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CHAPITRE IV
LUNDI 29 JANVIER
La nuit a été calme ; Fujisaki a le sommeil aussi lourd que celui de mon frère, et sitôt au lit il n’a plus bougé. Une chance qu’il ne ronfle pas… J’en ai profité pour faire le point sur cette première journée et relativiser ma réception ; s’il m’était impossible de rien faire la nuit, j’allais agir le jour ! Justement, les choses sérieuses commençaient dès aujourd’hui.
Comme nous l’a dit Noriko, le Prince Hôtel dispose de tout un tas de services. Hier soir, après avoir posé nos bagages, nous sommes allés louer nos équipements de ski. Et c’est là que j’ai appris que Ryûichi Sakuma était un snowboarder hors pair (d’après Noriko). Minute… Snowboard ? Jamais de ma vie je ne suis monté sur l’une de ces planches. Ryûichi a déclaré qu’il adorait le snow, que c’était « bien plus amusant que le ski » et a demandé qui, en dehors de Noriko et lui, savait en faire aussi.
Il semblerait que les Grasper, en plus d’être unis sur scène, le soient aussi beaucoup dans la vie de tous les jours. Apparemment, « Piko Piko Nori-chan » et « Ryû-chan » s’entendent comme larrons en foire et ont l’habitude de ce genre d’escapades de « détente ». Je me demande si Tôma les accompagne aussi… J’ai une imagination fertile, mais se représenter le directeur de N-G, portant chapeau et pardessus à col de fourrure, en train de dévaler une noire sur une planche de snow requiert des efforts particulièrement importants.
Je devrais peut-être demander à Fujisaki… Après tout, ce sale môme est le cousin de Tôma et il doit savoir des tas de choses sur les Nittle Grasper, et Ryûichi, que j’ignore. C’est décidé, dès ce soir j’entreprends ce nab- Fujis- ce très cher petit Suguru. Que cette promiscuité forcée serve au moins à quelque chose !
Je digresse à nouveau… Nous en étions donc à louer du matériel, et force m’a été d’avouer que jamais de ma vie je n’avais eu l’occasion de pratiquer le snowboard. Maigre consolation, c’était aussi le cas de Fujisaki. Je n’aurais jamais supporté que ce petit bêcheur me colle une valise dès la première descente. Je n’aurais pas toléré qu’il s’en aille frimer devant Ryûichi alors que j’aurais été cantonné à l’arrière sur mes skis !
Entendant cela, Ryûichi s’est exclamé : « Hé bien, vous n’avez qu’à essayer, juste pour voir ! »
Nous avons essayé. Et nous avons vu.
Je jure sur ma vie que plus jamais je ne remettrai les pieds sur un de ces engins de malheur. C’est bien simple, je n’aurais jamais imaginé qu’il était possible de tomber autant en une seule journée… Je suis pourtant un skieur passable, mais là ! En avant, en arrière, sur les côtés, il n’y a que sur la tête que je n’ai pas chuté, et encore il s’en est fallu de peu. Ryûichi avait beau m’encourager (et, Kami, comme il était mignon dans ce blouson vert amande, Kumagorô fourré dans l’entrebâillement de son col !), il m’a été totalement IMPOSSIBLE de parvenir à diriger cette maudite planche !
Le seul point positif de cette journée épouvantable est que Fujisaki ne s’en est pas mieux sorti que moi. Cette petite vipère n’est-elle pas allée déclarer que « comme moniteurs, Ryûichi et Noriko ne valaient rien » ? Comment a-t-il osé ! Insulter de cette façon mon Ryûichi, qui a daigné nous accorder une journée de son précieux temps ! S’il n’est pas content, ce morveux n’à qu’à s’inscrire à l’école de ski avec Saki ! C’est lui qui n’est pas doué, un point c’est tout.
Si je profitais du fait que nous partageons la même chambre pour l’étouffer sous un oreiller pendant son sommeil ?
Kami, j’ai mal de partout. À peine le repas du soir achevé, Fujisaki et moi nous sommes retranchés dans notre chambre, et même s’il ne veut pas l’avouer, je suis certain qu’il souffre autant que moi !
C’est donc la mort dans l’âme que je dois me résoudre à abandonner le snowboard. J’ai tout essayé ! Mais je tiens à la vie, et tant pis si je dois passer la semaine entière à skier en compagnie de Fujisaki, qui a qui a clamé haut et fort qu’on ne le reprendrait plus jamais sur un snow.
Je crois que je vais méditer un peu. Il faut que je sois zen, demain, pour endurer la présence de ce sale gosse… Je dois dire que, pour un peu, il me ferait regretter Shûichi !
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