CHAPITRE XII

 

Les persiflages des deux lycéennes ; les insultes de Shuichi ; le baiser impromptu de Sakura ; l’arrivée d’Hiroshi, comme un cheveu sur la soupe. C’en fut trop pour Suguru qui s’arracha à l’étreinte de la jeune fille comme aux griffes du Diable et fit volte-face vers celui qu’il devinait être – une fois de plus – à l’origine de ce nouveau tourment.

 

Avant qu’Hiroshi, encore choqué par le geste de sa meilleure amie, ait le temps d’ouvrir la bouche, le garçon lui asséna une gifle monumentale. Et si, dans l’ascenseur, il s’était agi d’un geste de défense, presque un réflexe, il y avait dans ce coup toute la frustration, la colère et la jalousie qu’il s’efforçait d’étouffer depuis bien des jours. Hiroshi vacilla sous la violence de la gifle, mais alors que tous, dans l’assistance, regardaient la scène avec ébahissement, Suguru aboya :

 

« Maintenant, j’en ai assez. Trop, c’est trop ! Je ne veux plus jamais avoir affaire à aucun d’entre vous, c’est compris ? Et vous encore moins que les autres, Nakano !! »

 

Sur ces mots il tourna les talons et s’enfuit de la salle de spectacle, aveuglé par des larmes de rage. Il n’avait pas mérité les insultes de ce dégénéré de Shindo, l’humiliation qu’il venait de lui infliger en public lui brûlait le cœur. Comment avait-il osé lui dire de telles choses ? Et pourquoi ? Comme d’habitude, cela avait un rapport avec Hiroshi… Et que dire de Sakura, qui lui avait bondi dessus sans autre forme de procès pour lui voler elle aussi un baiser ?

 

Personne parmi ces gens n’avait-il donc le moindre respect pour lui ?!

 

Abasourdi, la joue écarlate, Hiroshi fixait avec de grands yeux une Sakura consternée et horriblement mal à l’aise. Jamais, oh grand jamais, elle ne se s’était attendue à une réaction aussi agressive de la part de Fujisaki !

 

« Hiro, je… Je suis désolée… commença-t-elle, mais le jeune homme l’interrompit d’un geste.

 

- C’est bon. Je n’ai pas envie de parler de ça maintenant », répondit-il sèchement, encore ébranlé par la réaction de fureur de Suguru. Il lui manquait clairement des éléments… Et il n’avait pas fini d’entendre jaser, au lycée.

 

Sans un mot de plus il quitta lui aussi la salle. Il voulait demander des explications à Sakura, mais en même temps il était trop ému pour parvenir à garder son calme, et il savait qu’il risquait alors de dire des choses terriblement blessantes, qu’il regretterait après coup, mais trop tard.

 

Je n’arrive pas à croire qu’elle ait fait ça… Elle était sérieuse, et j’ai cru qu’elle plaisantait… Et à cause de ça…

 

Le jeune homme porta la main à sa joue brûlante. Fujisaki y était allé de toutes ses forces, comme animé d’un ressentiment terrible à son égard. Pourquoi ?

 

« Hé ! Hiro, attend-moi ! »

 

Son frère l’avait suivi et le rattrapa.

 

« C’est quoi cette histoire ? Qui c’était, ce gamin ? »

 

Hiroshi arbora un sourire triste et secoua la tête.

 

« Ce serait beaucoup trop long à raconter… » 

OoOoOoOoOoO 

 

La colère de Suguru avait mis longtemps à retomber. Après avoir quitté la salle de spectacle il était rentré tout droit chez lui, le cœur meurtri et embrasé d’une véritable fureur envers tous ces gens qui ne le considéraient que comme… quoi ? Un idiot ? Un petit naïf de qui on prenait plaisir à se moquer ?

 

 Qu’avait voulu dire Shindo par « tu n’es qu’une petite garce qui monte mon copain contre moi » ? Ces paroles blessantes et imméritées ravivèrent aussitôt les braises de sa rage. Qu’était allé s’imaginer cet abruti teint en rose ? Qu’il avait l’intention de lui voler Nakano ? Et de quelle manière ? Et ce crétin avait encore enfoncé le clou.

 

« Hiro se sert de toi. Il veut juste coucher avec un vierge. Ça l’excite, les puceaux. »

 

Suguru sentit soudain des larmes lui piquer les yeux et il les essuya d’un geste brusque. S’il y avait bien quelqu’un sur Terre pour qui il refusait de pleurer, c’était bien Nakano. Ainsi, en dépit de tout ce qu’il lui avait assuré, il n’avait pas changé. C’était toujours le même coureur dont le niveau intellectuel plafonnait à hauteur de l’entrejambe – et il ne changerait sans doute jamais.

 

« De toutes façons, connaissant Nakano, il n’attend sans doute qu’une chose… Pauvre Sakura… Elle va donner sa virginité à un drôle de garçon…

 

- Et après, il la jettera. »

 

Le jeune pianiste sentit de nouvelles larmes lui brûler les paupières. Tout le monde le disait… Il n’y avait rien à attendre d’un type comme Nakano. Il l’avait su dès le début, alors… alors pourquoi lui avait-il irrémédiablement abandonné son cœur ?

 

Et après, il le jettera. 

 

Incapable de lutter plus longtemps contre le chagrin qui lui comprimait la poitrine, Suguru enfouit son visage dans ses mains et donna libre cours à ses larmes. 

 

OoOoOoOoOoO 

 

En dépit de son insistance, Yuji n’était parvenu à rien arracher de plus à son frère qu’un silence maussade et buté. Il avait assisté de loin à l’altercation – très brève – et à son immense surprise, il avait vu un jeune garçon allonger une violente gifle à son cadet. Mais ce qui l’avait encore plus étonné avait été le manque de réaction d’Hiroshi. Quelque chose n’était pas clair dans tout cela… mais il ne parvenait pas à déterminer quoi.

 

Hiroshi, quant à lui, était totalement démoralisé. Il avait beau réfléchir, il ne parvenait pas à comprendre le pourquoi de cette gifle. Suguru n’avait sans doute pas apprécié le baiser de Sakura, vu la manière dont il s’était écarté d’elle, mais en quoi était-il responsable ? Le geste du garçon, il l’avait senti, avait été dicté par une véritable fureur, et non plus par l’indignation, comme la première fois.

 

Mais pourquoi ? Il avait beau se creuser la tête, il ne voyait pas ce qu’il avait fait susceptible de provoquer pareil geste d’agressivité. Mais si ce n’était pas lui… les autres, peut-être ? Qu’avait crié Suguru ? « Je ne veux plus jamais avoir affaire à aucun d’entre vous. » Voulait-il dire Sakura et lui ? Mais en y songeant, Shuichi avait insulté le pianiste en arrivant à la répétition.

 

Quoi que cela puisse être, le jeune homme en voulut en cet instant terriblement à son ami. Certes, c’était lui qui avait quitté Bad Luck en premier lieu, mais il était sincère dans sa volonté de reprendre le groupe… Et la jalousie de Shuichi envers Suguru n’avait aucune raison d’être.

 

Concernant Sakura, une discussion s’imposait aussi. Mais d’abord, il avait des choses à dire à Shuichi.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Suguru aussi avait des choses à dire à l’aspirant chanteur. C’est pourquoi, sitôt sorti de ses cours, il se rendit tout droit au J-Pop Café, peu fréquenté à cette heure, mais eût-il été bondé, il n’en avait cure ; il fallait qu’il dise ce qu’il avait sur le cœur à monsieur Shindo.

 

Shuichi était au comptoir quand il poussa la porte. Sans hésiter, il se dirigea droit vers lui et, sans le saluer, demanda d’une voix glaciale : « Un coca-cola, je vous prie. »

 

Shuichi le servit avec tout autant de froideur. Que lui voulait ce sale gosse ? Il venait le narguer jusque sur son lieu de travail, maintenant ?

 

Suguru trempa les lèvres dans son verre puis déclara, de but en blanc :

 

« Bien, monsieur Shindo, je ne vais pas aller par quatre chemins. Manifestement, vous avez quelque chose contre moi, bien que je n’ai pas la moindre idée de ce dont il s’agit. Alors, voici ma question. »

 

L’adolescent s’accouda au comptoir et planta les yeux dans ceux de son vis-à-vis.

 

« Qu’avez-vous voulu dire exactement par « tu n’es qu’une petite garce qui monte mon copain contre moi ? »

 

Shuichi accusa l’attaque sans presque sourciller et répondit d’un ton boudeur :

 

« Tu sais parfaitement ce que j’ai voulu dire. Tu n’es qu’un intrigant. 

 

- Intrigant, maintenant. Et de quelle manière ? insista Suguru d’une voix qui ne tremblait pas, en dépit de la colère qui bouillonnait en lui.

 

- Dis un peu que tu n’essaies pas de m’évincer de Bad Luck ! »

 

Suguru ouvrit de grands yeux. Il avait imaginé des tas de choses, mais certainement pas cela ! C’était… grotesque. Proprement ridicule. Et où Shindo était-il donc allé pêcher cette idée hautement stupide ?

 

Même s’il n’avait certainement pas le cœur à rire, le jeune garçon laissa échapper un petit gloussement moqueur.

 

« Moi ? J’essaie de vous évincer de Bad Luck ? répéta-t-il d’un ton incrédule mêlé d’ironie. Comme si je n’avais que ça à faire ! Je m’excuse, mais j’ai d’autres projets dans la vie que jouer de la pop, même si, il faut le reconnaître, votre départ serait la meilleure chose qui pourrait arriver à ce pauvre groupe ! »

 

Shuichi vira au cramoisi.

 

« Je savais que tu n’étais qu’une ordure ! siffla-t-il, piqué au vif et atrocement vexé. Et les démos que tu as fait passer à Hiro, je les invente, peut-être ? 

 

- Les démos ? 

 

- Ne joue pas les idiots avec moi, s’il te plaît. Il me les a faites écouter, tu as composé des arrangements sur un de ses morceaux à la guitare ! »

 

Suguru perdit aussitôt son air de mépris condescendant, frappé en plein cœur. C’était impossible – Shindo ne pouvait pas être au courant de l’existence de ces compositions. À moins que…

 

« Nakano vous a fait écouter mes compositions ? »

 

Il n’avait pourtant joué ce morceau qu’une seul fois devant le jeune homme et…

 

Mon ordinateur. Ce salopard a piqué mes compos sur mon portable !

 

« Et comment, qu’il me les a faites écouter ! Il était emballé, mais j’ai bien compris où il voulait en venir ! Et je parie que c’est toi qui le pousses depuis le début ! » rétorqua rageusement Shuichi, blessé.

 

Ainsi, Hiroshi avait volé ses mélodies et les avait fait écouter à d’autres. Il avait fouillé sans vergogne parmi ses dossiers… Jamais Suguru ne se serait permis une indélicatesse de ce genre.

 

Et, bien qu’il se soit fait le serment de ne plus jamais, jamais, échanger ne serait-ce qu’un mot avec Hiroshi Nakano, ce dernier coup bas exigeait une explication. En forme de point final.

 

Quoi qu’il en soit, Nakano attendrait, pour l’instant il n’en avait pas terminé avec son compère Shindo.

 

Un mince sourire glacé étira les lèvres de Suguru qui répondit, d’une voix calme et posée :

 

« Libre à vous de vous imaginer tout ce qu’il vous plaira sur mon compte, monsieur Shindo. Votre opinion m’indiffère à un point que vous n’êtes même pas en mesure d’imaginer. Cependant, il y a une chose que je ne peux pas laisser passer. »

 

Son sourire se fit encore plus désagréable.

 

« S’il y a bien une chose que je déteste, c’est me faire insulter. Je ne suis pas une « petite garce », monsieur Shindo. La prochaine fois, tâchez de vous en souvenir. »

 

Et, d’un geste vif, il envoya le contenu de son verre presque plein dans le visage de Shuichi, qui n’avait rien vu venir et demeura suffoqué.

 

« Adieu, monsieur Shindo. »

 

C’est dans un silence écrasant que le jeune garçon sortit du café, calme en apparence mais le cœur brûlant de rancœur, et bien déterminé à en découdre à présent avec Hiroshi.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Le samedi soir suivant la gifle avait été épouvantable. Au lieu de savourer les plats délicieux du célèbre restaurant italien l’Elio Locanda Italiana en charmante compagnie, Hiroshi avait traîné toute la soirée en pyjama et avait fumé cigarette sur cigarette.


Pour la première fois de sa vie, Hiroshi avait le cœur en miette et ça faisait mal. Pour la première fois de sa vie aussi, il était seul. Cette fois, ni Shuichi ni Sakura ne le consoleraient. Jamais jusqu’à aujourd’hui il n’avait pris conscience de sa chance et de son insouciance mais maintenant que les deux lui manquaient, il comprenait qu’il en avait abusé.


Un juste retour de bâton…


Le lycéen ne savait pas s’il devait être le plus bouleversé à cause de Shuichi, Sakura ou Fujisaki.


Depuis cette fameuse répétition durant laquelle il avait fait écouter les compositions de Suguru, plus rien n’était allé entre les deux musiciens.


Non… Il… Shuichi l’aurait dit à Fujisaki d’où la gifle ?


Ça tenait debout ! Pourtant il avait senti autre chose dans cette claque mais Hiroshi n’arrivait pas à mettre le doigt dessus.


Yuji avait insisté pour rester avec son frère mais il avait préféré rester seul, à se morfondre en écoutant de la musique.


Il se laissait doucement bercer par By Starlight des Smashing Pumpkins et la chanson le projeta une semaine en arrière.


Le moment avait été idéal pour se déclarer. Dans la solitude vespérale, le cadre un peu magique, il aurait pu dévoiler ses sentiments. Il avait voulu le faire mais il était terrorisé. Il n’avait jamais dépendu de quiconque et depuis quelque temps il se sentait lié à Suguru. Ça l’effrayait mais il aimait ce lien. C’était comme s’il n’était plus seul. Et Sakura avait raison. Il avait eu peur d’être rejeté. D’abord parce qu’il ne connaissait pas vraiment ce sentiment, hormis du côté de son père, et ensuite parce qu’il n’aurait plus pu voir Suguru si ce dernier l’avait éconduit.


Quand il était parti de chez lui à 16 ans, il s’était juré inconsciemment de ne jamais s’attacher mais de se faire aimer par le maximum de personnes. C’est comme ça qu’il avait commencé ses butinages amoureux. Il s’était senti aimé par ses partenaires de fortune et le plaisir compensait plutôt bien l’amour. Le plaisir n’offrait que des avantages et il était rarement déçu. Bien sûr, il y avait de mauvais amants mais ça n’était pas grave. Il les avait attirés dans ses filets et c’était ça le plus important. Pourtant, il n’avait pas osé cueillir le jeune pianiste.


«
By starlight I know you

As lovely as a wish granted true

My life has been empty, my life has been untrue

And does she really know, who I really am?

Does she really know me at last »


Il soupira et tira sur sa cigarette. Peut-être devait-il dire ce qu’il ressentait, et de toutes façons la situation ne pouvait pas être pire qu’elle ne l’était. La gifle de Suguru cachait des choses mais son regard glacial était sans équivoque. C’est Sakura qu’il aurait dû gifler, pas lui. Et comme c’était Hiro qui avait reçu le coup, il y avait forcément autre chose derrière et cette fois Nakano irait au bout des choses pour découvrir le fin mot de l’histoire.


La journée du dimanche n’avait été guère mieux. Il prit pourtant la résolution de se battre pour Suguru, il n’allait pas l’abandonner à cette félonne de Sakura !


Quand sa mère rentra en fin d’après-midi d’Hokkaido, elle vit tout de suite que quelque chose n’allait pas chez son jeune fils mais il éluda la question, prétextant un surplus de travail.


« Tu ne devrais pas étudier autant. Tu as eu de très bons résultats aux examens blancs. Divertis-toi un peu. Sors, va t’amuser avec Sakura ou Shuichi.


- Ils sont occupés.


- Et le petit Fujisaki ? Est-il aussi doué qu’il le sous-entend ?


- Oui. Il est talentueux mais il a raison, tu sais. Il travaille dur et… c’est aussi honorable que ce que je fournis pour intégrer Todai. »


Midori Nakano ne dit rien. Elle savait ce que représentait la musique pour son cadet et après tout, elle avait soutenu Yuji à suivre la voie qu’il voulait. Elle aurait pu encourager son plus jeune fils à renoncer à Todai mais il devait faire ce choix lui-même.


« Et les répétitions se passent bien ?


- Oui. Tout le monde aime Yuji-nii. Il a beaucoup de succès auprès des filles.


- Ça ne m’étonne pas. Et toi ? C’est une fille qui te met dans cet état ?


- Non, répondit Hiroshi en détournant le regard.


- Ça ne sert à rien de mentir à ta mère, Hiro-chan, gloussa-t-elle légèrement. Elle s’appelle comment ?


- Elle… »


Le lycéen ne put retenir un petit rire nerveux.


« C’est un garçon. »


Il ne put expliquer pourquoi il avait dit ça mais il en fut bouleversé. Il se releva et grimpa dans sa chambre. Il rassembla quelques affaires dans un sac et redescendit.


Sa mère n’avait pas bougé, trop sidérée pour dire quoi que ce soit mais quand elle vit son fils avec son sac, elle réagit.


« Hiro ! Reviens ! Où tu vas ?


- Je… je sais pas. »


Le jeune garçon n’arrivait pas à franchir le seuil de sa maison. Sa mère profita de son hésitation pour le rejoindre et l’enlacer.


« Hiro-chan, dit-elle gentiment, ne pars pas… Pas… pas pour… ça. »


Elle était encore sous le choc mais son fils comptait avant tout. Elle le débarrassa de son sac et de sa veste.


« Va te changer pour dîner, tu veux ? Mon fils est amoureux et c’est à fêter. Ce soir, tu sors ta mère. »


Même s’ils ne reparlèrent pas de l’aveu, madame Nakano l’avait tacitement accepté. Elle demanderait des explications plus tard. La soirée fut plaisante et ils ne rentrèrent que vers minuit tant ils s’amusèrent.
 

OoOoOoOoOoO 

 

Le lendemain une autre épreuve attendait Hiroshi au lycée. Les élèves témoins du baiser de Sakura et de la gifle de Fujisaki s’étaient empressés de le raconter aux absents et en week-end, et les rumeurs les plus folles couraient : Sakura avait trompé Hiroshi avec cet inconnu parce qu’il la maltraitait et l’inconnu défendait l’honneur de la jeune fille ; Hiroshi était sorti avec ce garçon puis l’avait largué et pour se venger Sakura l’avait embrassé en public pour humilier son petit ami officiel et celle que le guitariste préférait : les trois personnes formaient en fait un threesome et Hiroshi avait voulu intégrer une quatrième partenaire.


Le plus amusant dans cette histoire n’était pas qu’Hiroshi se fasse gifler par un garçon, plus jeune de surcroît, mais qu’il se fasse gifler et ne réagisse pas.


À la fin de la journée, le sujet s’était un peu tari et quand Hiroshi quitta le lycée vers 19h30, après une réunion du conseil des étudiants, le silence des couloirs vides le reposa.


Il voulait rentrer chez lui mais quelque chose lui disait d’aller voit Shuichi. Il n’avait pas pu lui demander ce qu’il avait dit au pianiste et s’il voulait résoudre l’énigme qu’il représentait, Hiro avait besoin de toutes les clés.


Le pas traînant et pas très motivé, il se rendit là où travaillait le chanteur. Quand il ouvrit la porte, quelqu’un fonça sur lui.


« Hé !! » s’exclama-t-il.


Mais quand celui qui lui avait foncé dessus releva la tête, il le maintint contre lui :


« Fujisaki ! Ne pars pas !


- Lâchez-moi, Nakano ! Ne me touchez pas ! grogna Suguru en se débattant.


- Non ! gronda Hiroshi fermement. Il faut qu’on parle ! J’en ai assez de me prendre des baffes à tout va sans avoir pourquoi ! »


Le ton autoritaire décontenança Suguru. Hiro en profita pour le tirer par le poignet dans une ruelle. Avant qu’il réalise, ils se trouvèrent devant un love hotel. Le pianiste se débattit davantage, terrifié par ce qui allait lui arriver. Visiblement habitué aux scènes de ménage, le réceptionniste ne s’interposa pas entre les deux adolescents ; tant qu’on le payait…


Hiroshi s’engouffra dans une chambre en tirant Suguru, et il referma la porte à clef.


« Excuse-moi, je ne voulais pas te faire mal mais les esclandres en public ça n’est pas trop ma tasse de thé.


- Et maintenant quoi ?? hurla Suguru. Vous allez me violer ? Hein ??


- Non ! Quelle idée !


- Pourquoi ??? Je ne suis pas à votre goût ? Pourtant les vierges ça vous plaît, non ?


- Mais de quoi tu parles ?


- Vous n’êtes qu’une ordure doublé d’un pervers irrespectueux, lubrique, égoïste et voleur ! Vous ne méritez pas mademoiselle Sakura ! Vous ne méritez personne ! »


Sur ce, Suguru se rua sur Hiroshi mais le lycéen le bloqua :



« Tu vas te calmer, oui ? De quoi tu parles ??


- Courir deux lièvres à la fois c’est minable ! Vous êtes minable !


- Je ne cours après personne, moi !


- Menteur ! Et mes compositions ? cria-t-il, vous ne les avez pas volé peut-être ?


- Ah… ça… »


Le guitariste soupira :


« Calme-toi deux minutes et laisse-moi parler. Après… déteste-moi, griffe-moi ou ce que tu veux. »


Un peu apaisé, mais toujours sur la défensive, Suguru s’installa sur la seule chaise de la pièce.


« Je… J’ai copié tes compositions parce que… j’avais l’idée folle que… que tu nous rejoignes. Tu es autant doué au piano qu’au clavier. Avec toi, je ne te cache pas qu’on aurait toutes nos chances de se professionnaliser. Ça… ça n’explique pas pourquoi j’ai fouillé ton ordinateur… »


Hiroshi s’interrompit, nerveux, et chercha une cigarette qu’il alluma après avoir ouvert la fenêtre.


« Si tu permets… Voilà… Crois-moi ou pas mais… j’en peux plus. Je… je crois que je suis fou de toi. C’est horrible d’être à tes côtés et de rester si… distant. Tu m’obsèdes. Je… je me disais qu’en regardant ce que tu avais comme dossier musical, j’en saurais plus sur toi et… et que je pourrais te plaire. Je te jure que je n’ai regardé que ça. Je... c’est mal mais je l’ai fait. Ensuite, pour la claque de samedi je… je pense que je ne l’ai pas méritée ! Et… d’ailleurs j’aimerais savoir pourquoi tu m’as giflé aussi fort. »


Le lycéen reprit son souffle et tira sur sa cigarette.


« Excuse-moi, dit-il doucement, je… je suis maladroit… et… c’est nouveau pour moi. J’ai rien fait depuis… depuis plusieurs semaines et… et tu m’as manqué. Toutes ces fois où je t’ai vu mais que je t’ai raté… »


Il écrasa nerveusement sa cigarette.


« Dis-moi quelque chose, s’il te plait… » implora-t-il.

 

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