je ne voulais pas forcément dire à l’endroit exact au centimètre près… En gros, je pensais à Hakone. »
Suguru s’assit par terre, dos à un arbre, et entraîna le jeune homme à ses côtés.
« Vous savez, monsieur Nakano, quand j’étais à l’hôpital je pensais souvent à votre promesse, et parfois je me disais que je ne retournerais jamais avec vous voir les cerisiers… et puis je me rappelais de cet après-midi et je me disais que j’allais tout faire pour me sortir de là. Ça a été très difficile, et je reconnais que je me suis quelquefois découragé… Mais aujourd’hui je suis là avec vous, alors je me dis que ça a valu la peine de lutter tout ce temps là. »
Remué aux larmes, Hiroshi attira le mince garçon contre sa poitrine et l’encercla de ses bras d’un geste protecteur.
« Ça a été difficile pour moi aussi, Suguru, tellement difficile de te voir souffrir sans rien pouvoir faire. Et tous les matins, il fallait que je trouve la motivation d’aller au studio et travailler comme si de rien n’était alors que je n’avais que toi à l’esprit. Tu as été très courageux, mon ange, et même si tu n’es pas encore guéri je suis certain que tu vas réussir à définitivement surmonter cette sale maladie. »
Il déposa un baiser sur sa chevelure noire et ils demeurèrent un instant sans parler, bercés par les chuchotis de la brise à travers les branchages.
« Suguru ?
-Mh ?
- L’an dernier, quand nous sommes venus ici pour la première fois, tu m’as avoué avoir peur que ça ne dure pas entre nous… C’est toujours le cas ? »
Le petit claviériste tourna la tête et embrassa Hiroshi sur le menton.
« Non.
- Vraiment ?
- Vraiment. Maintenant, je sais que nous deux c’est du solide et que ça va durer longtemps. Et cette fois, c’est moi qui vous fais la promesse que, l’année prochaine, nous serons à nouveau tous les deux ici en train d’admirer le paysage. Vous verrez ! »
Le guitariste se mit à rire de bon cœur.
« Alors toi, t’es pas croyable ! Mais je te fais confiance les yeux fermés, et tu n’as pas intérêt à manquer à ta parole ! »
Un sourire de pur bonheur étira les lèvres de Suguru.
« Alors là, il n’y a vraiment aucun risque… »
FIN
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