CHAPITRE IX

 

Suguru rêvassait, le regard perdu dans le vague. Il pleuvait, et les gouttes tombaient en rigoles le long de la vitre du bus. Après avoir stoppé à un arrêt le véhicule repartit, et le garçon, levant les yeux, aperçut un jeune homme qui courait vers l’arrêt, en pure perte. Son cœur tressaillit et, pendant l’espace d’un bref instant, il pensa voir Hiroshi, mais le jeune homme qui regardait à présent le bus s’éloigner d’un air résigné avait des cheveux courts et noirs. L’adolescent soupira et se replongea dans sa rêverie, maussade.

 

Depuis une semaine qu’il s’était rendu au domicile des Nakano, il n’avait pas vu Hiroshi une seule fois. Autant le destin paraissait s’être acharné à les mettre en présence, autant il semblait à présent déterminé à les séparer. Il aurait pu demander son numéro de téléphone à Sakura ou Shindo mais, d’une certaine manière, Suguru avait le sentiment que quoi qu’il fasse, il ne maîtrisait plus rien ; et d’ailleurs, avait-ce même jamais été le cas ?

 

Il avait ce qu’il voulait, en fin de compte : ne plus voir Nakano. Il regretta soudain de ne pas avoir remis son sac à la mère du jeune homme.

 

Tiraillé par ses sentiments si péniblement contradictoires, il rentra chez lui et tenta d’oublier ses soucis dans le travail.

 

OoOoOoOoOoO 

« Ça y est ! Terminé !! »

 

Hiroshi barra d’un coup de crayon rageur le 2 octobre et son premier geste fut d’allumer une cigarette. Il avait eu beau fumer le narguilé, ce n’était en rien comparable… Et si, en fin de compte, il avait pu sans trop de problèmes rester chaste, il avait eu un mal de tous les diables à s’empêcher d’en griller une petite lorsque l’envie s’en faisait ressentir.

 

Il faut te rendre à l’évidence, mon vieux, t’es complètement intoxiqué, songea-t-il en tirant avec un plaisir manifeste sur sa cigarette. L’essentiel était qu’il soit arrivé au bout de son pari… presque sans tricher.

 

Au moins, je n’ai couché avec personne… Et ça, c’est vraiment vrai.

 

De ceci, Hiroshi était étonnamment fier. Il avait la réputation – méritée – d’être quelqu’un de facile mais, curieusement, son célibat auto-infligé n’avait pas été aussi pénible à supporter que cela. En réalité, il pensait souvent à Suguru. Il ne l’avait pas revu depuis le jour du Tanabata, presque deux mois auparavant. De son côté, le jeune garçon ne l’avait pas non plus contacté… Oui, mais il était passé chez lui un soir, et Sakura lui avait dit qu’il le cherchait.

 

J’aurais dû aller chez lui… Et moi, je sais où il habite.

 

Il tira un dernier coup sur son mégot, l’écrasa dans un cendrier et alluma aussitôt une autre cigarette. Autant il avait consommé la première rapidement, autant il avait envie de savourer la seconde. Et de réfléchir tout en le faisant.

 

Qu’éprouvait-il exactement pour Fujisaki ? Il aurait bien été en peine de le dire. De l’amitié ? Sans aucun doute, il appréciait beaucoup le garçon, admirait son talent de musicien. Mais encore ?

 

Quand le jeune homme écrasa sa deuxième cigarette, quelques minutes plus tard, il n’avait pas la moindre idée de la réponse.

 

OoOoOoOoOoO 

 

« Qu’est-ce que tu fais, Nakano ? Laisse-moi passer. 

 

- Pas question, Belle Dame. Vous me devez un baiser. »

 

Sakura toisa d’un air incrédule Hiroshi qui se tenait devant la porte et lui interdisait l’entrée de la salle de classe.

 

« Vraiment ? dit-elle enfin.

 

- Mais oui, vraiment. J’ai gagné mon pari, un mois entier sans sexe ni cigarette ! proclama fièrement son ami.

 

- Et qui peut me prouver que c’est bien la vérité ? Après tout, je n’ai aucun moyen de savoir si c’est vrai ou pas, rétorqua la jeune fille d’un ton léger. Allez, laisse-moi passer maintenant. 

 

- Oh, cruelle, tu n’imagines même pas ce que j’ai enduré ! Ces trente-deux jours m’ont paru des siècles de privations atroces, j’ai été contraint d’éconduire je ne sais combien de beautés rien que pour te faire plaisir, et tu me refuses tes douces lèvres ? Ah, il ne me reste plus qu’à mourir ! déclara Hiroshi en se couvrant les yeux d’un geste tragique.

 

- On voit bien que la date des premières répétitions approche, tu travailles ton jeu dramatique ? » Sans ménagement, Sakura le poussa de devant la porte et entra d’un pas déterminé dans la classe.

 

« Attends, Sakura ! C’est la vérité, affirma le jeune homme avec sérieux. Je l’ai fait, j’ai tenu un mois. Je veux ma récompense. »

 

Sakura se retourna vers lui et le considéra un court instant, une expression un peu triste sur le visage.

 

« Tu sais, j’espérais que tu n’irais pas jusqu’au bout de ton pari. Comme ça, tu aurais repris Bad Luck. Tu ne vois pas dans quel état est Shuichi à cause de toi ? »

 

Le lycéen se rembrunit. Il ne méritait pas ces reproches, ni Sakura ni Shuichi ne pouvaient imaginer combien il était difficile d’être à sa place, les attentes que plaçaient ses parents – son père, surtout – sur lui.

 

« Shuichi se console très bien dans les bras de Yuki, répliqua-t-il avec amertume. Et d’ailleurs, il serait temps qu’il arrête de bouder comme ça, c’est vraiment puéril. »

 

Il déposa son sac sur son pupitre et retira son bonnet. Ses cheveux avaient commencé à repousser, mais en attendant qu’ils aient retrouvé une longueur acceptable, il préférait cacher ce que, bien qu’il ne l’avouerait jamais, il considérait comme un désastre.

 

« Et pour mon baiser ? réclama-t-il, mais tout son bel entrain était singulièrement retombé.

 

- Hé là, tu ne crois tout de même pas que je vais te rouler une pelle devant toute la classe ? Tu vas devoir faire honneur à ta réputation pour l’avoir, Don Juan ! »

 

Remisant sa rancoeur dans un coin sombre de son cœur, Hiroshi retomba aussitôt dans leur routine bien rodée.

 

« Dans ce cas… Que diriez-vous d’un dîner romantique demain soir, noble Dame ? Je connais un bon restaurant et… je vous raccompagnerai chez vous en voiture, dit-il galamment.

 

- Un dîner ? Hum… Cela me parait être un bon début. C’est d’accord, va pour un dîner contre un baiser ! »

 

Un petit groupe d’élèves entra dans la classe, parmi lesquels se trouvait Shuichi. Sans même gratifier Hiroshi d’un regard, il alla saluer Sakura puis s’assit à sa place, l’air malheureux et mécontent.

 

Le temps passait mais les choses ne paraissaient pas évoluer entre les deux garçons, constata tristement Sakura. Si seulement Nakano acceptait de lâcher la bride de ses sentiments… S’il consentait à se donner la peine de réfléchir – sincèrement – à la manière dont il percevait Fujisaki… Mais la jeune fille avait l’impression que, quelque part, son ami avait peur.

 

Avec un soupir, elle sortit ses affaires scolaires de son sac et les disposa sur son bureau.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Suguru reposa le manga qu’il venait de feuilleter sur le présentoir où il l’avait pris et en ouvrit un autre. La couverture était attrayante mais, comme pour le précédent, le dessin en pages intérieures ne suivait pas. Et l’histoire semblait banale – de la fantasy mâtinée de baston.

 

Décidément, y’a vraiment rien de terrible, en ce moment…

 

Sur le rayonnage voisin étaient exposées des piles de shojo. Il en prit un au hasard et en parcourut rapidement le contenu.

 

« … Mais si, je t’assure ! C’est Miki qui me l’a dit tout à l’heure : ils ont rendez-vous ce soir au restaurant ! 

 

- Et comment elle le sait, Miki ? »

 

suguru leva les yeux de son livre – assez peu intéressant au demeurant – et vit deux lycéennes de l’autre côté du linéaire. Elles discutaient avec excitation sans accorder la moindre attention aux gens à l’entour.

 

« C’est Ran qui le lui a dit, et elle est dans leur classe. Ils en ont parlé hier matin, avant les cours. Ah, j’en ai le cœur brisé… 

 

- Moi, je trouve qu’ils vont bien ensemble. Et puis, ça fait longtemps que Nakano essaie de sortir avec Hasumi. Il y en a même qui avaient pris des paris ! »

 

Au nom de Nakano, Suguru sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Décidément, tout se liguait pour lui remettre sans arrêt le jeune homme en tête… Mais Nakano était un nom répandu. Il n’empêche que, tout en feignant de lire, il continua d’écouter la conversation.

 

« Oui, mais… J’aurais préféré qu’Hasumi ne cède pas. Après tout, Nakano a une réputation de tombeur et il est sorti avec plein de filles du lycée, et même de la fac, il paraît ! Je pensais qu’Hasumi ne se laisserait pas épingler elle aussi à son tableau de chasse. 

 

- Peut-être qu’avec elle ce sera différent… En attendant, je trouve qu’ils font vraiment un beau couple, Hiroshi Nakano et Sakura Hasumi, les deux stars du lycée ! »

 

Sonné, Suguru reposa le livre et quitta le magasin sans plus attendre. Sakura Hasumi… Il n’avait pas souvent rencontré la lycéenne, camarade de Nakano et de Shindo, mais il comprenait tout à fait pourquoi le jeune homme en pinçait pour elle : belle et intelligente, spirituelle, elle semblait avoir un caractère bien trempé et était manifestement populaire dans son lycée. La fille idéale pour un garçon comme Hiroshi.

 

Complètement démoralisé, il rentra directement chez lui.

 

OoOoOoOoOoO 

 

« Vous voilà chez vous, Princesse. Alors, ce baiser ? »

 

Hiroshi avait rangé sa voiture – tout récent cadeau d’anniversaire – devant le domicile des Hasumi, et attendait à présent sa récompense. Le souper en tête à tête, dans un restaurant chic et réputé de la capitale, avait été somptueux, et Sakura avait revêtu pour l’occasion sa robe la plus élégante. Sobrement maquillée, les cheveux retenus sur la nuque par une jolie barrette, elle avait vraiment beaucoup de classe. Pas étonnant qu’elle ait brisé des dizaines de cœurs.

 

« Que d’impatience ! Enfin, en rétribution des sacrifices consentis… voici le baiser promis. »

 

La jeune fille s’inclina vers Hiroshi et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle attendit un court instant mais le garçon ne répondit pas, aussi recula-t-elle avec un léger sourire.

 

« Bien, maintenant que je me suis acquittée de mon dû, tu es libre de te consacrer à ton véritable amour, Nakano ! »

 

Hiroshi parut sortir d’un rêve. Sakura venait de l’embrasser… et il n’avait pas réagi. Les premiers temps de leur rencontre, au début du collège, il avait sincèrement poursuivi la jeune fille de ses assiduités, en pure perte. Le temps passant, leur amitié s’était épanouie et cette cour acharnée s’était transformée en jeu. Ce baiser, Hiroshi ne l’attendait plus, et à présent qu’il l’avait reçu… il prenait conscience qu’il n’en avait même plus envie.

 

« Heu ?... Mais… De quoi tu parles, Sakura ? 

 

- Petit, cheveux noirs, yeux marron, sale caractère… Tu veux aussi que je te fasse un dessin ? 

 

- Arrête avec ça. Je ne suis pas amoureux de Fujisaki. »

 

Sakura effleura du bout du doigt les lèvres de son ami.

 

« Je suis la fille la plus populaire du lycée, je trouve tous les jours des déclarations enflammées dans mon casier, je viens dans ma grande bonté de t’accorder un baiser, et tout ce que tu as trouvé à faire c’est resté planté comme un idiot, les yeux grands ouverts. Vous parlez d’un romantisme ! Tu as changé, Nakano… Et quelque chose me dit que c’est à cause de ce gamin. »

 

Hiroshi fouilla dans ses poches, à la recherche de son paquet de cigarettes. Le tour qu’était en train de prendre la conversation l’embarrassait.

 

« Je regrette que l’on se soit éloignés, concéda-t-il en extirpant son briquet – mais où étaient donc ces damnées clopes ? – et surtout la cause de cet éloignement. Mais il ne m’intéresse pas de cette manière-là. »

 

« À d’autres. Je te connais depuis un bon moment, Nakano, et je ne t’ai jamais vu te prendre la tête pour des histoires sentimentales. J’aimerais simplement que… tu ouvres les yeux. Tu as tout à fait le droit d’en pincer pour Fujisaki, parce que même s’il a l’air prétentieux comme c’est pas permis, il me fait l’effet d’être un gentil garçon. Et puis, un musicien, c’est pile dans tes cordes. »

 

Sakura prit son sac, posé à ses pieds, et ouvrit la portière.

 

« Merci pour la soirée, le dîner était fabuleux. Et… suis mon conseil, Nakano. Cesse d’hésiter. Vous êtes faits l’un pour l’autre, alors fonce ! »

 

Elle descendit de voiture, referma la portière et, sur un petit signe de la main, elle s’éloigna.

 

OoOoOoOoOoO 

 

Hiroshi aurait dû lui courir après et lui dire qu'elle se trompait et qu'il voulait un vrai baiser mais il la regarda pousser le portillon de son jardin et disparaître derrière après un dernier signe de main.
Il démarra et fut surpris de constater qu'il roulait en direction de chez Suguru.


Inconscient ou pas, autant lui...


Lui quoi ? Donner son numéro de téléphone pour qu'il n'appelle pas ?


Au pied de l'immeuble du garçon, il gara la voiture. Si encore il savait quel appartement Fujisaki habitait, il aurait sonné s'il y avait vu de la lumière. Alors il chercha un papier et un crayon.


“Puisque les astres se liguent contre nous et que nous nous ratons systématiquement, ce sont eux qui vont nous réunir. J'adorerais te revoir...”


Ça ne faisait pas un peu trop ?


Ça fait peut-être trop mais... j'adorerais le revoir... Je garde «
J'adorerais », c'est pas comme si je lui faisais une déclaration !


« J'adorerais te revoir... »


«
Tu me manques » ? Non, là ça fait trop. Ça je peux pas lui dire.


« J'adorerais te revoir. Nous pourrions nous retrouver au planétarium. Qui sait, nous y verrons peut-être des étoiles filantes et nos voeux se réaliseront... »


Je raconte n'importe quoi ! Je ne peux pas lui donner ça ! Il va croire que je le drague ! Mais... je le drague
!!


Énervé, il froissa le papier et en chercha un autre.


Pas de chance c'était le seul. Un peu paniqué il défroissa la boule de papier. Misère ! Jamais il ne pourrait laisser un mot pareil !!! Fujisaki ne le prendrait jamais au sérieux.


Hiroshi leva le regard vers la seule fenêtre éclairée de l'immeuble et soupira. Après une seconde d'hésitation, il démarra à contrecoeur.


N'ayant pas indiqué l'heure à laquelle il rentrerait à sa mère, il fit un petit détour par Ni-chôme. Il ne prit même pas la peine de s'arrêter. Il n'avait pas envie de coucher avec n'importe qui. Plus maintenant.

« Voilà que je suis devenu difficile et frigide... » grogna-t-il pour lui-même en reprenant le chemin de la maison.


Ce qu'il n'avoua pas à haute voix c'est que son désir était toujours bel et bien là mais ne semblait orienté que vers une seule et précise personne.
 

OoOoOoOoOoO 

 

« Hiro !!! Tu veux que je te montre comment on embrasse une fille ????


- Non, c'est bon.


- Alors mets-y du coeur, de la passion, de la fougue !


- C'est bon, c'est bon, j'ai compris. Et puis le vrai baiser on peut le garder pour le soir où on joue, non ? »


Yuji Nakano se leva et grimpa sur la scène. Il prit son frère par le bras et s'éloigna un peu :


« Hiro, c'est quoi ton problème ?


- Je crois que je suis amoureux, alooooooors... je réserve mes baisers à l'élu. »


Le visage de Yuji se détendit. Au courant de l'hyper-activité sexuelle de son frère, qu'il soit enfin amoureux était une bonne nouvelle.


« Et elle s'appelle comment ?


- Ça serait... un garçon. Je l'ai rencontré par hasard. »


Pas de réaction.


Ça aussi Yuji le savait. Ce qui l'inquiétait, c'était la réaction des parents. Hiroshi habitait chez eux et pourrait-il dissimuler une relation homosexuelle ?


« Tu me raconteras ça plus tard, conclut Yuji. Et embrasse cette fille ! »


Les élèves répétaient deux fois par semaine. Amusant, patient et plutôt mignon, Yuji devint populaire auprès des lycéennes, surpassant son frère que l'on croyait toujours avec Sakura.


De son côté, Hiro avait pensé se rapprocher de Shuichi mais les discussions entre eux deux se terminaient toujours de la même façon. C'est-à-dire mal. Hiroshi persévérait pourtant. Un soir, il attendit son meilleur ami.


« Tu veux quoi, Nakano ? avait craché ce dernier.


- Shu-chan, ça ne peut plus durer ! On est amis depuis trop longtemps pour finir comme ça !


- Tu sais quoi ? Tu es égoïste et lâche. Pour toi, l'université c'est facile. On sait très bien tous les deux que ce concours n'est qu'une formalité et que tu vas réussir. Moi, j'avais un rêve avec toi. Et ça, c'était pas le chemin le plus facile. Des fois, je me dis qu'au fond tu as la trouille. Tu as peur de ton père. Tu as peur de l'avenir et tu as peur de ton rêve. Au lieu de prendre un risque et de faire ce tu veux, tu choisis la facilité. Alors ça va t'apitoyer ou pas mais moi j'avais misé sur nous deux. J'avais suffisamment confiance en toi et en moi pour qu'on réussisse. Toi... tu as peur. »


Hiroshi voulut protester mais rien ne vint.


« Tu vois, tu as toujours un truc à dire mais là, rien. Salut, Nakano. »


Le lycéen regarda le chanteur s'éloigner.


Ça lui arrivait trop souvent ces temps-ci. Sa vie lui glissait entre les doigts et il ne faisait pas grand-chose pour la retenir. Au contraire, il semblait s'encourager à être quelqu'un qu'il n'était pas.
 

OoOoOoOoOoO 

 

S'il avait recommencé à fumer sitôt le pari terminé, il n'en avait pas été de même pour les relations charnelles. Bien sûr, Suguru y était pour quelque chose. Si Hiroshi se rachetait une conduite, peut-être arriverait-il à séduire le jeune pianiste. Sakura prétendait qu'il avait ses chances avec lui mais Nakano n'en était pas convaincu. Fujisaki, s'il était effectivement attiré par les garçons, était avant tout coincé. Et soyons réalistes, le lycéen avait accumulé les mauvais points...


Tout cela ne l'empêchait pas de penser de plus en plus au pianiste. Plus il s'efforçait de l'oublier, plus son inconscient le ramenait à lui. Jusque dans ses rêves il était poursuivi par le jeune Kyotoïte.


Dans un de ses rêves récurrents, Hiro se réveillait dans une chambre inconnue mais étrangement familière, quelqu'un blotti contre lui. Alors, il soulevait le drap et apercevait le petit corps nu de Fujisaki. Chaque fois, il le réveillait avec une pluie de baisers et de caresses.


Ces rêves excitaient l'imagination du lycéen. Il semblait enfin deviner la grâce derrière les vêtements souvent trop amples de Suguru. Il se rappelait aussi, avec délice, la finesse de ses jambes et leur teint légèrement laiteux. Les grands yeux noirs, vifs et intelligents, ne le quittaient plus non plus. En fait, privé de Fujisaki, Hiroshi se rendit compte que le pianiste lui était devenu indispensable. Il n'en avait que faire du destin ! Il recoudrait de ses propres mains le fil rouge qui l'avait uni le temps de brèves et fortuites rencontres à l'autre adolescent.


Le lendemain, après les cours, il roula à vive allure jusque chez Suguru. Il y passerait la nuit s'il le fallait mais il n'en repartirait pas avant d'avoir vu l'autre garçon.


Vers 19 heures, Hiroshi devina la silhouette svelte de Fujisaki. Il sortit de son véhicule et attendit que l'autre se rapproche. À la vue du lycéen, Suguru ralentit, contrairement aux battements de son coeur qui eux, accélérèrent.


Nakano le salua d'un sourire radieux et s'approcha lentement du jeune garçon.


« Salut, murmura-t-il.


- Bonjour, Nakano », répondit mécaniquement le pianiste.


Ils étaient l'un en face de l'autre. Hiroshi lui effleura la joue du bout des doigts. Irrésistiblement attiré, il se pencha comme pour l'embrasser mais se ravisa.


« J'ai pas envie d'une gifle comme celle de l'autre jour, gloussa-t-il. Tu m'as manqué, tu sais. Tu voudrais venir un soir avec moi au planétarium ? »


Approche plutôt ratée pour le roi de la drague mais Hiroshi se sentait un peu en terrain inconnu et il était effrayé.

 

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