CHAPITRE V

 

Le mercredi 6 juillet, comme tous les matins de la semaine, c’est une chanson diffusée par son radio-réveil qui tira Suguru de son sommeil. Encore à-demi endormi, il se traîna dans la salle de bain et prit une douche qui l’aida à dissiper la brume dans laquelle il était plongé.

 

Son horizon ainsi dégagé, il prit rapidement son petit déjeuner puis alluma son téléphone portable ; il contenait un message de sa mère, qui lui souhaitait un joyeux anniversaire et lui rappelait sa venue, ainsi que son frère, pour le week-end.

 

Son anniversaire ! Il l’avait totalement oublié. Ce qui lui remit en mémoire l’invitation à dîner de Mika pour le soir même. Au moins, il ne serait pas tout seul pour fêter son dix-septième printemps. Et comme il n’avait pas de cours l’après-midi, cela lui laisserait du temps pour travailler un peu avant de se rendre chez les Seguchi.

 

Suguru prit ses affaires et quitta son studio. En passant devant la rangée de boîtes aux lettres, dans le hall de la résidence, il jeta machinalement un coup d’œil et vit qu’il y avait une enveloppe dans la sienne. L’avait-il oublié la veille ? Intrigué, il la ramassa. L’enveloppe ne comportait ni timbre ni tampon en dehors des mots « à l’attention de Suguru Fujisaki » écrits au stylo. Aucune adresse d’expéditeur, bien entendu… Le garçon décacheta la lettre avec curiosité et en tira une feuille blanche pliée en deux, sur laquelle n’étaient imprimés qu’une adresse Internet et, en dessous, un mot de passe. Rien d’autre.

 

C’est une blague ? songea-t-il. Qui, en dehors de ses proches, savait qu’il habitait ici ?

 

Quoi qu’il en soit, il n’avait pour l’instant pas le temps d’approfondir ce mystère aussi se hâta-t-il d’aller prendre son métro.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Les cours de l’après-midi ayant sauté pour cause de professeur absent, Suguru rentra chez lui à 13 heures. Il déjeuna en chemin d’un bol de ramen à un yatai puis entreprit de s’atteler à ses devoirs.

 

C’est alors qu’il se souvint de l’étrange lettre trouvée le matin dans sa boîte. De quoi pouvait-il bien s’agir ? Peut-être n’était-ce rien d’autre qu’un virus… Mais qui se serait amusé à aller jusque chez lui pour lui jouer un tour aussi idiot ?

 

Sa curiosité finit par l’emporter sur sa méfiance, et il rentra l’adresse sur son ordinateur.

 

La page qui s’ouvrit était celle d’un blog, mais contrairement aux blogs classiques, elle ne comportait aucun renseignement sur la personne à qui il appartenait. D’ailleurs il n’était constitué que d’une seule page, grise, au centre de laquelle n’apparaissait qu’un seul champ : « Password ». Suguru n’hésita qu’un infime instant avant de rentrer le mot de passe, qui fit apparaître sur la page un grand rectangle divisé en 9 cases, chacune comportant une image : une clé de sol, un train, une tasse à café, un 45 tours, la photo d’un hôtel (un love hotel !) celle du Pavillon d’Or, à Kyôto, la couverture de Pop Corn, une part de gâteau au chocolat et une image du film Mulholland Drive. Intrigué, le garçon passa sa souris dessus et vit que chacune des cases était cliquable. Au hasard, il appuya sur la clé de sol, et une courte mélodie se fit entendre puis, une fois achevée, un petit clavier apparut.

 

Oui, et alors ? songea Suguru. Il cliqua au hasard d’une des touches, mais le clavier disparut et l’image de la clé de sol reprit sa place.

 

Surpris, le garçon cliqua sur le train, et cette fois une fenêtre s’ouvrit avec la phrase suivante : « Multiple de 2, je suis le n° de voiture dans laquelle tu étais, croyant être dans l’autre. »

 

Suguru ouvrit des yeux comme des soucoupes. Alors ça ! Regardant d’un nouvel œil la grille, il comprit soudain qui était à l’origine de la lettre et du blog.

 

Ainsi, c’était Nakano qui lui avait envoyé ça ! Pourquoi ?

 

La petite charade attendait une réponse. Intrigué en dépit de tout, le jeune garçon entra « 6 », et aussitôt la fenêtre se ferma. La case représentant un train devint blanche avant d’être remplacée par autre chose… le fragment d’une image plus grande, dont le reste était encore caché.

 

Nakano avait-il fait cela lui-même ? Chacune des images correspondait à quelque chose qu’il connaissait de lui, ou en relation avec l’une de leurs rencontres. Une chose était certaine, faire ceci avait dû lui prendre du temps.

 

Suguru cliqua à nouveau sur la clé de sol, et la petite mélodie se refit entendre, suivie de l’apparition du clavier. Donc, il fallait sans doute qu’il la restitue à l’identique… facile.

 

Chacune des cases constituait une petite énigme ; la date de construction du Kinkaku-Ji, le célèbre Pavillon d’Or ; le nom des deux actrices principales de Mulholland Drive, autre film de David Lynch ; le quartier de Shibuya réputé pour ses love hotels, et ainsi de suite. Rien de très difficile, et sitôt que le jeune garçon eut donné la dernière réponse au « nom d’un magasin de Shinjuku spécialisé dans l’import de disques », la grande image apparut dans son entier : la photo d’une guitare et en dessous, un message.

 

« Félicitations ! À présent, clique sur la guitare et tu seras récompensé de tes efforts, en espérant que tu aimeras. »

 

Suguru cliqua. L’image demeura la même, mais une mélodie se fit entendre. Un air de guitare, un peu mélancolique, doux et langoureux, semblable à une ballade. Le garçon en fut surpris. Était-ce Nakano qui l’avait composée ? C’était très beau, en tout les cas, et il ferma les yeux pour mieux apprécier la musique.

 

Le morceau prit fin au bout de cinq minutes, et quand il rouvrit les yeux, l’étudiant vit qu’un nouveau message était apparu.

 

« C’est moi qui ai composé cette mélodie et je te l’offre en espérant que tu voudras bien me pardonner pour la manière idiote dont j’ai agi avec toi. J’ai mérité ta gifle et tes reproches. Je sais que tu as effacé mon numéro de ton téléphone, mais si tu veux me revoir, tu me trouveras à Hit Import. Je te promets de ne plus jouer les imbéciles avec toi comme j’ai pu le faire. En espérant te revoir bientôt,

 Nakano. »

 

Suguru demeura songeur un long moment. Il s’agissait clairement là d’une tentative de réconciliation… et d’un beau cadeau d’anniversaire, même si Nakano l’ignorait certainement. Le hasard, encore… Ce hasard – ou destin – qui s’acharnait à les mettre en présence en dépit de tout.

 

Assez étrangement, le jeune garçon se sentit ridiculement heureux à cette idée.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Après avoir travaillé sur ses cours une partie de l’après-midi, Suguru se rendit chez son cousin Tohma. En dépit du découragement qui l’avait saisi après sa dispute avec Hiroshi, il avait finalement décidé de continuer à suivre l’enseignement de l’ancien claviériste de Nittle Grasper, et il ne le regrettait pas. Il avait très rapidement progressé et avait quasiment rejoint, sur le plan technique du moins, l’illustre Tohma Seguchi.

 

« Tu dois te languir samedi pour voir ta mère et ton frère, lui dit Mika alors qu’ils en arrivaient au dessert. J’imagine que ça ne doit pas être très amusant de devoir vivre loin de sa famille à ton âge. Tu t’es fait des amis, à la fac ? 

 

- Oui, quelques-uns, répondit Suguru, sans préciser que les relations qu’il entretenait avec ceux-ci ne s’étendaient pas au-delà des bâtiments de l’université. Mais je ne sors pas beaucoup, de toutes manières. J’ai du travail. 

 

- Tu es studieux, toi. Si seulement Tatsuha mettait autant de cœur à ses études… » Et pas autant à fantasmer sur Ryuichi Sakuma, mais ceci est une autre histoire.

 

Tohma se leva soudain de table et convia son cousin à le suivre. Mika sourit. Le jeune garçon allait sans doute être fou de joie à la vue de ce qui l’attendait.

 

« Dis-moi, Suguru, tu es bien décidé à continuer le synthé ? s’enquit Tohma en ouvrant la porte de son bureau.

 

- Oui. J’ai hésité pendant une période, mais j’ai bien réfléchi. Et puis, j’aime ça. 

 

- Parfait ! Au moins, je n’aurai pas à le ramener… »

 

Un étui ouvert était posé sur le bureau lustré et, à l’intérieur, se trouvait un superbe synthétiseur dernier cri.

 

« Je l’ai choisi spécialement pour toi, et vu ton niveau je pense qu’il te conviendra parfaitement. Avec un bon séquenceur, tu pourras créer tous les arrangements que tu voudras… Il te plaît ? »

 

Suffoqué, Suguru s’approcha lentement de l’instrument. Il s’y connaissait suffisamment, à présent, pour voir au premier coup d’œil qu’il avait dû coûter une petite fortune.

 

« Oh… Merci, monsieur Seguchi, mais… vous n’auriez pas dû, c’est… Bien sûr, qu’il me plaît ! Mais c’est beaucoup trop… parvint-il à bafouiller, subjugué.

 

« Allons, ça me fait plaisir. Et tu as tellement de talent qu’il serait dommage de ne pas l’exprimer sur du bon matériel. Et puis ne t’en fais pas, j’en ai parlé à tes parents et ils m’ont donné leur accord. »

 

Suguru acquiesça, muet de bonheur. Inconsciemment, la mélodie d’Hiroshi lui revint en mémoire, et il ne put s’empêcher de songer qu’il y avait avec cela matière à faire une formidable composition.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Le lendemain, à peine sorti de ses cours, le garçon se rendit à Hit Import. Il tenait à remercier Hiroshi pour son cadeau et mettre une bonne fois pour toutes les choses au clair entre eux. Il poussa la porte de la boutique et chercha du regard le lycéen. Celui-ci discutait avec un client, aussi alla-t-il jeter un coup d’œil aux nouveautés en attendant. C’est un parfum ambré désormais familier qui l’avisa qu’Hiroshi s’était approché de lui avant même qu’il ouvre la bouche.

 

« Bonsoir, Fujisaki. Je… je suppose que tu as eu mon message, si tu es là… dit le jeune homme, un peu gêné.

 

- Bonsoir, monsieur Nakano. Oui, je l’ai eu… Je… je suis venu vous remercier. C’est une très belle mélodie que vous avez composée, répondit Suguru, tout aussi gêné.

 

- Ah ! Je suis contente qu’elle te plaise… »

 

Mais qu’il était donc difficile de renouer le dialogue ! Le malaise entre eux était toujours perceptible. C’est Suguru qui se lança le premier.

 

« Oui, et je l’ai d’autant plus appréciée qu’hier c’était mon anniversaire, et j’ai donc reçu un très beau cadeau. »

 

Son anniversaire ? Pourquoi ça ne me surprend pas ? Il y a vraiment plus que du hasard qui guide nos actions…

 

« Oh ! Je ne savais pas ! Pour une coïncidence… Bon anniversaire, alors. Ça te fait… dix-sept ans, c’est ça ? Écoute, Fujisaki, je tiens vraiment à m’excuser pour ce que j’ai fait… pour ce baiser dans l’ascenseur. J’ai vraiment été en dessous de tout, sur ce coup, et encore plus après, quand je suis censément venu chez toi pour m’excuser. Je… je me suis comporté comme un imbécile, mais je n’ai pas envie de perdre ton amitié, expliqua Hiroshi d’un ton grave.

 

- Je… ne peux pas dire que j’ai agi beaucoup plus intelligemment, reconnut le jeune garçon. Je ne vous ai laissé aucune chance de vous expliquer… Et je n’avais pas le droit de vous dire tout ce que je vous ai dit, votre vie privée ne regarde que vous, après tout. Je ne vous en veux plus pour le baiser et… si c’est possible… j’aimerais que nous recommencions à nous voir. Vous jouez très bien de la guitare, et j’aimerais avoir le plaisir de vous entendre à nouveau. »

 

C’est avec une certaine anxiété que Suguru attendit la réponse qui tardait un peu à venir. À son grand soulagement, Hiroshi lui sourit.

 

« Je souhaitais sans oser l’espérer que tu me dirais ça. Moi aussi je t’apprécie beaucoup et… même si nous ne nous connaissions pas vraiment, j’ai plutôt mal vécu cette brouille, bien que ce soit moi qui l’ai en grande partie provoquée. Je suis heureux que nous ne restions pas en mauvais termes, toi et moi. De toutes manières, le destin ne cesse de nous remettre en présence malgré nos meilleurs efforts ! Et puis… il s’interrompit.

 

- Et puis ? répéta Suguru, curieux.

 

- Et puis, Shuichi a besoin de tes conseils pour le synthé. À ce propos, il paraît que tu lui as dit qu’il avait fait des progrès ? Il était tout content ! »

 

La glace étant définitivement brisée et la gêne du début dissipée, ils se mirent à discuter à bâton rompu, aussi à l’aise qu’ils avaient pu l’être avant leur brouille.

 

« Et Pop Corn, au fait, il est bien ? 

 

- Pour tout dire, je n’en suis encore qu’au début. J’ai eu beaucoup de travail dernièrement, et je risque même d’en avoir encore plus, parce que, savez-vous ce que mon cousin m’a offert pour mon anniversaire ? Un synthétiseur ! Il est magnifique, monsieur Nakano, avec lui je sens que je vis faire de bonnes choses ! déclara Suguru avec enthousiasme.

 

- Vraiment ? Mais… tu n’as pas dit, quand tu es venu assister à la répétition, que tu ne savais pas te servir d’un synthé ? 

 

- Oh, mais depuis j’ai appris ! Mon cousin est vraiment un excellent professeur, il aurait été difficile de ne pas faire de progrès ! 

 

- Le talent est une affaire de famille chez toi, on dirait ! Ton cousin est doué, lui aussi ? 

 

- Un peu, oui ! C’est Tohma Seguchi », déclara étourdiment Suguru qui se mordit aussitôt la lèvre, mortifié d’avoir laissé échapper ce qu’il s’était juré de garder secret, sa parenté avec le « génial Tohma », claviériste du groupe de légende Nittle Grasper. Face à lui, Hiroshi ouvrit de grands yeux.

 

« Ton cousin… c’est Tohma Seguchi ?! »

 

OoOoOoOoOoO 

Tohma Seguchi...


Une lueur, et de surprise et d'admiration, illumina le regard bleu-gris et pendant quelques secondes, il ne trouva rien à dire.


« Mais vous ne devez pas l'ébruiter, s'empressa de rajouter Suguru, un peu affolé à l'idée qu’Hiroshi le dise à Shuichi qui lui le dirait au pays entier en moins d'une minute et alors là, tout s'effondrerait. À l'école, on ne connaissait pas son illustre parenté. Aussi doué soit-il, les mauvaises langues auraient vite dit que Suguru avait acheté sa place. Monsieur Nakano ! »


Dans la tête d’Hiroshi, une bataille sans merci se livrait. Un Hiro fan-boy jaillit au nom même de « Tohma Seguchi ». Le guitariste n'était pas particulièrement fan du célèbre claviériste mais son nom évoquait forcément le respect et la fascination. Un Hiro « homme d'affaire » le chassa et évalua les nouvelles chances des Bad Luck de percer. Avec un peu d'habileté, il pourrait glisser à Suguru une de leurs démos.


Sous le regard étonné de Suguru, Nakano secoua la tête. Shuichi et lui y arriveraient mais pas comme ça.


« Appelle-moi « Nakano ». « Monsieur Nakano »... ça n'est pas moi, sourit-il. Je serais ravi de t'écouter au synthé mais ça devra rester entre nous. D'ici à ce que Shuichi me pende pour trahison s'il apprenait ça... il n'y a qu'un pas, gloussa-t-il. Et... tu me donnerais ton numéro de téléphone ?

- Nakano, je te paie pas pour draguer les clients ! »


Les deux garçons sursautèrent.


« Pourtant c'est une bonne technique de vente, Dwight. Je fidélise la clientèle », répondit avec assurance le jeune vendeur.


Yué qui n'était pas loin, rit.


« Et quand tu les plaques, ils vont acheter ailleurs. »


Yué et le patron rirent de concert.


Yué Shichijou avait un an de plus que Hiroshi et étudiait la philosophie. C'est sa passion pour la musique – et aussi le besoin de travailler pour payer une partie de son loyer – qui l'avait mené à Hit Import. Embauché en même temps que Nakano, ils avaient tout de suite sympathisés.


La boutique employait quatre autres personnes : Akio Nakamura, Kuniyoshi Ito et deux filles : Umiko Tanaka et Otoe Takahashi.


Nakano et Fujisaki étaient un peu gênés.


« Laissez-lui donc votre numéro, le camion de livraison vient d'arriver et ce n'est pas moi qui vais le décharger », conclut Dwight en retournant à la caisse.


Suguru lui écrivit donc son numéro.


« On peut se voir ce week-end ? demanda Hiroshi en rangeant le bout de papier dans son portefeuille.


- Ma famille vient pour mon anniversaire...


- Ben plus tard alors...


- NAKANOOOOO! »


Dwight...

« Je dois y aller. À plus tard alors ! »


Le guitariste fit un petit signe de la main et disparut par la porte de derrière au fond du magasin.
 

OoOoOoOoOoO 

 

« J'ai faiiiim, Sakura », glapit Hiroshi.


On était samedi et le parc Ueno était bondé. Il avait plu toute la semaine et profiter d'un week-end au soleil avait séduit plus d'un Tokyoïte.


Shuichi ayant lâchement délaissé ses deux amis pour se consacrer à sa nouvelle passion – l'écrivain Eiri Yuki, rencontré par hasard un soir – Hiroshi et Sakura avaient pique-niqué seuls.


La jeune fille lui donna un sushi qu'il avala tout rond.


« Tu es un petit goinfre, Nakano.


- Mais ch'est tellement bon ch'e que tu cuig'ines ! dit-il en croquant dans un autre sushi préparé par la lycéenne.


- Je ne serais pas toujours là pour te faire à manger, tu sais. »


Le guitariste, qui était paisiblement couché sur les genoux de son amie, se redressa :


« Sakura, quand tu auras un... un copain, toi aussi tu m'abandonneras ? »


Un instant, la jeune fille fut troublée par la sincérité et l'inquiétude du jeune homme.


« C'est toujours pareil avec Shuichi. Dès qu'il a une nouvelle lubie, il s'en va et ne revient que quand c'est terminé et qu'il a besoin de quelque chose. J'ai tellement de défauts mais pas celui-là et... je ne pense pas être possessif, mais... des fois j'ai le sentiment qu'il se sert de moi parce qu'il sait que je serai toujours là pour lui. Moi, ça me blesse qu'il me prenne, me jette, me reprenne et me rejette.


- Hiro, ne dis pas ça ! C'est de notre âge !


- À chaque fois que je le sens s'éloigner de moi, j'ai peur de le perdre et un jour, je serai fatigué de l'attendre. »


Sakura serra son ami contre elle.


« Avoue que tu me dis ça juste pour avoir un bisou... » dit-elle gentiment en caressant la chevelure cuivrée soyeuse.


Hiroshi ravala ses larmes et sourit :


« Oui, mais ça n'a pas l'air de marcher », essaya-t-il de plaisanter.


Ce dont il ne lui parla pas, c'était de la discussion qu'il avait eue avec ses parents la semaine précédente. C'était sa dernière année au lycée et en plus du daigakenyugakehigun, il allait peut-être préparer Todai. Au début, quand ses parents lui en avaient parlé, il avait rué dans les brancards, argumentant qu'il n'irait pas à l'université, qu'il serait musicien professionnel. Mais l'attitude égoïste de Shuichi le laissait perplexe. Prévoyant, Hiroshi envisageait peut-être une alternative à une carrière dans le monde du spectacle mais c'était bien trop tôt pour en parler.


Sakura l'embrassa sur la joue et esquissa un petit sourire.


« C'est un début », gloussa Hiroshi en reposant sa tête sur les genoux de la jeune fille pour qu'elle puisse continuer de lui donner la becquée.


Après le déjeuner, ils s'allongèrent l'un contre l'autre à l'ombre d'un arbre imposant et s'endormirent.

Leur sieste ne dura pas longtemps et quand ils se réveillèrent, une envie pressante de glace les submergea.

« Ne bouge pas, princesse, je connais tes parfums préférés. »


Hiroshi n'eut pas à aller bien loin pour trouver un marchand ambulant de glaces.


Au stand, il fut frappé par un petit garçon. Les cheveux noirs comme la nuit, le regard tout aussi sombre et des vêtements un peu... inappropriés pour un garçon de son âge.


« Bonjour », le salua Hiroshi.


Le garçonnet ne répondit pas.


« Tu es venu seul ? »


Toujours pas de réponses.


« Je vois... Tes parents t'ont dit de ne pas parler aux inconnus... poursuivit Hiro. Je m'appelle Hiroshi Nakano. »


Le petit garçon, toujours méfiant, daigna enfin le regarder.


« Ton grand frère serait-il Suguru Fujisaki ? »


Autre lueur dans le regard noir.


« Je suis un de ses amis.


- Vous connaissez nii-san ?


- Oui. Il est ici aussi ?


- Je... Je suis perdu... lâcha enfin le petit garçon avec un regard éploré.


- Je vais l'appeler. »


Une bonne chose que je lui ai demandé son numéro de téléphone... songea le lycéen en composant le numéro.


« Fujisaki, salut c'est Nakano, ça va ? Je suis... avec ton frère près du temple Benzaiten.


- ...


- Oui, il y a un marchand de glaces. Je vous attends. »


Il raccrocha et se pencha vers le garçon :


« J'allais prendre des glaces, je t'en offre une ?


- Non merci, monsieur Nakano.


- Tu es sûr ? Il faut chaud pourtant... »


Le garçon détourna le regard. Hiro sourit et sut que la bataille était gagnée :


« Quels parfums aimes-tu ?


- Chocolat et marron, monsieur Nakano. »


Le guitariste prit donc un glace à ces parfums-là pour le garçon et prendrait les siennes plus tard.


À peine le petit garçon eut-il entamé sa glace que le pianiste accourut, essoufflé, suivi d'un peu plus loin par une petite femme brune.


« Ritsu ! hurla Suguru en serrant fort son frère contre lui. Tu étais où ?


- J'ai tourné la tête et vous n'étiez plus là alors j'ai attendu ici.


- Et tu manges une autre glace alors qu'on s'inquiète ?


- C'est monsieur Nakano qui me l'a offerte mais je ne l'ai acceptée que quand j'étais certain que ça n'était pas un inconnu. »


Suguru regarda Hiroshi et s'inclina.


« Merci, nous nous faisions beaucoup de soucis. Ce parc est tellement immense et il y a tellement de monde aujourd'hui ! »


La petite femme arriva à leur hauteur et serra le petit Ritsu contre elle. Aucun doute n'était permis sur leur parenté.


« Voici ma mère et mon frère Ritsu, présenta Suguru. Maman, voilà Hiroshi Nakano.


- Enchanté de vous rencontrer, madame Fujisaki, dit Hiroshi en s'inclinant.


- Également, monsieur Nakano, et merci d'avoir retrouvé Ritsu, nous étions très inquiets. »


Ils discutèrent encore un moment et le groupe se sépara :


« Je vous remercie de votre invitation, madame Fujisaki mais... je suis venu avec une amie.


- C'est dommage, j'espère vous revoir, monsieur Nakano. À bientôt.


- À bientôt et bonne journée. »


Hiroshi les regarda s'éloigner et retourna auprès de Sakura avec les deux glaces.


« Tu es parti les chercher au Pôle Nord ?


- Non... J'ai rencontré Fujisaki. Enfin son petit frère qui s'était perdu et je les ai appelés...


- Tu as le numéro du gamin ?


- C'est pas un gamin ! Il est déjà à l'université ! Et pas n'importe où !


- Il a 16 ans !


- 17 ! Depuis mercredi.


- Dis-moi, Hiroshi... Tu en sais bien des choses sur ce gosse... Tu cherches quoi exactement ? Un petit vierge tout innocent à initier aux plaisirs de la chair ?


- Tu vois le mal partout ! Ce garçon est un génie au piano !


- Y a vraiment que le piano qui t'intéresse ?


- Ne sois pas idiote, je ne les prends pas au berceau ! Mange ta glace, elle va fondre. »


La jeune fille le dévisagea. Hiroshi était secret et là, il lui cachait plein de choses, elle en était sûre. Une fois de plus, elle ne releva pas mais elle allait être très attentive à ces deux-là...

________________________________________ 

 

Yatai : voiture à bras au comptoir de laquelle on mange des ramen.

 

Daigakenyugakehigun : diplôme d’entrée à l’université qui conclut le long cycle d’études secondaires et oriente également le cursus universitaire (matière, type d’université et niveau).

 

Chapitre précédent Chapitre suivant Retour à la page des fics