CHAPITRE II

 

« Voilà. Tu es chez toi, maintenant. Ça va aller ? Tu vas t’en sortir, tout seul ? »

 

Suguru hocha la tête avec un petit sourire.

 

« Oui, ne vous en faites pas, Mika. Merci de m’avoir aidé à emménager. »

 

Mika Seguchi fit une dernière fois le tour du studio étudiant dans lequel son jeune parent allait passer le reste de son année universitaire. Il n’était certes pas grand, mais situé dans un quartier calme et à proximité de tout ce que l’on pouvait souhaiter en fait de commodités. Suguru pouvait rentrer l’esprit tranquille à Kyoto pour la Golden Week, tout était en règles.

 

« Bien, alors j’y vais, annonça-t-elle en enfilant sa veste. Si tu as le moindre problème, n’hésite pas à m’appeler, ou Tohma. 

 

- Je n’y manquerai pas, Mika. Au revoir. »

 

Demeuré seul, Suguru balaya d’un regard satisfait son nouveau chez lui. Non qu’il ait été mal chez ses cousins, mais il tenait à son indépendance. Il s’était fait très vite à sa vie d’étudiant, et habiter seul ne lui faisait pas peur. D’ailleurs, avec ses cours, il n’avait pas non plus beaucoup de temps libre…

 

Cependant, il était encore tôt dans l’après-midi, et le jeune garçon décida d’aller faire un petit tour dans son nouveau quartier. Situé à proximité de la faculté, il abritait de nombreuses résidences étudiantes et l’on y rencontrait, de ce fait, une population jeune et un peu bohème.

 

Alors qu’il passait devant un petit cinéma, son regard fut attiré par le vibrant écarlate de l’affiche de Twin Peaks, de David Lynch. Suguru ne l’avait jamais vu, mais il avait aimé d’autres films de ce réalisateur et il décida soudain qu’il pouvait tout aussi bien passer la fin de l’après-midi en compagnie de la troublante Laura Palmer. Un coup d’œil aux horaires lui indiqua que la séance débutait dix minutes plus tard, et il se dirigea vers le guichet, devant lequel quelques personnes faisaient la queue.

 

« … Mais non, tu vois bien qu’on a encore le temps ! fit une voix féminine dans son dos. Ça ne débute que dans dix minutes ! 

 

- Si toi et tes semblables n’aviez pas cette manie de vous refaire la devanture chaque fois que vous devez mettre un pied dehors… 

 

- Refaire la devanture ? Non mais dis donc, espèce de goujat ! Tu vas voir, je vais faire circuler ça dans tout le lycée et ta réputation en prendra un méchant coup, Nakano-le-tombeur ! 

 

- Oh ! Vous n’oseriez pas faire ça, belle et cruelle Reine des Neiges ! »

 

Tout au bout de la file d’attente, Suguru se figea. La voix du garçon lui avait tout d’abord parue familière, et maintenant, à cette expression, il venait d’identifier à qui elle appartenait : au jeune homme du train, du café et du disquaire. D’ailleurs, s’il avait eu le moindre doute, la même fragrance légère et ambrée frappa soudain ses narines, confirmation si besoin était qu’il s’agissait bien du même jeune homme, et qu’il devait se trouver juste derrière lui.

 

Suguru se raidit et garda les yeux fixés droit devant lui. Il n’avait aucune envie de parler à ce personnage… et pourquoi son cœur s’était-il mis à battre si fort ?

 

« J’espère pour toi que c’est un bon film, Nakano. Tu sais que moi, la VO… 

 

- Je t’assure que tu vas adorer. Peut-être pas tout comprendre, mais je suis certain qu’il va te plaire. L’univers de Lynch est particulier, mais il est impossible d’y rester indifférent. »

 

Lynch. Ils avaient donc l’intention d’aller voir Twin Peaks. Suguru envisagea l’espace d’une seconde d’aller voir autre chose, mais il avait vraiment envie de voir ce film-là. Tant pis, avec un peu de chance l’autre serait trop occupé à roucouler avec sa copine pour lui prêter attention.

 

« Une place pour Twin Peaks, s’il vous plaît. »

 

Mais, de la même manière qu’Hiroshi avait été révélé par sa voix, Suguru le fut par la sienne. À peine avait-il refermé la bouche qu’il entendit s’exclamer :

 

« Ça alors ! Mais c’est monsieur Satie ! »

 

La moutarde lui monta subitement au nez et, sans se soucier de l’employé du guichet ni des autres personnes qui attendaient dans le hall, il se retourna vivement et siffla :

 

« Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures, alors je vous prierai d’arrêter avec ça, monsieur Nakano ! »

 

Sans attendre de réponse, il prit son ticket et fila tout droit vers la salle. Décidément, ça promettait ! Tokyo était pourtant une grand ville, peuplée de millions d’habitants, alors pourquoi ne cessait-il de croiser ce type aux cheveux longs ?

 

Il s’appelle Nakano… songea-t-il en s’asseyant dans le fond de la salle. D’ailleurs, il peut bien s’appeler comme il en a envie, pour ce que ça m’intéresse !

 

Hiroshi et Sakura, cependant, étaient restés très surpris – voire interdits – par la réaction disproportionnée qu’avait provoqué la boutade, bien innocente, du jeune homme. Ils payèrent leurs places et se dirigèrent à leur tour vers la salle.

 

« C’était qui ce gosse bizarre, Nakano ? s’enquit Sakura. Tu le connais ? 

 

- Ben… pas vraiment, pour tout dire. En fait, on n’arrête pas de se rencontrer. Il est venu un jour au café où travaille Shu – et cet idiot n’a rien trouvé de mieux que de lui renverser son café dessus ; je l’ai revu ensuite à Hit Import, et maintenant ici… Le pire, c’est que je suis certain de l’avoir déjà croisé avant tout ça, mais je n’arrive pas à me rappeler o ù… et lui soutient que non. 

 

- Mais alors, vous avez déjà discuté ? »

 

Un petit sourire voleta sur les lèvres du jeune homme.

 

« Je ne suis pas certain que « discuter » soit bien le terme qui convienne, mais… oui, on s’est déjà parlé. »

 

« Et pourquoi il est parti comme ça ? »

 

Ils venaient de rentrer dans la salle, et Hiroshi jeta un coup d’œil à l’ensemble des sièges afin de déterminer l’endroit où s’étais assis Suguru, mais celui-ci s’était déjà enfoncé dans sa place et il ne le vit pas.

 

« Disons que… j’ai gentiment plaisanté sur lui, quand il est venu à la boutique, et… il ne l’a pas très bien pris. J’ai été étonné de le revoir ici, et je voulais… m’excuser, en quelques sortes… pour la dernière fois, mais il ne m’en a pas laissé le temps. »

 

Son amie haussa les épaules.

 

« Bah, si c’est vraiment comme tu le dis, tu auras sans doute encore l’occasion de le revoir et tu pourras lui présenter tes plus plates excuses. Mais… un sourire mutin étira ses lèvres bien dessinées, je ne savais pas que tu en pinçais pour les collégiens ! 

 

- Cesse de raconter n’importe quoi, rétorqua placidement Hiroshi. Tu vas ruiner ma réputation, et puis ce n’est pas un collégien. 

 

- Non ? Et comment tu le sais ? »

 

Le jeune homme lui adressa un petit clin d’œil.

 

« Je te le dirai une autre fois… sauf si tu m’accordes un baiser », lui souffla-t-il à l’oreille. Sakura gloussa.

 

« Bien essayé, mais c’est raté. Tu peux garder tes petits secrets sans intérêt, tu n’obtiendras rien de moi. Je te l’ai dit, Nakano. Un mois sans sexe ni cigarette… Il ne tient qu’à toi de faire des efforts ! »

 

Sur ce, les lumières s’éteignirent et tout le monde dans la salle se tut.

 

OoOoOoOoOoO 

 

La Golden Week avait filé à une vitesse incroyable, et Suguru s’était retrouvé bien trop vite à son goût à Tokyo. Bien qu’il ait apprécié son indépendance, il était reparti de Kyoto avec un léger vague à l’âme et depuis son retour, quelques jours auparavant, il avait un peu le mal du pays. Et il avait beau s’être plongé dans ses études, ce soir-là il n’arrivait pas à se concentrer.

 

Je ferais tout aussi bien d’aller faire un tour dehors…

 

Les journées commençaient à rallonger et l’air était doux en ce début de mai. Repoussant sa chaise, le jeune garçon se leva et quitta son studio.

 

En dépit du fait qu’il s’entendait bien avec ses camarades de classe, il ne s’était pas fait d’amis parmi les étudiants ; ceux-ci étaient plus âgés que lui et avaient d’autres centres d’intérêt, aussi ses sorties se faisaient-elles en solitaire, et bien que Suguru n’en ait pas souffert, car il n’avait de toutes façons pas beaucoup de temps à accorder aux sorties à cause de son travail, il aurait aimé rencontrer des gens partageant ses goûts.

 

Mais bon, la seule personne que je n’ai cessé de croiser jusqu’à maintenant ne correspond pas vraiment à la description…

 

Ceci dit, Nakano, puisque tel était le nom du jeune homme aux cheveux longs, aimait manifestement la musique puisqu’il travaillait dans ce magasin d’imports. Il avait aussi lu sa partition, ce jour-là au café… et il l’avait retrouvé au cinéma, dans la même salle. Donc, ils avaient peut-être des affinités, en fin de compte…

 

De toutes manières, ce n’est qu’un baratineur minable qui doit sauter sur tout ce qui bouge. Et d’abord, je n’en ai rien à faire, de ce type.

 

Suguru avait projeté de se rendre à Shibuya, haut-lieu de rendez-vous de la jeunesse tokyoïte. L’endroit était intéressant, bien que surpeuplé, et au cours de l’une de ses visites le garçon avait repéré un magasin de disques qu’il s’était promis de revenir voir. L’ennui était qu’il ne se rappelait absolument plus de son emplacement.

 

Le jeune garçon erra dans le quartier, sans accorder aucune attention au fait que le soir tombait. Tout entier à sa recherche du disquaire, il ne s’aperçut pas qu’il s’était enfoncé dans un dédale de ruelles, et quand il leva les yeux vers les immeubles qui l’entouraient, il réalisa qu’il s’était complètement perdu.

 

Et qu’il se trouvait en plein cœur de Dozen-Zaka, réputé pour ses bars, ses night-clubs et ses love hotels.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Hiroshi regarda la jeune fille s'éloigner. Elle se retourna et lui fit un petit signe de la main auquel il répondit par un sourire. Comment s'appelait-elle déjà ?


Mi... Minami ? Bah je la reverrai pas de toutes façons.


Elle non plus ne le reverrait pas. Ils s'étaient rencontrés dans un club à peine deux heures auparavant et avaient voulu approfondir leur relation dans un love hotel. Et maintenant, ils s'étaient séparés devant l'hôtel, aucun de deux ne demandant les coordonnées de l'autre. Il s'alluma une cigarette et poursuivit sa promenade. La soirée ne faisait que commencer !


Hiroshi aimait Shibuya. Sous ses airs désinvoltes et je-m'en-foutiste, il était assez studieux mais aussi fêtard et Shibuya était l'Eden. Les boites de nuit et divers pubs foisonnaient, quand à la faune, elle était chaude comme la braise.


En plus, y a plein de love hotels, c'est toujours mieux que les backrooms...


Il marchait dans les rues bondées, sans réel but sinon celui de s'enivrer de l'ambiance électrique et festive du quartier, une musique imaginaire dans la tête. Puis son regard se posa sur une silhouette qui lui semblait familière.


Le coll... Monsieur Satie, pensa-t-il avec un sourire.


Il sortait parfois avec Sakura et Shuichi. Ces soirées-là étaient les soirées d'amusement, celles où aucun des trois ne cherchait quelqu'un. Ils allaient au karaoké puis boire un verre et si ça n'était pas trop tard, ils allaient en discothèque.


Mais ce soir il était seul et ces soirs-là, il recherchait de la compagnie. À Shibuya, il branchait uniquement des filles. Quand il voulait une compagnie masculine, ses errances l'amenaient à Ni-chôme, haut-lieu homosexuel de Tokyo.


Hiroshi était volage. Tout le monde l'aimait mais lui n'aimait pas vraiment quelqu'un. Selon lui, son capital “amour” était partagé entre Shuichi et Sakura. Jamais il ne sortirait avec aucun des deux mais il déplacerait des montagnes si l'un des deux le lui demandait. Et puis il n'avait que 18 ans ! Oh, il n'était pas réfractaire à l'idée de tomber amoureux mais personne ne l'avait vraiment intéressé jusqu'ici. Il avait des coups de coeur pour des personnes qu'il rencontrait mais ça ne durait jamais. Il n'était pas contre non plus l'idée de fréquenter quelqu'un régulièrement mais ses partenaires occasionnels se contentaient d'étreintes fugaces et sans lendemain. Alors oui, il butinait. Encore et encore.


Il sourit.


Il ne revoyait jamais ses multiples partenaires mais le destin s'acharnait à mettre ce frêle garçon sur son chemin. En face de Suguru, planté l'air perdu devant un love hotel, un trentenaire aussi se dirigeait vers lui. Avaient-ils rendez-vous devant... cet endroit ? Une petite moue de... jalousie – de jalousie ? - déforma légèrement le visage de Hiroshi mais s'effaça aussitôt. Non, ils n'avaient pas rendez-vous et le garçon ne semblait pas consentant. Hiroshi courut vers eux deux :


« Shuichi ! cria-t-il. Shuichi, je suis en retard, désolé ! »


Il avait crié le premier prénom auquel il avait pensé et, arrivé à la hauteur des deux hommes, il attira Suguru contre lui et l'enlaça.


« Désolé de mon retard ! J'ai voulu t'appeler mais je n'ai plus de batterie ! »


Avant que quelqu'un dise quoi que ce soit, il s'adressa à l'inconnu, faisant abstraction de son gabarit deux fois plus imposant que le sien :


« C'est mon petit ami. Ça vous pose un problème ? »


Puis à Suguru :


« Viens, les filles nous attendent. »


Il n'attendit pas de réponse ; il l'entraîna dans la foule où ils se noyèrent. Sûr de ne pas être suivis, le jeune homme relâcha son étreinte.


« Excuse-moi, tu attendais peut-être quelqu'un mais ce type paraissait louche. Si tu veux, je peux te ramener devant l'hôtel.


- Non... non je n'attendais personne.


- Super. Tu peux peut-être dîner avec moi ! Je ne te cacherais pas que je suis... affamé. »


Suguru resta sans voix, tout s'était tellement précipité !


« Au fait, je m'appelle Hiroshi Nakano. Je suis content de te revoir. Surtout ici… ronronna-t-il.


- Ce n'est pas ce que vous croyez.


- Je ne crois rien, sourit Hiroshi. Allez viens, je t'invite, tu es vraiment pâle. Y a un restau sympa à deux pas. »


Deux pas pour un grand garçon comme lui peut-être, mais Suguru dut trottiner pour rester à la hauteur du garçon aux cheveux longs.


« Fujisaki. Je m'appelle Suguru Fujisaki, dit-il à bout de souffle alors qu'ils s'arrêtaient enfin devant un petit restaurant qui ne payait guère de mine.


- Enchanté, Suguru Fujisaki. Ça a l'air minable mais c'est très bon. »


Les deux adolescents entrèrent et au vu de la commande d’Hiroshi, il n'avait pas dû manger pendant trois jours, se dit Suguru.


« Tu faisais quoi de beau à Shibuya ? Tu rejoins des amis ? Une copine ? Un… copain ? demanda Nakano, arrachant un rougissement à Suguru.


- Non ! Je cherchais un magasin de musique.


- Laisse-moi deviner... B-Side ?


- Oui...


- Un concurrent... Mauvais point, Fujisaki, rit Hiroshi. Non, ils ont de bonnes choses et une trèèèèèès jolie vendeuse, si tu veux mon avis. Mais encore une qui a un sale caractère... et un petit ami baraqué ! »


Pourquoi semble-t-il tout ramener au sexe ? se demanda Suguru, dubitatif.


« Au fait, je sais où je t'ai vu. Dans l'Hikari, y a presque deux mois. Le garçon de la voiture 7. Tu ne trouves pas bizarre qu'on se voit aussi souvent dans une aussi grande ville ?


- Le hasard... marmonna l'adolescent.


- Oui... Le hasard... ou pas... »


Mais Nakano laissa sa phrase en suspends et ils terminèrent leur repas en silence. Suguru voulait payer mais Hiroshi l'en empêcha.


« Je t'ai dit que tu étais mon invité. »


L'étudiant allait dire qu'il rentrait chez lui mais le lycéen l'entraîna par la main dans un pub.


« Ils jouent de la très bonne musique ici, on pourra discuter agréablement. »


Discuter agréablement ? C'est quoi ce plan ? se demanda Suguru, pris au dépourvu.


Ni un, ni deux, ils s'installèrent à une petite table. Sur scène, un groupe jouait des tubes de la décennie précédente mais qui faisaient toujours fureur.


« Tu as aimé le film l'autre soir ? »


Et sans qu'ils s'en rendent compte, ils passèrent deux bonnes heures à parler cinéma puis la discussion glissa sur la musique.


Hiroshi perdit son air un brin concupiscent et son regard bleu-gris s'illumina d'une nouvelle lueur. Il parlait peu mais relançait assez souvent Suguru, qui était intarissable.


« C'est incroyable qu'à 16 ans tu sois admis à cette école ! Tu dois être talentueux. »


Un sourire satisfait, qui en disait long, s'étira sur le visage de Suguru.


« Ça serait un pêché que tu ne sois pas pianiste avec d'aussi jolies mains », le complimenta Hiroshi en prenant les mains de l'autre garçon dans les siennes.


Mais Suguru les retira vivement.


« Je ne les aurais pas mangées », gloussa Hiroshi puis il changea de sujet, lui demandant s'il était en vacances à Kyoto ou s'il habitait là-bas.

 

« Je suis de Kyoto. Je n'habite ici que depuis le début de la rentrée.


- Et ça n'est pas trop dur de rester seul ou tu as des amis ?


- J'ai de la famille... Un... cousin. »


Il n'allait quand même pas dire que son cousin était Tohma Seguchi. Le Tohma Seguchi des Nittle Grasper et patron de N.-G. Prod.


Suguru réalisa qu'il n'avait cessé de parler de lui. Hiroshi n'avait rien dit sur lui.


« L'autre jour, vous avez lu les partitions. Vous faites de la musique également ?


- Je gratouille, sourit Hiroshi. Mais tu sais, tu peux me tutoyer, je suis mineur moi aussi. J'ai presque 19 ans. »


Fujisaki esquissa une moue des plus adorables.


« Non. Je... je préfère vous vouvoyer. Vous... gratouillez ? Vous jouez de la guitare ?


- Oui, depuis jeune mais... c'est amateur. Shuichi joue du clavier et il se débrouille bien même si son truc c'est surtout le chant.


- Shuichi ?


- Le serveur aux cheveux roses.


- Oh... »


Il est donc doué de ses mains pour quelque chose ? songea Fujisaki.


Sans avoir fait exprès, Hiroshi fuma la première cigarette depuis le love hotel.


« Ça ne te gêne pas que je fume ?


- Non, mentit Suguru. Mais votre amie ne va-t-elle pas être mécontente ?


- Sakura ? rit Hiroshi. Non... enfin si, mais son avis importe peu. »


Suguru en profita pour regarder l'heure.


« Kami ! Il est plus de minuit ! Je dois me lever tôt !


- Je te raccompagne ? »


Le pianiste hésita puis accepta. Il était tard et rentrer seul ne le l'enchantait guère. Hiroshi termina sa cigarette et ils s'arrêtèrent devant une Kawasaki Zephir 750, noire comme l'ébène. Jusque là Suguru n'avait pas fait attention mais son sauveur était habillé de manière... sexy. Il portait un pantalon en cuir noir moulant. Sa chemise noire, un peu transparente, laissait voir la peau plus foncée de ses tétons. Le garçon ne sortit de sa rêverie que lorsqu’Hiroshi se pencha vers lui pour lui donner sa veste.


« Mets-la, tu vas avoir froid. Moi j'ai l'habitude. »


Et comme d'habitude, il n'attendit pas de réponse. Le garçon boutonna sa veste jusqu'en haut. La caresse ambrée l'enveloppa et lui tint bizarrement chaud. Ses vêtements allaient sûrement être imprégnés par le parfum. Nakano lui offrit son casque et lui demanda son adresse.


Un peu méfiant, Suguru ne donna pas son numéro mais celui de ses voisins.


« Accroche-toi bien, Fujisaki. »


Et il démarra en trombe. Conduite sportive mais prudente. Vingt minutes plus tard, il le déposa à l'adresse indiquée.


« C'est un peu plus bas, en fait », avoua Suguru en indiquant un petit immeuble.


Quelques mètres plus loin, il lui rendit veste et casque et le remercia.


« Attends ! Tu as un portable ?


- Oui, répondit presque du tac-au-tac Suguru.


- Tu me le passes ? »


Curieux, le garçon obtempéra. Nakano bidouilla l'appareil et le rendit à son propriétaire.


« Je t'ai laissé mon numéro à « Nakano ». J'ai passé une très bonne soirée alors... appelle-moi quand tu veux faire une virée à Shibuya ou ailleurs. Sinon, je suis sûr que le destin nous rapprochera. Bonne nuit ! », conclut-il avec un clin d'oeil.


Il remit sa veste et son casque ; il partit sur un wheeling et en faisant un signe de la main.

 

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