CHAPITRE XVI

 

Son stylo à la main, Hiroshi fixait la feuille posée devant lui. Son avenir se jouait là, dans cet amphithéâtre ; réussir le concours d’entrée de la prestigieuse Tokyo Daigaku, se plonger dans des études de médecine, et renoncer définitivement à son rêve de musique et de gloire en compagnie de Shuichi.


Si seulement il avait eu l’occasion d’aborder le sujet de Bad Luck avec Suguru ! Mais il avait fallu que cette idiote d’Etsu intervienne, et après quoi la conversation avait dévié sur tout autre chose que la musique. Ils n’en avaient plus reparlé par la suite.


Ça veut sans doute dire que ça ne l’intéresse pas… Je ne peux pas vraiment lui jeter la pierre, il a autre chose en tête en ce moment.


Les examens universitaires n’allaient pas tarder à débuter, déterminants pour le passage en deuxième année, et de plus, Suguru travaillait sur un autre morceau qu’il devait interpréter à l’occasion d’un festival de musique classique au Suntory Hall, au début du mois de mars. Pas très étonnant, dans ces circonstances, qu’il ait d’autres préoccupations que le devenir de Bad Luck.


Tant pis. Hiroshi prit une profonde inspiration et cocha la première case. Sa décision était prise ; ne restait qu’à l’assumer.

 

OoOoOoOoOoO 

 

« Alors ça y est ? Tu repars à Tokyo demain ? »


Rassemblés autour d’une assiette de petits gâteaux, Suguru et ses amis discutaient comme ils l’avaient si souvent fait au cours des années passées. Le jeune garçon acquiesça.


« Oui, je suis presque complètement rétabli, même si je suis encore un peu fatigué. Mais les examens débutent dans une semaine, et j’ai encore beaucoup à réviser. Je suis mieux là-bas pour travailler, j’ai moins de distractions.


- Mais pourtant, il y a beaucoup de choses à faire à Tokyo, fit remarquer un lycéen.


- Oui, mais je ne connais pas énormément de monde, alors je peux m’isoler plus facilement. »


Son amie Rié piocha un biscuit et s’enquit innocemment :


« Mais tu t’es au moins fait un ami, ce garçon qu’on avait croisé le soir du Tanabata ? Nobu nous a dit qu’il vous avait rencontré dans un café samedi dernier, vous vous êtes réconcilié alors ? »


Suguru lança un regard incisif au dénommé Nobu qui lui renvoya un sourire désarmant.


« Hé bien, en fait, heu… Il est venu m’apporter des cours dont j’avais un besoin urgent, se justifia-t-il.

- Mais tu n’avais pas dit que ce n’était qu’un obsédé qui ne pensait qu’au sexe et qu’il n’était pas intéressant ? »


Suguru se sentit rougir, d’autant que venait de surgir dans son esprit le souvenir de la petite gâterie dans l’ascenseur.


« C’est un musicien lui aussi, déclara-t-il, tâchant de dissimuler son trouble. Et… et finalement, on a… des points communs. Et là, il… il m’a proposé de faire partie de son groupe.


- Un groupe ? répéta Shinzo, un autre des lycéens. De quel genre ?


- Pop. Enfin, ils ne sont pas trop au top, c’est pour ça qu’il m’a demandé d’être leur clavier.


- Oh, ce serait chouette ! Tu vas accepter ? s’exclama Rié avec enthousiasme.


- Je ne sais pas. J’ai beaucoup de travail avec la fac, et c’est juste pour m’amuser que je joue du synthé. Ça n’est pas très sérieux. »


Mais c’est toujours mieux que ce que fera jamais Shindo. Et si mon cousin est prêt à donner sa chance à Bad Luck… Cela veut dire qu’Hiroshi pourrait lui aussi réaliser son rêve…


« Arrête, hé ! Doué comme tu l’es au piano, ce sera un jeu d’enfant pour toi ! Tu devrais accepter », dit Nobu en lui tapant sur l’épaule.


Oui, mais ça voudrait dire… travailler avec Shindo. Cet individu n’est supportable qu’à dose homéopathique, et en plus il ne supporte pas les critiques…


Oui, mais, pour Hiroshi il était bien capable d’endurer quelques pleurnicheries, non ?


« Je vais y réfléchir », conclut Suguru, tout en sachant déjà quelle allait être sa réponse.
 

OoOoOoOoOoO 

 

Le lendemain, Hiroshi alla chercher son petit ami à la gare. Bien qu’ils se soient fréquemment téléphoné tout au long de la semaine écoulée, ils saluèrent leurs retrouvailles par un long baiser, sitôt à l’abri dans la voiture du jeune homme.


« Tu m’as manqué, dit gentiment celui-ci en plantant un petit bisou sur le bout du nez de Suguru. Tu es complètement remis, au moins ?


- Oui, tout va bien. Évidemment, je tousse encore un peu, mais sinon ça va. Avez-vous eu le résultat de votre concours ?


- Il doit arriver mardi. Mais je n’ai pas très envie d’en parler pour le moment. »


Assez compréhensible. Suguru décida de changer de sujet, sentant clairement que celui-ci était assez sensible.


« J’ai réfléchi à ce que vous m’avez dit, la semaine dernière. À propos de Bad Luck. »


Il observa une courte pause. Hiroshi ne détourna pas les yeux de la route mais hocha légèrement la tête.


« Et… qu’est-ce que tu as décidé ?


- C’est d’accord. Je veux bien vous aider. Mais… j’ai beaucoup de travail, Nakano. Alors, ce que je vous propose, c’est d’être en quelque sorte… un membre additionnel. Cela vous convient-il ? »


Un large sourire s’épanouit sur le visage d’Hiroshi.


« Si ça me convient ? Et comment ! Mais ne t’en fais pas, je sais quelles sont tes échéances à court terme, et je te promets que Shuichi ne viendra pas te casser les pieds pendant tes examens. »


Qu’il essaie seulement… Le petit pianiste ne formula pas sa pensée, mais son expression en cet instant indiquait bien que Shuichi avait tout intérêt à ne pas venir s’y frotter.


« Et… Qu’est-ce qui t’a poussé à accepter de te compromettre dans un groupe aussi miteux, si ce n’est pas indiscret ? » poursuivit Hiroshi, le cœur empli tout à coup d’une véritable allégresse. Avec le concours de Suguru, Bad luck avait à présent les moyens d’aller très loin, d’autant que Tohma Seguchi en personne avait manifestement décidé de leur donner un coup de pouce. Avec de tels atouts en main, se professionnaliser n’était plus un rêve !


« La pitié, sans doute, répartit Suguru d’un ton condescendant, mais ses yeux bruns pétillaient de malice.

- Au fait, je crois que j’ai trouvé un appartement, annonça Hiroshi. Je dois justement aller le visiter ce soir. Ça te dit de m’accompagner, ou tu as du travail ? »


Le jeune homme avait passé la semaine à démarcher les agences immobilières et avait fini par trouver un petit appartement dans le quartier de Harajuku, non loin du parc Yoyogi. Un peu plus spacieux que celui qu’il occupait précédemment, au loyer plus conséquent également, il était assez grand pour deux personnes. En toute honnêteté, il se représentait bien Suguru y vivre à ses côtés, mais se retint de le mentionner. Leur relation était encore trop neuve, et de toutes manières il voyait mal le jeune garçon abandonner son studio étudiant en pleine période d’examens universitaires. Oui, mais… à la rentrée ?


Ce qu’Hiroshi ne savait pas, c’est qu’au même instant Suguru pensait exactement la même chose. Mais, tout comme lui, il n’en dit pas un mot et se contenta d’un « pourquoi pas ? » neutre, du moins espérait-il qu’il l’était.
 

OoOoOoOoOoO 

 

« Et donc voilà. Je me retrouve à la rue.


- Quoi ?!! » s’exclamèrent en chœur Sakura et Shuichi.


Quelques clients tournèrent la tête dans leur direction, mais aucun d’eux ne leur accorda la moindre attention.


« Bah oui, pour mon père ça a été la goutte d’eau. Mais comme je suis quelqu’un de prévoyant, j’avais déjà assuré mes arrières ce qui fait que je ne vais tout de même pas me retrouver à dormir sous un pont cette nuit », ajouta Hiroshi avec bonne humeur.


Il n’y avait d’ailleurs pas eu d’éclat. Après avoir reçu la lettre de résultat du concours d’entrée à Todai notifiant qu’il n’avait pas été admis, Hiroshi était aussitôt allé trouver son père. Celui-ci, en peu de mots, lui avait fait part de sa profonde déception, avait ajouté qu’il n’était pas surpris, et lui avait ordonné de quitter le domicile familial. Sans même tenter d’argumenter, le jeune homme avait hoché la tête et entrepris de faire ses bagages : il avait toujours su que son retour à la maison n’était que provisoire.


Sa mère n’avait pas non plus essayé de le retenir ; ses deux fils n’étaient pas faits pour vivre dans le carcan imposé par la tradition familiale, et elle soupçonnait même son cadet d’avoir volontairement sabordé son concours.


« Ne t’en fais pas, maman, j’ai trouvé un appartement près de Yoyogi, j’y ai même déjà placé quelques affaires. Je… je savais quel allait être le résultat.


- Tu l’as fait exprès, n’est-ce pas ? Tu aurais pu réussir ce concours, et brillamment avec ça.


- Oui mais… j’aurais dû renoncer définitivement à mon rêve avant même d’avoir essayé de le vivre. J’ai envie de me laisser une chance, tu comprends ? »


Midori Nakano hocha la tête.


« Oui. Et je te souhaite de réussir, Hiro. »


Celui-ci sourit et déposa un baiser sur la joue de sa mère.


« Il faut que j’y aille, je dois passer chez Yuji. À bientôt, maman. »


Il allait ouvrir la porte quand une dernière question de sa mère l’arrêta.


« Hiro ? Cette personne, ce… ce garçon… dont tu m’as parlé… Vous êtes ensemble ?


- Oui, maman.


- J’aimerais… si c’est possible… faire un jour sa connaissance. »


Un petit sourire voleta sur les lèvres d’Hiroshi.


« Tu le connais déjà. C’est Suguru Fujisaki, l’étudiant en musique. Et je… je suis raide dingue de lui.

- Oh », dit simplement madame Nakano. Si elle s’était doutée… Mais, quelque part, elle n’était pas très étonnée. Son fils n’avait pu succomber qu’à un musicien… évidemment.


« Tu l’as dit à ta mère ?!! »


Shuichi pas plus que Sakura n’en croyait ses oreilles, mais ce qui les surprenait plus encore était le fait que madame Nakano ait pris la chose avec autant de sérénité.


« Hé bien oui. Mais elle savait déjà que j’aimais un garçon. En plus, elle apprécie beaucoup Fujisaki, alors tout va bien !


- Et pour Bad Luck ? Quand est-ce qu’on s’y remet pour de bon ? demanda Shuichi, sans tenir compte du regard noir que lui lançait son patron depuis un moment déjà.


- Dès que les examens universitaires seront terminés. Pour l’instant, à mon avis, mieux vaut ne pas l’importuner avec ça. »
 

OoOoOoOoOoO 

 

Suguru poussa la porte de son studio et se laissa tomber sur son lit avec un profond soupir de soulagement. Terminé. Il en avait terminé avec ses examens, et heureusement car il n’en pouvait plus. Dès l’instant où il était rentré à Tokyo, il s’était mis au travail d’arrache-pied, oubliant sorties, amusements et – presque – Hiroshi. Les deux garçons ne s’étaient quasiment pas vus au cours de cette période, s’en remettant au téléphone pour discuter un court instant chaque soir.


Mais là il en avait fini, et il avait bon espoir de passer en deuxième année avec des notes honorables. Il allait pouvoir couper un peu, prendre le temps de souffler, et envisager concrètement de commencer à collaborer avec Bad Luck. Il lança un coup d’œil à l’étui dans lequel était rangé son synthétiseur, singulièrement délaissé ces derniers temps.


Plus tard. Pour l’instant, je ne veux plus entendre parler de musique.


Mais d’un certain guitariste, c’était une toute autre affaire… Suguru alluma son téléphone mobile et composa le numéro d’Hiroshi.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Pour leur première sortie depuis la fin des examens de Fujisaki, Hiroshi avait choisi un café de Shibuya. Pas trop intime ni trop impersonnel.


« Tout de même… 0% de réussite… c’est étonnant.


- J’étais assez fatigué ce jour-là, mima Hiroshi, j’ai cru mou-rir ! »


Mais Suguru n’était pas dupe. Ses résultats aux examens préparatoires n’avaient cessé d’augmenter et son pourcentage de réussite était bien au-dessus de la moyenne.


« Et qu’allez-vous faire ?


- Dwight me prend à plein temps les lundis, jeudi et samedis, à mi-temps les mardis et vendredis ce qui fait qu’on répètera les mardis et jeudis après-midi, Shuichi a obtenu de son patron les mêmes horaires. Enfin, lui il bosse moins mais son copain l’entretient, ajouta Hiroshi, amusé. Ça te convient comme début ?


- Et le mercredi, vous ne travaillez pas ?


- Non, le mercredi, je bulle avec mon chéri !


- Ça me va pour les répétitions et… les bulles.


- C’est la Saint Valentin la semaine prochaine, si je pose mon samedi on peut partir vendredi, après le déjeuner, et fêter dignement cet événement, et on ne sera pas obligés de skier…


- Encore une idée polissonne derrière la tête ?


- Ça se pourrait… ou pas, ronronna l’ancien lycéen. Et puis il faudra bien avoir chaud, tu pourrais retomber malade…


- Je ne doute pas une seconde que vous faites ça pour ma santé, Nakano… Ce soir par contre, vous me ramenez chez moi et je ne vous invite même pas à monter boire un dernier verre…


- Et pourquoi ça ?


- Je me lève tôt et je vous soupçonne de déborder d’idées pour empêcher quelqu’un de dormir.


- Oui, sourit Hiroshi. Et un jour tu m’en remercieras… »


 

OoOoOoOoOoO 

 

Deux jours plus tard commença la répétition à trois.


Shuichi, en dépit de la présence de Suguru, virevoltait d’enthousiasme : son meilleur ami avait raté Todai, il ne le quitterait donc pas, et Tohma Seguchi, TOHMA SEGUCHI, allait les produire. Cerise sur le gâteau : Eiri l’avait déposé aux répétitions ! Ses cheveux reflétaient son humeur : le monde était merveilleux et il était le plus heureux !


Cet état de grâce ne dura pas longtemps malheureusement.


Hiroshi accordait sa guitare et Suguru, qui avait amené son synthétiseur, étudiait les partitions des précédents morceaux composés par Shuichi. Tout en conservant la mélodie, le pianiste les avait presque complètement réécrites et quand il programma le premier titre, Shuichi bondit, criant à la trahison.

« À quoi vous attendiez-vous, monsieur Shindo ? Que je ne fasse que réinterpréter vos morceaux ?


- Non mais là je ne reconnais plus rien !


- C’est normal Shu, il les a arrangés, plaida le guitariste.


- Tu as un parti pris, Hiro !


- On va régler ça une fois pour toutes, devant témoin, dit Nakano en regardant Sakura. Tu t’es excusé une fois pour ton comportement, Fujisaki a accepté. Ensuite, je prends parti, oui, mais d’un point de vue musical. Si j’avais des objections à formuler à Fujisaki, je le ferais en toute équité. Alors, je ne t’en veux pas personnellement, Shu. Et concentre ton énergie sur le chant.


- Oui, Hiroshi, » acquiesça le chanteur, penaud.


Le reste de la répétition se passa comme sur des roulettes et Sakura fut impressionnée. Le groupe avait vraiment une autre aura grâce à Suguru. Hiroshi proposa un verre à la jeune fille mais elle déclina l’offre.


« J’ai un rendez-vous…


- Un rendez-vous ?? Avec qui ?? Un garçon ??? Il est au lycée ??


- Mon pauvre Hiro, si tu es en manque de ragots, je te conseille de feuilleter les magazines people. Je suis sûre que tu auras de mes nouvelles…


- Ça veut dire quoi ? Tu sors avec une star et c’est dans les magazines ou tu moques de moi ?


- Les deux, Nakano adoré.


- Reste là ! Tu sors avec quelqu’un et… tu ne m’as rien dit ?


- T’es choupi quand tu te fais des films tout seul. »


La jeune fille lui posa un baiser sur la joue et sortit. Il ne restait que Suguru et Hiroshi :


« J’en reviens pas qu’elle me fasse tourner en bourrique comme ça. C’est vraiment un truc de gonzesse, ça. Un peu comme une seconde nature, tu vois ? Tu crois qu’elle voit quelqu’un, toi ?


- Pourquoi pas ? C’est une jolie jeune fille, vive et intelligente.


- Et casse-pieds… Qui voudrait d’elle ?


- Vous, à une époque pas si lointaine…


- Moi, c’est pas pareil… »


Un bisou magique de Suguru et toutes pensées de Sakura avec un éventuel petit ami s’envolèrent.


« Ce soir j’ai le droit de monter chez toi ?


- Non toujours pas.


- T’exagères ! Je te promets de garder ma langue dans ma bouche et mes mains dans mes poches.


- Non je dois travailler encore.


- Au fait, c’est bon pour vendredi ?


- Oui.


- Prends des affaires chaudes, ils annoncent un froid glacial. »


Hiroshi l’enlaça puis le ramena chez lui.

OoOoOoOoOoO 

 

Le guitariste appréhendait un peu la Saint Valentin. C’était lui qui avait lancé cette idée de week-end au ski mais il avait l’impression de reculer avec Suguru. Depuis l’ascenseur, le jeune Kyotoïte semblait se dérober. Il avait été malade donc le contraire l’aurait étonné mais là il avait bien récupéré.

Pour ce week-end en amoureux, il avait supplié Yuji de lui laisser l’appartement. Son frère l’avait taquiné : s’il insistait autant c’était pour amener quelqu’un mais qui ? Oui, Hiroshi qui parlait beaucoup à son frère ne lui avait pas dit pour Suguru. Il avait été prêt à lui dire aux vacances de Noël mais ça ne s’était pas fait. Alors il avait repoussé. Finalement, le musicien avait avoué que c’était pour y aller avec quelqu’un.


« Tu vas lui donner le pop corn, hein ?


- Quoi ?


- Me dis pas que tu as jeté ton cadeau d’anniversaire !!!!


- Aahhh… Non, je l’ai toujours…


- Ça sera super comme cadeau !


- J’imagine, tiens… avait répondu ironiquement Hiroshi.


- Quoi, tu as honte de ton frère ?


- Non, c’est bon. Je vais lui offrir. »


Là, Hiroshi se retrouvait coincé entre un petit ami qui ne voulait pas de lui et un cadeau bizarre… Comment s’en tirer ?


Il chercha un autre cadeau mais il n’avait jamais fait de cadeau à quelqu’un qu’il aimait et ne trouva rien de satisfaisant. Sa mère saurait peut-être mais quand il l’appela, elle lui dit de se débrouiller, que c’était personnel ce genre de cadeau.


En faisant les boutiques, il se décida pour un chocolat en forme de nounours, fort mignon au demeurant.
 

OoOoOoOoOoO 

 

Suguru le rejoignit à treize heures tapantes devant Hit Import et ils partirent chez Hiroshi pour prendre ses affaires et déposer la chatte chez Yuji.


« Je crois que mon frère ne sera pas seul non plus pour la Saint Valentin. Il a mis une heure à répondre, il était torse nu quand il m’a enfin ouvert et je jurerais avoir senti le parfum d’une fille », gloussa le conducteur en prenant la direction de l’aéroport.


Le vol fut laborieux. Un blizzard soufflait et l’avion que les deux amoureux avaient pris fut le dernier à atterrir, l’aéroport étant fermé juste après. Un taxi les déposa devant un immeuble et ils s’y engouffrèrent le plus vite possible.


« C’est mort pour skier, dit Hiroshi, un peu déçu de ne pas pouvoir étrenner le surf qu’il avait acheté l’an passé. Mais mes parents sont prévoyants ! Il y a des jeux, des films et une grande baignoire. »


Suguru écoutait d’une oreille ; son regard était absorbé par les diverses photos des enfants Nakano à diverses périodes de leur vie. Il sourit en en voyant une sur laquelle Hiroshi devait avoir quatre ans. Il avait une guitare en jouet et riait. Le pianiste sursauta quand son petit ami l’enlaça :


« J’avais quatre ans et demi. J’ai fait de progrès depuis, gloussa-t-il. Et grâce à toi, je vais peut-être pouvoir en vivre. Merci d’avoir accepté… murmura-t-il en déposant un petit baiser dans le cou de son petit ami.


- Je fais cela juste pour la notoriété… Hiroshi. »


Nakano frémit.


Hiroshi… Il vient de m’appeler Hiroshi…


Peut-être s’était-il fait des idées sur le pseudo éloignement. Peut-être qu’il avait besoin de temps avant aller plus loin.


L’appartement fut vite chaud et ils abandonnèrent deux couches de vêtements.


Pour une fois, Yuji avait pensé à réapprovisionner - sûrement à l’initiative de Sakura qui, même si Hiroshi n’était pas venu, avait fini par se laisser convaincre par les deux frères qu’elle ne gênerait pas le frère aîné de son ami – et ils n’eurent pas à sortir pour dîner. À l’unanimité, ils votèrent pour commencer à regarder la saison 1 de Twin Peaks que Yuji avait oublié. Suguru s’installa dans le canapé moelleux et Hiroshi en profita pour faire du thé et préparer du pop corn au milieu duquel il glissa le pop corn sous verre.


Il donnerait le chocolat plus tard.


Il retourna s’asseoir et attendit que Suguru tombe sur le pop corn.


« Qu’est-ce que… » demanda-t-il, très étonné.


Et là Hiroshi dut se concentrer pour ne pas éclater de rire et croire en ce qu’il allait dire :


« C’est un grain de pop corn en forme de cœur. Quand tu le verras, tu te rappelleras mon amour pour toi et tu souviendras que je suis aussi bon sucré que salé. Je ne te recommande pas le beurre, sur moi c’est un peu écoeurant. »


C’était inattendu mais mignon, surtout venant d’un coureur endurci comme Nakano avait pu l’être. Suguru le mit de côté :


« Moi aussi j’ai un cadeau pour vous, Hiroshi mais je vous le donnerai plus tard. Je voudrais bien terminer le DVD. »


Surpris, Hiroshi ne le questionna pas.


Ils regardèrent un autre DVD mais la fatigue se fit sentir.


« Installez-vous dans la chambre, je vous rejoins. »


Un sourire victorieux aux lèvres, Hiroshi se changea dans la chambre et se glissa dans le lit, prêt à déployer ses talents. Mais quand il vit Suguru sur le pas de la porte, il faillit mourir de rire.


« T’as peur que j'abuse de toi pendant la nuit ? Ben là avec ça tu risques rien.... »


Il se leva et tourna autour de Suguru comme une mouche autour du miel. Il toucha le tissu :


« Mais ça existe encore des… des chemises de nuit, avec, attention, bonnet assorti, pour les... euh... adolescents ? C'est terrible ! Attends je vais te prendre une photo sinon on me croira jamais !


Mais Suguru, un peu vexé, le retint par le poignet. Sans se démonter, même si un peu tremblant, il ôta chemise de nuit et bonnet :


« Et comme ça, je vous fais toujours rire, Hiroshi ? »

 

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