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CHAPITRE VII
JEUDI 1er FÉVRIER
Il est 2 heures du matin, et Fujisaki est en train de mourir. Son agonie étant assez bruyante, elle m’empêche de dormir aussi j’en profite pour consigner par écrit les événements de la journée écoulée.
Pas de ski ce matin. Saki était fatiguée et refusait catégoriquement de s’éloigner de sa mère. Comme elle commençait à pleurnicher, (mais comme les gosses sont capricieux, de nos jours !) Noriko ne l’a pas mise à l’école de ski et a proposé que nous allions tous nous promener en raquettes, voir les singes qui vivent dans le coin.
Oui, des singes. Il existe à Shiga Kogen une colonie de macaques du Japon, des singes de montagne qui ont la particularité d’adorer se baigner dans les nombreuses sources thermales de la région.
Saki a aussitôt poussé des cris d’enthousiasme, imitée par Ryûichi. Il aime tant les animaux, je me souviens de cet après-midi que nous avons passé au zoo… il était si mignon dans son costume de lapinou… tout simplement à croquer !
Donc, sur le coup des 10 heures, nous voilà gaiement partis, raquettes aux pieds. Je m’attendais à un trajet long et pénible, mais non ; on trouve des singes assez près des stations de ski à Shiga Kogen, sans doute sont-ils habitués à la présence des hommes, et plus particulièrement des touristes ; nous n’étions certainement pas les seuls à venir admirer les célèbres macaques.
Nous n’avons pas mis très longtemps à trouver un petit groupe de ces singes. Quatre individus au poil épais et gris, au visage tout rose et aux yeux ronds qui barbotaient d’un air béat dans une source fumante. Quand ils les ont vus, Saki et Ryûichi ont à nouveau eu la même réaction : ils sont demeurés figés sur place, la bouche ouverte, avant de se mettre à rire avec ravissement. Je n’avais encore jamais vu un tel air émerveillé chez mon Ryûichi adoré, une expression si différente de celle qu’il arbore en concert, et qui me ferait presque peur. Dans ces moments-là, il dégage un magnétisme si animal qu’il en devient un prédateur prêt à dévorer quiconque se mettrait en travers de sa route. Demandez à Shûichi si vous ne me croyez pas !
Mais là, c’était un gamin que j’avais devant moi. Il avait l’air si heureux de voir ces singes qu’il en rayonnait.
Je l’idolâtre quand il a ces yeux de loup féroce sur scène ; mais quand il se comporte comme le gentil petit simplet qu’il est parfois, c’est moi qui le dévorerais tout cru, vous pouvez me croire !
Noriko et Fujisaki se tenaient un peu en retrait et bêtifiaient aussi devant les singes. Passant à côté du gnome, je n’ai pas pu m’empêcher de glisser :
« Des membres de ta famille, Fujisaki ? »
Ce à quoi ce sale môme a répondu :
« Mais très certainement ; de ma famille par alliance. Tu es bien le beau-frère de mon cousin Tôma, n’est-ce pas, Uesugi ? »
Quand je le disais, que ce type était une épine. D’une plante vénéneuse, en plus.
Enfin, je l’ai consigné au Diable et ai décidé de me consacrer uniquement à Ryûichi. Mon grand bêta avait tiré Kumagorô de son blouson et lui montrait les macaques tout en lui expliquant… des choses et d’autres. C’est alors que j’ai eu une idée brillantissime (et pourquoi n’y avais-je pas pensé avant ?) et me suis emparé de mon téléphone portable, non pour appeler quelqu’un mais pour utiliser sa fonction appareil photo. Et je ne me suis pas privé de mitrailler. Seulement Ryûichi, bien entendu, qui aurait envie d’une photo de Fujisaki ? Il était tellement craquant, tout heureux au milieu de ces singes.
Et soudain, le drame. Alors que je prenais une dernière photo, l’un de ces stupides macaques a bondi sur moi et m’a chipé mon téléphone. Je me suis aussitôt précipité à sa suite, mais l’animal avait déjà détalé et courait dans la neige en brandissant victorieusement mon portable. Et impossible de le rattraper ! J’imagine combien je devais avoir l’air ridicule, à poursuivre ce quadrumane imbécile, mais il fallait impérativement que je récupère mes photos de Ryûichi ! Les autres, bien évidemment, étaient tordus de rire, surtout ce petit morveux de Fujisaki, et c’est décidé, cette nuit je l’étouffe !
J’ai fini par acculer le singe contre une congère et étais sur le point de récupérer mon téléphone quand ce crétin d’animal s’est jeté à l’eau, avec le portable ! Toutes mes photos perdues ! Des photos uniques !! Plus jamais une occasion pareille ne se représentera !!
J’étais effondré. Qu’ai-je bien pu faire, à la fin, pour mériter tout ça ?!
Le seul (infime) avantage est que, depuis, je ne suis plus importuné par les appels de mes ex. OoOoOoOoOoO L’après-midi a été tranquille. Nous avons skié quelques heures, avons dîné le soir au restaurant avant de finir la soirée dans un petit bar sympathique.
Et, alors que j’étais plongé dans un rêve des plus torrides en compagnie de Ryûichi, Fujisaki a décidé qu’il était temps pour lui de renoncer à son existence terrestre.
Bon, d’accord, j’exagère encore. Il n’est pas en train de mourir. En fait, cette petite nature semble n’avoir pas digéré quelque chose de ce repas ou du précédent et, depuis près de deux heures, il se vide bruyamment dans les toilettes. C’est ignoble et, bien évidemment, impossible de fermer l’œil. Qu’il décède ou qu’il se remette, mais qu’il le fasse VITE !!
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