CHAPITRE V

 

Comme il en avait pris l’habitude, Hiroshi fuma une cigarette avant d’aller sonner chez les Fujisaki. Cinq jours qu’il avait repris le travail, et il avait l’impression de n’être même jamais parti aux États-Unis. Pourtant, la reprise s’était avérée être moins difficile que prévue, et il avait retrouvé avec plaisir ses collègues, ainsi que Kagami qui se remettait tant bien que mal de sa rupture et l’avait accueilli avec effusions.

 

Comme à l’accoutumée, c’est Ritsu qui vint lui ouvrir et le gratifia d’un sourire radieux.

 

« Bonjour, Nakano-sensei ! Vous avez passé de bonnes vacances aux État-Unis ? »

 

Hiroshi ramassa son sac à dos et suivit son élève dans la maison.

 

J’espère qu’ils vont apprécier mes cadeaux… Je me demande si Fujisaki aime ce genre de musique, en fin de compte ?

 

« Oui, excellentes, Ritsu. Et j’y ai revu un très vieil ami à moi. Et toi ? 

 

- Oh, c’était bien. Papa est enfin revenu de sa mission en mer, alors on est souvent sorti avec lui, mais j’ai aussi beaucoup travaillé mes exercices ! »

 

L’étudiant sourit. C’était cela qu’il aimait chez son élève, cet enthousiasme qu’il mettait au travail alors qu’il aurait tout aussi bien pu prendre le prétexte du retour de son père, océanographe, pour se relâcher.

 

Il ira loin avec un état d’esprit pareil…

 

Hiroshi se demanda brièvement si Suguru avait été comme ça, quand il était enfant. Certes, c’était un travailleur acharné, mais le jeune homme ne parvenait pas à se le représenter aussi spontané et ouvert que l’était son cadet. Encore que, depuis quelques temps, leurs rapports se soient considérablement détendus.

 

« Bonjour, Fujisaki-san. »

 

En parlant du loup…

 

« Bonjour, monsieur Nakano. »

 

Trois simples mots, assénés avec une froideur telle qu’Hiroshi en resta décontenancé. Après le petit concert privé, il avait sincèrement cru que Suguru avait abandonné sa réserve vis-à-vis de lui, leurs conversations régulières en étaient la preuve. Mis il semblait bien qu’il avait fait fausse route, le jeune pianiste paraissait aussi hostile qu’aux premiers temps de leur rencontre.

 

Il est caractériel ce type, ou quoi ? J’ai l’impression qu’il m’en veut personnellement !

 

Le malaise entre les deux garçons était subitement devenu si tangible que même Ritsu le ressentit et leva vers ses aînés un regard interrogateur. Par chance, l’arrivée de la maîtresse de maison dissipa aussitôt la tension et, après avoir parlé un court instant de ses vacances, Hiroshi annonça qu’il avait ramené des souvenirs de Los Angeles.

 

« C’est pour toi, dit-il en présentant un paquet plat et carré à Ritsu qui s’empressa de retirer le papier irisé qui l’enveloppait, dévoilant un livre sur la vie marine.

 

- Ooh ! Il est très beau ! Merci, Nakano-sensei ! s’exclama le petit garçon en s’inclinant.

 

- Nous sommes allés visiter l’Aquarium du Pacifique, à Los Angeles, qui est vraiment magnifique. Comme tu m’as dit aimer les animaux, j’ai pensé que ça pourrait t’intéresser.

 

Oui ! Et c’est très gentil à vous, professeur ! »

 

Suguru observait la scène en silence, reprit une fois de plus par le démon de la jalousie. Son petit frère rayonnait véritablement ; quelques jours auparavant, Narumi lui avait montré avec fierté le sac à main très fashion qu’Hiroshi lui avait ramené des État-Unis. Oui, l’étudiant en médecine avait l’art de se faire aimer par tout le monde – en ce moment-même, sa mère aussi était totalement sous le charme, conquise par l’écharpe vaporeuse que venait de lui remettre Hiroshi.

 

« Je… J’ai quelque chose pour vous aussi, Fujisaki-san. »

 

Tiré de ses réflexions, Suguru tressaillit presque.

 

« Pour moi ?

 

- Oui. J’espère que ça va vous plaire. Je… ne connais pas vraiment vos goûts, alors… »

 

Le garçon tira d’une pochette joliment décorée… des partitions.

 

« C’est du Gershwin, poursuivit Hiroshi. Il a travaillé à Hollywood, et c’est aussi là qu’il est mort. Ces Trois préludes sont plutôt jazz, mais… j’espère que vous aimerez tout de même. »

 

Suguru jeta un coup d’œil aux partitions. Oui, il connaissait ces morceaux et les aimait beaucoup. L’attention était délicate, et en dépit de son ressentiment il en fut curieusement touché.

 

« Non, vous ne vous êtes pas trompé, j’aime beaucoup. Merci, monsieur Nakano », répondit-il en s’inclinant lui aussi, un peu ému. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’on lui offrait de la musique, mais là, c’était différent, et malgré toute sa jalousie, il ne pouvait s’empêcher d’apprécier le geste du jeune homme.

 

Pour tout dire, Suguru s’était curieusement langui du retour au Japon du jeune homme. Bénéficiant lui aussi de quelques jours de vacances, il aurait aimé en profiter pour discuter davantage avec lui, essayer d’un peu mieux le connaître, car en dehors de conversations portant sur la musique, aucun des deux ne s’était véritablement dévoilé. Et puis… il avait surpris ce baiser de Narumi, et avait été si choqué par cette trahison que toute sympathie à l’égard de Nakano avait disparu à nouveau, remplacée par une rancœur froide qui lui emplissait le cœur.

 

Or, là, il était en proie à une lutte nouvelle, mais il sentait qu’il était à deux doigts de succomber lui aussi au charme inexplicable de l’étudiant en médecine.

 

Un sourire de soulagement s’épanouit sur le visage de ce dernier.

 

« Ah, tant mieux ! J’en suis très heureux. »

 

Et combien ce sourire était séduisant ! Suguru en fut troublé, mais il se contenta de hocher la tête.

 

« Bien ! Alors, si nous nous mettions à cette leçon, histoire que je puisse vérifier si tu as fait des progrès, Ritsu ? »

 

Professeur et élève s’installèrent, et Suguru battit en retraite dans sa chambre, agité par une foule de sentiments contradictoires.  

OoOoOoOoOoO 

Hiroshi n’avait pas compris ce froid qui s’était réinstallé entre lui et le frère aîné de Ritsu.


Narumi, au contraire, montrait de plus en plus son affection. La jeune fille lui plaisait. Elle était rayonnante et la petite attention de noël l’avait rendue encore plus chaleureuse. Elle lui avait même proposé le tutoiement. Plusieurs fois même ; il avait donc accepté d’autant que les examens approchant, ils passaient de plus en plus de temps ensemble.


Un soir, pourtant, l’interne accepta de la voir en dehors des préparations.


« Nakano-sempai ! S’il vous plait ! Suguru ne veut pas m’accompagner aux arcades ! Il s’y ennuie à mourir alors que vous… ronronna-t-elle, je suis certaine que vous aimez ça. Et puis, nous ne serons pas seuls. Mes amies seront là. »


Devant la moue dubitative du garçon, la lycéenne argumenta une dernière fois :


« Si un garçon ne nous accompagne pas, ma mère ne me laissera pas sortir. S’il vous plait…


- D’accord, accepta Hiroshi. Mais ne me force pas à danser, je n’ai pas fait ça depuis une éternité.


« Ça » correspondait à Dance Dance Revolution. Il n’y avait plus joué depuis une bonne paire d’années. Plus ou moins depuis que Shuichi était parti. Les deux garçons adoraient y aller après le lycée. Oh, il y était allé quelque fois avec Sakura mais le départ de Shuichi allait de pair avec l’entrée à l’université des deux autres et donc, d’un manque de temps effroyable.


Le soir S, Hiroshi dîna avec les Okuda avec comme recommandation ultime de veiller à ce que les quatre filles qu’il chaperonnait ne soient importunées par aucun garçon.


« Ne vous inquiétez pas, madame Okuda. En plus un ami me prête sa voiture et je les ramènerai toutes. »


Vingt minutes plus tard, la voiture de Kagami était remplie de gloussements et rires.


J’ai l’air d’un vieux pervers faisant la sortie des cours. Si Sakura me voyait… songea-t-il, amusé. Qu’est-ce qu’elles parlent vite ! Pourquoi j’ai dit oui ???


Et oui, chaperonner quatre adolescentes n’avait rien de reposant.


Je ne suis même pas sûr de m’en tirer vivant pour raconter ça à Sakura…


Jusque là, Hiroshi était resté à une table, à siroter des jus de fruit, et regardait les filles s’amuser sur les bornes. Deux lycéens les dévoraient du regard mais aucun des deux n’avaient osé les aborder. Ça se passait donc plutôt bien.


Sauf quand elles murmurent entre elles en me regardant, comme si elles complotaient et explosent de rire deux secondes après.


L’heure du complot ne tarda pas. Les quatre filles revinrent là où Hiro était attablé et Narumi lui prit le bras pour qu’il se lève :


« Mes amies sont fatiguées, mais je voudrais encore jouer.


- Euh… On avait dit pas de danse.


- Juste une… S’il vous plait. »


Les quatre filles étaient suspendues aux lèvres de l’interne, comme si celui-ci allait enfin révéler la réponse d’une énigme séculaire.


Les filles en groupe sont vraiment terrifiantes !


« Une, d’accord mais ne vous moquez pas, je n’y ai pas joué depuis trèèèès longtemps. »


Le groupe accueillit sa réponse avec des applaudissements et piaillements.


Bon gré, mal gré, il se laissa guider jusqu’à la plateforme et sentit le regard tueur des deux garçons qui mataient les filles depuis qu’elles étaient arrivées.


Ils doivent surtout mater la jupe incroyablement courte de Narumi et ses copines… Je les comprends, elle a de très belles jambes, se dit-il en jetant un coup d’œil furtif aux jambes en question. Sa mère veut qu’un garçon la surveille mais elle lui laisse porter ça.


Il s’installa à côté de Narumi et un peu par fierté refusa le niveau débutant. Après un début plutôt maladroit, et au prix d’une concentration intense, il retrouva son agilité. L’adolescente, elle, chantait tout en tourbillonnant et appuyait parfois son regard vers Hiroshi :


« Like a dragonfly flying high in the sky

There is light above and beyond you and I

Like a dragonfly flying high in the sky

There is light above you and I


Like a small paradise

Like a scent of a spice

Yes I guess I understood


Like a flower so sweet

Like a lover and me

Boy you make me feel so good


You told me things that I never knew

So what am I suppose to do

Running around like a little kid

One-Two-Three and I’m hit hit hit. »


Trois chansons plus tard, Hiroshi avait recouvré tout son potentiel mais il se décida à quitter le jeu pour que les filles puissent s’amuser encore un peu, ils n’allaient plus trop tarder.


Quand il ne resta que Narumi dans la voiture, il lui demanda si ça ne la gênait pas qu’ils fassent un détour pour récupérer sa moto ; le lendemain matin son ami avait besoin de son véhicule tôt.


Ils montèrent donc chez Kagami, bavardèrent un petit peu et rentrèrent.


« Il ne fallait pas me serrer aussi fort, gloussa Hiroshi. Je ne me serais pas envolé.


- Oh ! Excusez-moi, rougit la jeune fille.


- En tout cas, merci, j’ai passé une très bonne soirée. Je ne m’amuse pas beaucoup finalement depuis que je suis ici. »


Sauf quand je prends des cuites... si on peut appeler ça de l’amusement.


« On pourrait se revoir alors, non ? proposa Narumi.


- Oui, oui bien sûr ! J’aime bien être avec toi !


- C’est vrai ?? demanda la lycéenne, extatique.


- Tu me rappelles Sakura.


- Sakura ? Votre… petite amie ?


- Non ! Je… je n’ai personne. Sakura est ma meilleure amie. Nous sommes allés au lycée puis à l’université ensemble. Nous avons aussi cohabité pendant trois ans.


- Je me demande comment un garçon comme vous peut-être célibataire. Vous êtes… intelligent, gentil, séduisant, minauda-t-elle en soupirant lascivement.


- Qui sait… Je suis peut-être un pervers et j’ai déjà enterré une demi-douzaine de lycéennes dans le jardin de derrière, gloussa-t-il.


- Celui de derrière n’est pas le meilleur endroit. Je vous recommande plutôt la cave, nous n’y allons que trèèèès rarement.


- Tu devrais rentrer. Il est tard et il ne fait pas très chaud. L’examen est dans deux semaines, tu ne dois pas tomber malade. »


Narumi le regarda puis sembla hésiter, comme si elle voulait lui dire quelque chose. Finalement elle recula et le salua de la main :


« Bonne nuit, Nakano-sempai.


- Bonne nuit », répondit Hiroshi.

OoOoOoOoOoO

« C’est ma paaaaaause ! roucoula Hiroshi. Vite ! Vite ! J’ai les crooooooocs !


- Tu peux toujours me manger, » gloussa l’infirmière qui était à ses côtés.


Nakano la dévisagea, amusé :


« Non merci. Je n’aime pas la viande avariée, plaisanta-t-il.


- Espèce de goujat ! râla l’infirmière en lui donnant un petit coup sur la tête. Bon appétit quand même », le salua-t-elle en entrant dans la chambre de son patient.


Le petit rire de Nakano fondit quand il vit Suguru, une main ensanglantée sur sa cuisse. Il se précipita vers lui :


« Fujisaki-san, votre main ! »


Mais en prenant la main, il vit la plaie dans la cuisse.


« Monsieur Nakano !


- Venez, je vais m’occuper de vous. »


Il bipa un médecin et le conduisit dans une petite salle.


« Comment vous êtes-vous fait ça ?


- Je… Il y a des travaux en ville et j’étais à vélo, j’ai voulu éviter un piéton et je suis tombé sur une barre en acier.


- En attendant Shiro-sensei, pourriez-vous baisser votre pantalon ? »


Suguru rougit.


« C’est pour nettoyer la plaie…


- Oui, oui bien sûr », obéit le pianiste, un peu intimidé.


L’interne observa la plaie, la nettoya précautionneusement puis la désinfecta. Un docteur les rejoignit et dans un jargon relativement barbare, Hiroshi décrivit la plaie et ce qu’il proposait comme traitement car, bien qu’il en soit capable, il n’appliquait que depuis quatre mois son savoir et devait rendre des compte à ses supérieurs de ses interventions. Avec effroi, Suguru comprit « piqûre » et n’écouta plus.


« C’est bien Nakano-kun, je vous le confie », l’approuva le médecin avant de quitter la salle.


Suguru ne dit rien mais il devait savoir :


« Vous allez me faire une piqûre ? On est obligés ?


- Oui, dit Hiroshi en enfilant des gants et appliquant des compresses stériles. C’est un sérum anti-tétanos.

- Je… je ne suis pas prêt à ça ! »


Hiroshi retint un petit rire. Fujisaki était si adulte et mature d’ordinaire et là, il agissait comme un enfant apeuré. Il termina le bandage et retira les gants.


« Moi aussi je suis terrifié par les aiguilles. Pas celles que je manipule mais… c’est toute une histoire quand je dois recevoir un vaccin, sourit-il.


- C’est vrai ? demanda Suguru.


- Oui, un vrai enfant, mentit Hiroshi avec conviction.


- Ah oui ?


- Oui. »


Et pendant qu’il parlait, il avait retroussé la manche de la chemise de Suguru et appliquait un coton imbibé d’alcool.


« Ca s’appelle la bélonéphobie, dit-il en rejetant l’air de la piqûre. Serrez le poing, s’il vous plait. »


Le garçon obtempéra, ne lâchant pas du regard l’aiguille.


« Il faudra changer le pansement et surveiller la cicatrisation de la plaie. Je pourrais venir chez vous le faire.


- Oh, ne vous dérangez pas !


- C’est mon métier et puis si je peux dépanner... Ritsu risque de m’en vouloir si je m’occupe mal de vous. »


L’interne appliqua un autre coton et le scotcha avec un bout de sparadrap.


« Voilà, c’est fini. Vous pouvez vous rhabiller. »


Le pianiste rougit. Il était toujours en sous-vêtement !


« Je n’ai pas encore déjeuné. Ça vous tente de vous joindre à moi, même si la cantine n’est pas un quatre étoiles ?


- Je… Avec plaisir mais j’ai un rendez-vous et… et je suis déjà en retard.


Ils se séparèrent dans le hall de l’hôpital en convenant que l’interne passerait le matin.

OoOoOoOoOoO

Hiroshi vint trois jours, chaque matin changer le pansement. C’était une occasion supplémentaire de discuter. Le pianiste l’accueillait toujours rougissant, dans un petit short court, mais il baissa peu à peu les barrières de la timidité. Ils parlaient de tout et de rien. Au début les sujets étaient plutôt impersonnels mais devinrent intimes :


« J’ai toujours voulu me professionnaliser mais le jour de mes 7 ans, mon père m’a demandé : « Hiroshi, connais-tu la différence entre un bento et un musicien ? ». À chaque anniversaire, il me le demandait. J’ai cherché pendant des années la réponse. Il me l’a donnée le jour de mes 15 ans. « Un bento nourrit sa famille, Hiroshi. Alors réfléchis quand tu dis des sottises plus grosses que toi. » Il avait versé le poison dans mon oreille. Puis Shuichi est parti à New York et… et je n’ai rien fait pour le retenir.


- Vous regrettez ?


- Des fois oui, des fois non. On ne se serait pas… »


Hiroshi était agenouillé sur le côté droit de Suguru et terminait le bandage. Il se releva trop tôt et perdit l’équilibre. Sa main glissa le long de la cuisse. Au lieu de se retirer, la main poursuivit sa course sur la peau douce et veloutée. L’interne ressentit une légère excitation. Il semblait découvrir le pianiste. Il retira enfin sa main et leva les yeux vers l’autre garçon.


« … rencontrés. On ne se serait jamais rencontrés, balbutia Hiroshi, essayant de reprendre sa contenance.  Je… je dois y aller. Je passe prendre un collègue.


- À demain et… bonne journée », répondit Suguru un peu troublé parce qu’il avait cru être une… caresse.

Toute la journée, les deux garçons repensèrent à ce qu’il s’était passé le matin et quand Hiro rejoignit Narumi pour leurs révisions, il était un peu absent.


« Nakano-sempai ! Je suis vexée ! Vous ne m’accordez aucune attention aujourd’hui ! »


Hiroshi la regarda étrangement.


« Je n’ai pas de chance, soupira la jeune fille. Je n’attire l’attention ni de mon petit ami, ni de vous. Je dois vraiment être… ennuyeuse.


- Non ! Excuse-moi, Narumi. J’ai… j’ai juste des petits soucis. Et… je suis sûr que Fujisaki-san…


- Vous savez, vous au moins vous avez la chance de le voir en sous-vêtement. Avec moi, c’est tout juste s’il se baigne. Ça fait un an qu’on est ensemble et… et il ne s’est rien passé.


- La timidité existe aussi chez les garçons, tu sais, dit le jeune interne en refermant le livre. Nous avons plus de mal à l’avouer.


- Des fois, j’aimerais qu’il soit… plus spontané, décontracté. Un peu comme… comme vous.


- J’ai 23 ans et il en a 19 ! À son âge, j’étais aussi plus réservé.


- Je ne vous crois pas. Vous avez toujours été cool, j’en suis certaine.


- Tu sais, je suis mal placé pour donner des conseils, en amour surtout, mais c’est à lui que tu devrais en parler. Et peut-être qu’il est timide parce que vous n’avez pas vraiment d’opportunité pour être seuls. C’est la Saint Valentin dans deux semaines et en plus, tu auras passé le concours. Tu pourrais… je ne sais pas, organiser un petit truc en amoureux. Si vos parents vous laissent passer la nuit ensemble, et bien… fonce. Sinon… passez une journée isolés, rien que vous deux.


- Vous croyez ?


- Parlez-en et les problèmes s’envoleront.


- Mouais, grogna un peu la lycéenne. Vous restez dîner avec nous ?


- Avec plaisir ! »


Le soir, dans son lit, Nakano joua un long moment avec la lettre qu’il avait reçue. Il avait un mois pour choisir sa nouvelle affectation. Lui aussi passait des examens en avril mais tout de suite après il embrayait pour une année complète d’internat.


En octobre, son souhait le plus cher avait été de quitter Kyoto mais qu’en était-il aujourd’hui ? Le rire plein de vie de Narumi ne l’avait-il pas aidé ? Fujisaki aussi avait du charme avec son sourire timide et une peau si douce.


Il secoua la tête et éteignit. La nuit portait conseil, non ?

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DDR : Dance Dance Revolution. Jeu qui se pratique sur un tapis ou une borne. Quatre flèches sont dessinées sur le tapis : droite, gauche, haut, bas et à mesure que les flèches défilent sur l’écran, il faut mettre les pieds sur la flèche que l’écran indique.

 

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