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CHAPITRE VI
MERCREDI 31 JANVIER
La journée du mardi ayant été ce qu’elle a été, je pensais que celle-ci ne pourrait être que meilleure… Disons… qu’elle n’a pas été pire. Et elle aurait même pu très bien finir, mais…
Enfin, commençons par le commencement.
Contrairement à la veille, nous avions décidé d’aller skier tous ensemble, Fujisaki et moi sur nos skis, Ryûichi et Noriko sur leurs snowboards. La matinée était belle, pas très froide, bref ; un temps idéal pour aller descendre quelques pistes.
Et, en effet, quelques descentes plus tard, nous nous éclations tous comme des petits fous. Noriko et Ryûichi s’amusaient à se tirer la bourre et, entre deux virages, je profitais du spectacle de mon idole dévalant sans efforts les pistes noires les plus redoutables.
Vraiment, le temps comme notre humeur était au beau fixe, et Fujisaki et moi avions même (presque) complètement oublié de nous chambrer.
Jamais nous n’aurions imaginé qu’une nappe de brouillard s’abattrait sur la montagne, et que cette riante journée se changerait en cauchemar. Tout s’est passé très vite. Le ciel s’est soudain chargé de nuages blancs et, avant que nous ayons eu le temps de réaliser ce qui se passait, nous nous sommes retrouvés plongés dans une vraie purée de pois !
Une chose pareille ne m’était encore jamais arrivée, mais je peux jurer d’une chose : je ne veux plus JAMAIS que ça se reproduise ! En quelques secondes j’ai perdu tous mes repères. Impossible de distinguer la gauche de la droite, le haut du bas, sans parler de l’impression d’avoir la tête prise dans une boîte bourrée de coton. Visibilité nulle, et la sensation que la neige se confond avec les nuages, en un mot : l’horreur !
Dans ce genre de situation, il faut à tout prix éviter de paniquer ; après tout, il n’y avait qu’à suivre la piste pour arriver en bas… Le seul problème, c’est que la piste semblait avoir disparu. Et elle n’était pas la seule… Ryûichi et Noriko aussi !
Fujisaki, lui, était toujours là, collé à mes basques (même si j’avais du mal à le distinguer dans cette brume), et je vous garantis qu’il n’en menait vraiment pas large.
J’ai appelé et appelé… pas de réponse. Il nous fallait nous rendre à la terrible évidence : Fujisaki et moi étions seuls. À nouveau. Et manifestement perdus.
Donc, ne pas paniquer et continuer à descendre. J’ai fait part du programme à mon camarade d’infortune qui a commencé par garder le silence puis, au bout d’un moment, a dit d’une voix mal assurée qu’il ne se « sentait pas très bien ».
Allons bon, il ne manquait plus que ça… Bon gré, mal gré, je suis remonté à la hauteur de Fujisaki qui s’était laissé tomber dans la neige, et dont le visage était vraiment très blanc. C’est vrai qu’il n’avait pas l’air dans son assiette, et j’ai eu peur qu’il ne tombe dans les pommes. Vous parlez de vacances !
Il avait les yeux fermés et respirait un peu difficilement, alors je l’ai secoué, puis comme il ne réagissait pas, je lui ai collé une claque. Et alors il a vomi… quand je vous dis que c’était un cauchemar…
Enfin, après ça, il a eu l’air d’aller mieux et nous avons lentement repris notre descente. C’était hallucinant, on n’entendait que le crissement de nos skis sur la neige gelée et notre souffle. Une expérience unique, certes, mais que je n’ai aucune envie de réitérer un jour !
Au bout d’un moment, nous nous sommes retrouvés dans un secteur complètement boisé, et c’est là que j’ai réalisé que nous avions quitté la piste. Des épicéas partout, émergeant du brouillard comme des fantômes. Pour un peu, j’en aurais mouillé mon pantalon.
Seule bonne chose, Fujisaki était si secoué qu’il en oubliait de m’agonir de reproches. D’un autre côté, je ne suis pas guide de montagne, et ce n’était pas parce que je passais en premier que j’ouvrais la route.
J’étais tellement occupé à éviter les arbres que je ne me suis pas aperçu qu’il n’y avait plus de neige sous le bout de mes skis, et je me suis soudain senti tomber. Mille pensées ont défilé dans ma tête, c’était la fin de la piste, j’étais tombé dans un précipice, j’allais mourir là et ne plus jamais revoir Ryûichi.
Un cri terrible s’est élevé dans ma gorge, mais avant qu’il ait eu le temps de franchir mes lèvres j’ai touché le fond du ravin, un bête dénivelé de moins d’un mètre dix ; mais vous avouerez que se sentir chuter sans rien voir est tout de même terrifiant !
Et alors que je me remettais de mes émotions, ce boulet de Fujisaki m’est tombé dessus.
Je ne m’attarderai pas sur notre errance, mais tout à coup le brouillard s’est levé et nous sommes retrouvés presque au pied d’une piste verte que nous avions mainte fois dévalée la veille. Après quoi nous avons facilement regagné la station et, mon cerveau recommençant à fonctionner, j’ai eu l’idée de téléphoner à Noriko qui a paru très étonnée d’entendre que nous étions toujours dehors ; apparemment, Ryûichi et elle pensaient que nous étions allés nous réfugier dans une quelconque crêperie le temps que le ciel se dégage !
Je lui ai expliqué ce qui était advenu à Fujisaki, et nous avons convenu de nous retrouver tous à l’hôtel. OoOoOoOoOoO À peine avions-nous mis un pied dans le hall de l’hôtel que Ryûichi s’est jeté sur nous et nous a serrés contre lui à nous étouffer. J’imagine que Noriko lui avait narré notre mésaventure… et bien qu’assez piteux de ce qui venait de nous arriver j’ai tout oublié en me retrouvant entre les bras de mon Ryûichi adoré. J’en ai même profité pour fourrer ma tête dans le creux de son cou et, Kami ! son odeur m’est montée à la tête. J’aurais pu rester ainsi des heures ! Mais ailleurs que dans le hall d’un hôtel… Et, comme Fujisaki avait été assez ébranlé par ce qui s’était passé, nous avons décidé de finir la journée sur place.
C’était ma chance ! J’ai aussitôt suggéré d’aller nous détendre un peu dans la source thermale aménagée dans l’une des ailes de l’hôtel, proposition accueillie avec enthousiasme par tous, même par Fujisaki qui a estimé qu’un bon bain ne pouvait lui faire que du bien. Et c’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans une grande salle vitrée qui laissait voir autour et au-dessus de nous un paysage magnifique.
Mais je n’avais que faire du panorama alors qu’un spectacle bien plus captivant se trouvait juste sous mes yeux ! Ryûichi Sakuma, étoile au firmament de la gloire dont l’éclat rayonne dans tout le Japon et au-delà… nu devant moi.
Le monde avait cessé d’exister, réduit tout entier à la silhouette parfaite de l’objet de toutes mes convoitises. Kami, il est si beau… Personne, homme ou femme, ne lui arrive à la cheville.
Perdu dans ma contemplation de cette vision divine, j’ai lâché la bride à mon imagination qui s’est aussitôt emballée et m’a emporté dans des contrées interdites hantées de rêves prohibés mais si délicieusement pervers… C’était trop !
Je ne sais pas si c’est à cause de la chaleur, de l’excitation ou, plus vraisemblablement, d’une combinaison des deux, mais ma vision s’est tout à coup troublée et, avant que j’ai pu faire un seul geste, j’ai disparu sous l’eau, incapable de remuer un membre. Je suffoquais ! J’étais stupidement en train de me noyer dans un onsen !
J’ai soudain senti qu’on me sortait la tête de l’eau (par les cheveux ; merci Fujisaki) et je me suis mis à tousser et cracher. En reprenant mon souffle, j’ai vu Ryûichi penché sur moi, ses beaux yeux bleus emplis d’effroi. Noriko, derrière lui, paraissait assez inquiète et Fujisaki me regardait d’un air entendu et, du moins m’a-t-il semblé, quelque peu narquois. J’ai dans l’idée qu’il va mal terminer ce séjour.
Inutile de dire qu’après tant « d’émotions », la soirée ne s’est pas prolongée bien longtemps… Le repas achevé, tout le monde est allé se coucher. Sitôt que j’aurai posé mon stylo, je me replongerai dans le souvenir du corps sublime de Ryûichi. Je ne pense pas que je vais beaucoup dormir cette nuit…
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