CHAPITRE III

 

Hiroshi dévisagea son ancien petit ami et eut un petit pincement au cœur. Sous sa veste en cuir le D.J. portait un haut moulant violet avec une étoile dorée. Il était à lui avant. C’était le haut qu’il portait quand ils s’étaient rencontrés et il l’avait laissé chez son petit ami.


« Mon pauvre Issei, t’es minable. Tu crois m’attendrir ?


- Ah ça, dit le garçon en regardant son haut et refermant la veste dessus. Je sors du boulot comme toi.

- Justement. Je fais que des nuits en ce moment, je vais me coucher.


- Attends ! Pour t’attendrir… J’ai ça. »


Il sortit d’un sac en papier un café chaud et un taiyaki et les présenta à l’interne.


« Je me disais que tu aurais peut-être faim… »


J’adore ça et je meurs de faim…


Nakano prit le café et le gâteau, croqua dedans et reprit le chemin de sa moto.


« Hiro !


- Quoi encore ?? Je ne veux pas de tes excuses, je ne veux pas te revoir, je ne veux plus entendre parler de toi.


- Tu es injuste ! Tu es parti sans rien, sans raison. Je n’ai rien dit quand… quand tu as dit tout ça  parce que j’étais sonné !


- Tu as mis trois jours à réagir. Bravo !


- Tu me testais !!


- Non ! J’en avais marre d’être transparent !


- Je te trouve dur et égoïste, Hiroshi.


- Issei, ça durait depuis des mois. J’attends autre chose de nous deux. Je veux dire… j’attendais.


- Ok… Tu me raccompagnes par contre ? Tu... tu as laissé des affaires chez moi.


- Tu me les laisseras à l’hôpital.


- Hiro, s’il te plait. »


Le motard soupira et invita l’autre à grimper sur sa moto.


À 8 heures, la circulation était dense ; les travailleurs se pressaient pour commencer leur journée mais Hiro et Issei avaient hâte de la terminer.


Quarante minutes plus tard, Hiroshi se gara devant l’immeuble.


« Monte et je te ferai un café, celui-là est sûrement froid et tu n’as même pas fini ton taiyaki. »


Résigné, le motard monta. Il savait ce qui allait arriver. Il savait qu’il n’avait rien oublié. Peut-être son petit ami avait raison, il l’avait quitté trop brutalement et sans lui laisser une chance.


Sakura et Shuichi me tueraient s’ils me voyaient…


Mais il chassa cette idée sitôt dans l’appartement. Ils avaient connu des moments tendres et torrides ici.


Oui, c’est ça, j’ai dû me prendre la tête pour rien...


Il sortit de ses pensées : Issei s’était glissé derrière et l’embrassait dans le cou.


« Je suis fatigué et toi aussi… On devrait se coucher, non ? » ronronna-t-il sensuellement avant de prendre le chemin de la chambre, suivi par Hiroshi.


Issei se jeta sur l’étudiant, qui lui répondit avec ardeur. Les deux jeunes hommes se dévêtirent, dévorés par le désir et se retrouvèrent comme s’ils ne s’étaient jamais quittés puis sombrèrent dans un sommeil bien mérité.


Issei se réveilla mais le lit était vide. Il enfila son sous-vêtement et trouva son amant, souriant, dans la cuisine.


« Je dois y aller, j’ai une leçon avec Ritsu mais je peux revenir après et on dîne ensemble, non ?


- Ola, tu t’emballes, dis-moi !


- Pas tant que ça. Pourquoi ? demanda Nakano un peu inquiet.


- T’avais raison en fait. Ces derniers temps on était pas mal occupés tous les deux et toi… Toi tu as des horaires trop irréguliers. C’est pas une vie de couple ça. »


Hiroshi reposa la boite de thé qu’il tenait pour en préparer à Issei :


« Qu’est-ce que tu essaies de me dire ?


- Nous deux ça marche plutôt pas mal au lit alors on n’a qu’à se revoir pour la baise et on a zéro contrainte, plus de prises de tête. »


À ce moment-là, la petite voix de Sakura résonna dans sa tête. N’avait-elle pas parlé d’une batte de base-ball ? Il fit appel à tout le self-control qui était en lui et traversa la cuisine sans un regard à son amant. Il prit sa veste et les clés de moto.


« Hiro ! Où tu vas ?


- Je me barre, et fais une croix sur moi. Pour la baise… paies-toi une pute, tu devrais pas avoir de mal à en trouver là où tu bosses.


- Hiro ! Je croyais que tu voulais la même chose !


- Bâtard… » siffla l’étudiant entre ses dents.


Hiroshi avait honte et se sentait trahi. Pourquoi ne l’avait-il pas vu venir ?


Il récupéra sa guitare chez les Okuda et arriva en avance chez les Fujisaki. Il descendit de sa moto et s’appuya contre le mur en attendant que ça soit l’heure. Il se laissa glisser sur le sol et sanglota doucement, la tête entre les mains. Il pleurait rarement mais là, il s’en voulait. Il avait été trop idiot de croire Issei. Il renifla et sortit une cigarette. Tremblant et les yeux encore humides il l’alluma.

« Monsieur Nakano ? »


Hiroshi releva la tête.


Fantastique… le glaçon… songea-t-il.


« Fujisaki-kun, bonsoir, articula-t-il avec difficulté.


- Bonsoir. Vous… vous allez bien ?


- Oui… Oui, répondit l’interne en s’essuyant les yeux. La fatigue...


- Vous êtes en avance mais… ne restez pas dehors.


- Merci. Je… je termine ma cigarette et je rentre. »


Suguru le considéra un moment puis poussa le portillon. Les affaires des autres il s’en fichait et cela ne le regardait pas de toutes manières.


Quelques minutes plus tard, le professeur de guitare sonna et un sourire presque lumineux éclairait son visage ; l’orage ne semblait pas avoir existé.


Le soir, il s’épancha au téléphone avec son ancienne colocataire et l’invita pour le week-end suivant. Avec les heures supplémentaires qu’il avait effectuées, il avait un jour de libre, ajouté au samedi qu’il avait, cela faisait un week-end.

OoOoOoOoOoO

« Vous avez très bien retenu, Okuda-chan », complimenta Hiroshi en corrigeant les exercices qu’il avait laissés à la lycéenne.


La jeune fille sourit. Depuis que l’étudiant lui donnait des leçons, les mathématiques prenaient une dimension bien plus séduisante.


« Oh, s’exclama-t-elle. Je dois aller me changer ! Suguru vient me chercher ! Nous fêtons nos un an, expliqua-t-elle sur un ton de confidence.


- Allez vous habiller, je vous prépare des devoirs sur ce que nous avons vu aujourd’hui. »


La jeune fille le remercia, se leva d’un bond et monta dans la chambre.


Un an… Moi aussi j’étais excité pour nos un an à Issei et moi…


Hiroshi et son élève étudiaient par tranche de deux heures, parfois trois, dans un petit salon du rez-de-chaussée. Il y avait toujours une petite pause durant laquelle une domestique amenait du thé et des gâteaux. La jeune fille profitait de ce moment de détente pour bavarder et interroger son professeur sur son travail à l’hôpital. Hiroshi avait été surpris par la facilité de la jeune fille à discuter. Autant le petit ami était aussi loquace qu’un meuble, autant elle parlait de tout et rien.


Il rangeait les livres et cahiers quand la porte s’ouvrit. Narumi apparut et tourna sur elle-même. Elle portait un magnifique kimono ocre décoré de feuilles d’érable bordeaux et orange qui s’enroulaient autour d’elle comme une guirlande. Son obi, assorti aux feuilles orange, soulignait sa taille fine.


« Vous êtes ravissante ! s’exclama Hiroshi en se disant que c’était bien dans les gènes féminins de vouloir séduire inconsciemment tous les mâles.


- Oui, tu es superbe, Narumi-chan. »


Hiroshi et Narumi sursautèrent ; ils n’avaient pas entendu Suguru rentrer.


Le pianiste s’avança vers sa petite amie et l’enlaça. Hiroshi se leva et le salua.


« Bonsoir, Fujisaki-kun. Vous aussi vous êtes… »


Mais il perdit ses mots et se contenta de sourire.


« Joyeux anniversaire à vous deux et bonne soirée », dit-il avant de s’incliner et regagner son studio.

OoOoOoOoOoO

Quelques jours plus tard, Sakura arriva à Kyoto. Hiroshi la serra longuement contre lui et s’enivra de son parfum familier et rassurant.


« Ne dis rien, Nakano. Je t’ai tellement manquée que tu n’en peux plus et tu vas te déclarer. Tu vas enfin me demander en mariage.


- Non, jamais je n’aurai de relations intimes avec une prolétaire », gloussa le garçon.


L’étudiante rit aussi. C’était une de leur private joke. La famille Nakano était noble et le patriarche avait arrangé une union entre l’aîné et la fille d’un puissant politicien. Mais Yuji avait rué dans les brancards et était parti. La famille avait été sans nouvelles pendant quelques mois et c’est Hiroshi qui avait « hérité » de la fiancée. Les deux adolescents s’étaient rencontrés à 19 ans. Hiroshi s’était plié au devoir mais avait rompu au bout d’un an. Shuro, sa fiancée, avait été d’accord. Elle avait rencontré quelqu’un avant cette histoire de fiançailles et ne voulait pas y renoncer. Les deux avaient joué le jeu devant les parents mais Shuro avait voulu se consacrer pleinement à Kei, son véritable petit ami. Shuro et lui en avaient longuement discuté et Nakano avait convaincu la jeune fille qu’il assumerait leur rupture. Alors une fois de plus, la famille Nakano souilla la famille Tanaka mais au moins les enfants étaient heureux. Hiroshi avait voulu présenter Sakura à ses parents, puisqu’il vivait avec mais la colère du paternel avait été épouvantable. Hiroshi quittait « une fille de bonne famille pour une prolétaire ». Il eut beau expliquer qu’il ne sortait pas avec, ça revenait au même. Sakura avait ri et la plaisanterie était restée.

OoOoOoOoOoO

Les deux jours en compagnie de son amie passèrent trop vite, et c’est le cœur lourd qu’il la ramena à la gare.


Sur le retour il croisa Narumi et ils firent le trajet ensemble en bavardant joyeusement, et la lycéenne l’invita à venir prendre le thé avec elle, elle était toute seule. Oui, Narumi lui faisait vraiment penser à Sakura et quand elle se plaignit de douleur au dos, Hiroshi lui proposa tout naturellement un massage.


« Mais il ne faudra pas le dire à Suguru, gloussa-t-elle alors que le jeune homme la massait toujours, agenouillé derrière elle.


- Qu’est-ce qu’il ne faut pas me dire ? »


Il ne touche pas le sol, ce type, on l'entend jamais ! avait songé Hiroshi en reprenant sa place derrière sa tasse de thé.


Cette fois, comme ils étaient dans la maison du thé, ils ne l’avaient même pas entendu sonner.

 

Narumi, elle, ne se démonta pas le moins du monde. Elle sourit et désigna la table basse sur laquelle étaient disposées les tasses et la théière.

 

« Oh, je ne pensais pas que tu passerais, Suguru ! J’ai croisé monsieur Nakano par hasard, et comme j’étais seule je l’ai invité à prendre le thé avec moi. Mais joins-toi donc à nous. »

 

Suguru demeura immobile un court instant, sans savoir quelle attitude adopter. Les cours qu’il dispensait à l’école de musique ayant fini plus tôt, il avait décidé de se rendre chez Narumi afin de passer un moment en sa compagnie. Il avait si peu de temps libre, et voilà qu’il trouvait Nakano installé dans la place, et manifestement familier avec sa petite amie vu qu’il était en train de lui prodiguer quelque massage… Ainsi, les cours particuliers que l’étudiant donnait à la jeune fille avaient changé de nature ? Quant à Nakano, il faisait comme si de rien n’était… Était-ce donc si naturel de tripoter quelqu’un que l’on connaissait à peine ?

 

« Non, je n’ai pas le temps. J’étais juste passé pour… pour te voir, mais je ne veux pas vous déranger », répondit-il d’un ton pincé en tournant les talons sans autre forme de procès. Narumi s’élança à sa suite.

 

« Attends, ne le prends pas comme ça ! J’ai vraiment rencontré Nakano par hasard, il revenait de la gare. Je pensais que tu donnais des cours jusqu’à 17 heures, comme d’habitude, je ne pouvais pas deviner que tu finirais plus tôt ! Et… je me suis fait mal au dos hier matin, en cours de gym, alors il m’a proposé de me masser, c’est tout. 

 

- Mais si « c’est tout », pourquoi tu lui as recommandé de ne rien me dire ? Je ne suis pas bête au point de ne pas comprendre ce genre de chose. Mais ça ne fait rien. J’ai vraiment des choses à faire, je dois y aller, répondit Suguru avec un sourire contraint. Je… je t’appellerai. »

 

Il hésita presque mais déposa un baiser sur les lèvres de sa petite amie avant de quitter le pavillon. Il se sentait affreusement triste, soudain. Même si Narumi et lui ne partageaient pas à proprement parler une relation passionnée, il l’aimait sincèrement et se sentait bien en sa compagnie.

 

Tout en marchant le long des rues jusque chez lui, le garçon repensa au jour où il avait demandé à Narumi de sortir avec lui. Plus exactement, il l’avait invitée au cinéma, mais il aurait bien été incapable de dire quel film ils avaient vu tant il était stressé. Il avait passé les trois quarts de la séance à se demander de quelle manière agir, pour enfin se décider à passer un bras autour des épaules de la lycéenne qui attendait ce geste depuis le début du film et y avait répondu par un baiser.

 

Suguru avait fait la connaissance de Narumi quelques années auparavant, alors que sa mère donnait des leçons de piano à sa sœur aînée, Tsubaki. Ils avaient rapidement sympathisé puis, au fil du temps, leur amitié s’était muée en quelque chose de plus profond. Malgré cela, le garçon n’était pas dupe ; surdoué sur le plan professionnel, il était loin d’être en avance sur le plan sentimental et s’était toujours montré timide et maladroit avec les filles. Narumi et lui s’entendaient bien, mais comment pouvait-il rivaliser avec quelqu’un comme Nakano, qui paraissait avoir le don de séduire tous ceux qu’il approchait ? Ritsu l’adorait, ses parents l’appréciaient beaucoup, Narumi… s’entendait remarquablement bien avec lui. Quoi d’étonnant, d’ailleurs ? L’étudiant avait un charme naturel, un caractère heureux, un optimisme contagieux. Tout réussissait à ce genre de personnes, comment dans ce cas rivaliser avec eux ?

 

Dissimulant soigneusement son découragement, Suguru poussa la porte de son domicile et se plongea sans attendre dans son travail.

OoOoOoOoOoO 

Hiroshi ayant passé le week-end en compagnie de Sakura, il avait de ce fait reporté sa leçon avec Ritsu au lundi soir. Arrivé peu avant 17h30, le jeune homme fuma une cigarette devant le portail avant d’aller sonner. Cependant, contrairement à d’habitude, ce n’est pas Ritsu mais Suguru qui vint ouvrir.

 

« Bonsoir, monsieur Nakano, l’accueillit celui-ci d’un ton monocorde.

 

- Bonsoir, Fujisaki-kun », répondit le jeune homme, un peu gêné. La veille, le pianiste l’avait surpris dans une situation assez délicate avec sa petite amie, et il l’avait manifestement très mal pris. L’espace d’un instant Hiroshi avait craint un éclat, mais Fujisaki était reparti sans attendre, sans laisser non plus à aucun des deux le temps de s’expliquer.

 

« Mon frère n’est pas encore revenu de l’école, mais entrez donc. »

 

Il n’y avait pas la moindre chaleur dans la voix du garçon, et l’étudiant faillit répondre qu’il préférait attendre dehors, mais il se ravisa ; il n’avait pas envie d’aggraver encore un malentendu qui n’avait aucun lieu d’être, et l’occasion était même toute trouvée pour le dissiper… pour peu que le musicien veuille bien l’écouter.

 

C’es dans un silence glacé qu’Hiroshi suivit son hôte jusque dans le salon, meublé sobrement mais avec goût, et dont la pièce maîtresse était le beau piano à queue qui, lui avait expliqué Ritsu, avait été importé d’Europe bien des années auparavant par un riche homme d’affaires Japonais, et sur lequel Suguru et lui avaient joué leurs premières notes.

 

C’est vraiment trop bête qu’on n’arrive pas à se parler… Je suis certain qu’on aurait des tas de choses à se dire… songea l’étudiant avec un regard de regret au superbe instrument.

 

« Il y a une réunion à l’école, mais maman et Ritsu ne vont sans doute pas tarder. Maintenant, si vous voulez bien m’excuser… »

 

Suguru fit mine de quitter la pièce, mais Hiroshi l’arrêta.

 

« Attendez ! Fujisaki-kun… À propos d’hier, je… »

 

Le pianiste s’était immobilisé sur le seuil du salon, les épaules raidies, hostile. Le jeune homme avala sa salive et poursuivit :

 

« Je peux vous assurer qu’il ne s’agissait pas de… de ce que vous étiez légitimement en droit de croire. Okuda-chan m’a dit s’être fait mal au dos en cours de sport, et c’est moi qui lui ai proposé de la masser. Je fais des études de médecine et je sais ce qu’il convient de faire. C’est tout, et je suis sincèrement désolé que… que vous ayez pu vous imaginer des choses déplaisantes à mon propos ainsi que celui de votre amie. »

 

Suguru se retourna lentement vers lui.

 

« Les apparences étaient plus que trompeuses, monsieur Nakano, vous en conviendrez. 

 

- Oui, et c’est pour cela que je tiens à clarifier les choses. Et je… je regrette que vous ne soyez pas resté avec nous. Nous aurions sans doute eu beaucoup de choses à nous dire… » Hiroshi désigna le piano.

 

« Nous partageons une passion commune, et vous êtes un musicien extrêmement talentueux. Ritsu me parle sans arrêt de vous. Vous allez peut-être trouver cela déplacé, ou abusif, mais… j’aimerais beaucoup vous entendre jouer, un jour. »

 

Suguru hésita à répondre. Soit Nakano était sincère – et il paraissait l’être – soit il ne s’agissait que d’une basse tentative de conciliation afin de se faire pardonner la scène dans la maison de thé.

 

« Mais… ce soir je n’ai pas le temps, votre leçon va bientôt commencer, s’entendit-il répondre, presque à son corps défendant, et qu’y avait-il chez Nakano qui poussait irrémédiablement les gens à s’ouvrir à lui ?

 

- Je ne parlais pas forcément de maintenant. Quand vous en aurez le temps, je sais que vous avez un emploi du temps chargé. 

 

- Vous aussi, avec vos gardes à l’hôpital, fit remarquer Suguru. Il faudra que vous me donniez vos disponibilités. »

 

Hiroshi demeura un bref instant muet de surprise. Jamais il n’aurait pensé que Fujisaki puisse une seule seconde tenir compte de ses disponibilités à lui. À ce qu’il en savait, le garçon n’avait jamais manifesté le moindre intérêt envers sa personne ou ses occupations, mais il était néanmoins au fait de ses activités. Sans doute était-ce sa mère qui avait dû lui en parler, mais tout de même… il n’était pas obligé.

 

« Oh, ça varie en fonction des semaines, mais pour celle-ci je ne travaille pas vendredi après-midi, répondit-il. Ce serait bon pour vous aussi ? »

 

- Je donne des leçons de piano jusqu’à 17 heures mais je peux dégager ma fin de soirée. Moi aussi je prépare un diplôme universitaire, expliqua Suguru, intérieurement stupéfait d’en arriver à raconter sa vie à quelqu’un avec qui, jusqu’à présent, il n’avait pas dû échanger plus de dix phrases, et sur qui il avait des à-priori plutôt négatifs.

 

- Parvenir à concilier études et musique est une chose à laquelle je ne suis malheureusement pas parvenu, dit Hiroshi avec une note de regret dans la voix. J’ai eu l’opportunité, à une époque, de me professionnaliser, mais… ça n’a finalement pas été possible. 

 

- Vraiment ? Et pourquoi ça ? »

 

L’étudiant nota que Fujisaki paraissait sincèrement intéressé, et que leur conversation, pour la première fois, avait dépassé le stade d’échange de formalités polies.

 

« Avec un ami de longue date, nous avions formé un groupe de pop. Oh, nos prestations se limitaient à des spectacles de fin d’année scolaire ou des premières parties dans de petits cafés-concert. C’était amusant… Shuichi, c’est le nom de mon ami, avait le rêve de devenir professionnel un jour et il s’y est raccroché de toutes ses forces. Et en fin de compte… il y est arrivé. Il est chanteur, mais solo. Moi… j’ai dû faire un choix. 

 

- Mais pourquoi ne pas avoir choisi la musique ? Votre ami a bien réussi, lui. »

 

Hiroshi haussa les épaules avec fatalisme.

 

« Je suppose que j’ai fait de mauvais choix aux mauvais moments. Quoi qu’il en soit, j’ai presque terminé mes études de médecine, lais je continue à jouer de la guitare, ainsi que du violon. »

 

Suguru allait répondre quelque chose, mais des voix à l’entrée l’interrompirent et, quelques secondes plus tard, Ritsu fit irruption dans la pièce et s’inclina devant l’étudiant.

 

« Bonsoir, professeur ! Excusez-moi pour le retard, mais il y avait une réunion ! 

 

- Bonsoir, Ritsu. Ne t’en fais pas, ton frère m’a expliqué pour la réunion, et c’est moi qui suis arrivé un peu en avance. 

 

- Bonsoir, monsieur Nakano, le salua la mère des deux garçons. Cette réunion n’en finissait plus, il y a vraiment des gens dont on se demande pourquoi ils ont des enfants. Des questions idiotes à n’en plus finir… Bon, je vous laisse travailler. 

 

- Je vous laisse aussi, renchérit Suguru. Pour vendredi soir, c’est bon, alors ? À 18 heures ? 

 

- Cela me convient tout à fait, Fujisaki-kun. »

 

Suguru inclina la tête et un sourire éclaira son visage – le premier véritable sourire qu’il dédiait à Hiroshi, et qui modifiait radicalement sa physionomie.

 

« Travaillez bien », ajouta-t-il avant de quitter la pièce, suivi du regard par l’étudiant.

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Le taiyaki : littéralement "dorade cuite" est un gâteau japonais en forme de poisson. La plupart du temps, il est rempli d'anko, une pâte d'haricots rouges sucrés (comme pour Hiro). D'autres garnitures possibles incluent le custard, le chocolat, et le fromage. Il arrive même que des magasins vendent les taiyaki avec de l'okonomiyaki ou de la saucisse à l'intérieur.

 

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